La Tour d'Auvergne à Walewski, 9 mai
Cavour. — ni. 13
papier, mais en réalité n'en comportait guère plus de 60.000, d'ailleurs bons soldats, robustes, ardents. Pour la compléter arrivaient les volontaires, Chasseurs des Alpes, une dizaine de mille environ ; on attendait toujours les Magyars, mais malgré les efforts de Kossuth et Klapka, les entretiens et lettres de Cavour1, — la légion hongroise demeura mythique.
Victor-Emmanuel avait pris le commandement effectif de l'armée, avec sa fougue impétueuse, son invraisemblable courage, son prestige de roi au milieu de ses soldats, mais aussi ses courtes vues et sa stratégie ne dépassant guère la charge à la baïonnette ; à ses côtés, délia Rocca, chef d'étalmajor sans ampleur, et La Marmora, bon soldat, de sens droit et sûr. Au début de mai, le monarque fixa son quartier général dans la région d'Alexandrie. Cavour eût désiré qu'il fût possible à l'armée sarde « de faire quelque chose avant l'arrivée des Français 2 » ; la disproportion des forces autrichiennes et italiennes ne permettait qu'une position de surveillance et de menace sur le flanc de l'ennemi, en attendant les contingents alliés.
L'attente fut plus longue qu'on ne l'avait calculée, ou plutôt les troupes françaises n'arrivèrent qu'au compte-gouttes. Il n'y avait dès lors qu'un cri sur le désordre et l'incurie dans la préparation de la guerre : « Rien n'est prêt », tel est le refrain de tous les généraux 3. Le ministère et les grands chefs n'en étaient fautifs qu'à demi : pour des raisons diplomatiques, le gouvernement avait dû dissimuler les pré-
1. Supra, p. 167, et pour cette période, les documents cités parChiala, Politica segreta di Napoleone III e Cavour, p. 40 et suiv.