Cavour au prince Napoléon, 23 décembre
7. Cavour à de Launay, 6 décembre 1858 (lettre officielle). — Le 24 décembre, l'empereur remettait à Walewski un mémoire entièrement écrit de sa main, où, sous le titre de « considérations politiques », il exposait que « si le hasard des événements amène une guerre avec l'Autriche, cette guurre sera la plus heureuse que la France puisse faire, parce que c'est celle qui effraiera le moins l'Europe et qui favorisera le mieux les intérêts français ». 11 s'efforçait de démontrer à son ministre, point convaincu, que cette guerre était nécessaire et inévitable. Cf. supra, t. III, p. 90, n. 1.
L'ATTENTAT DORSINI. L'ENTRETIEN DE PLOMBIERES 123
naîtrait la guerre. Il préparait donc le traité d'alliance offensive et défensive avec la France1; mettait ses agents diplomatiques au courant du secret et des grands desseins2, car il sentait monter l'orage.
Lorsque se prépare un cyclone, une de ces tornades qui bouleversent toute une région, des signes précurseurs, ciel plombé, atmosphère accablante, flots agités, avertissent les pins perspicaces. Ainsi fut-il de la tourmente qui transforma le sol de la vieille Italie : l'irritation en Lombardie, l'ébullition dans le duché de Modène, la sourde colère dans les Romagnes, l'inquiétude à Florence et Livourne, l'énervement en Sicile, l'activité de la Société nationale , les préparatifs financiers et militaires du Piémont, tout annonçait un prochain éclat. Mieux qu'aucun autre Gavour le savait, qui avait soufflé les vents et accumulé les nuages; il écrivait le 30 décembre 1858 : « L'horizon s'assombrit, la tempête rugit3 ».
Le premier coup de tonnerre éclata le surlendemain.
1. Cavour à Villamarina, 24 décembre 1858. Chiala, VII, p. 6.
2. Gavour à de Launay, à Berlin, 6 et 7 d Jcembre ; à Barrai, à Francfort, 9 décembre 1858.