‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 241 sur 247 · Oriani, La lotla politica, p · texte numérisé non relu

Oriani, La lotla politica, p

2, Cavour à Gantono, 18 mai; à Ridolfi, 18 mai ; à de Launay, 17 mai ; à Sauli, 15 mai 1856.

Prétendre qu'il a tout vu, tout prévu, tout fait, serait sottise. Les mouvements des peuples ont des causes sourdes et profondes ; grands sont les hommes qui les devinent et tentent de diriger ces forces irrésistibles. En ceci est le génie de Cavour ; il a compris ce que, de ses idées personnelles, il pouvait donner à une force en marche depuis de longues années, quelle direction il réussirait à lui imprimer, quels concours il parviendrait à lui assurer. Certes, en 1836, ses idées, — celles du moins qu'il exprime, — sont encore confuses, parfois contradictoires : unité, union ou confédération ? Rome capitale d'une monarchie nationale, ou capitale d'une église, ou capitale des deux ? dans ses lettres, ses conversations, tout reste incertain, moins peut-être dans son for intime. Mais quelques notions sont claires, arrêtées, solides comme ces pierres d'angle sur quoi se construisent de splendides édifices : accroître la force de la monarchie sarde pour qu'elle attire à elle toutes les forces nationales de l'Italie ; lier la fortune de son roi à l'alliance de Napoléon, puisque la sympathie de l'Angleterre semble alors certaine, mais douteux son concours matériel ; boutei- l'Autriche hors des frontières italiennes par une guerre que le Congrès a démontrée inévitable, puisque les grandes questions n'ont pu être résolues par des négociations; et alors réunir en un seul corps les membres épars de la Patrie.

Il sent à sa disposition une grande, une noble force, la confiance publique ; tous les écrivains du temps l'ont dit, les uns avec joie, les autres avec dépit : il exerce « une dictature de fait », fondéesur le consentement d'une immense majorité, développée lentement car elle a dû se substituer à une cruelle impopularité, motivée par des victoires obtenues sans brut;»lité et dans le respect des libertés publiques, affermie ciiaque jour par la certitude que les succès du moment ne sont que des étapes préparatoires au triomphe de l'avenir.

Peu de jours après son retour de Paris, Cavour se rendit à Léri; il n'y pouvait rester longtemps, mais il se plaisait à passer, fussent quelques heures, dans ce domaine, première création de son travail personnel. S'entretenir avec son régisseur, Giacinto Corio', avec ses ouvriers agricoles, recueillir leurs humbles requêtes, leur prodiguer ses conseils et ses encouragements, parcourir les champs qu'il avait drainés, les rizières qu'il avait irriguées, sans oublier étables, grandes et machines agricoles, c'était la meilleure, la plus pure de ses distractions. Au moment de repartir pour Turin où l'attendaient de nouvelles difficultés et de nouveaux combats, il monta de sa chambre sur le modeste balcon qui domine la cour et les champs voisins. En ce mois de mai, devant lui, s'étendaient les prairies et les sillons verdoyants du printemps, puis des coUines, et, au delà des derniers plans, il devinait d'autres terres encore, si lointaines que la mer seule les borne. Cavour n'était point un romantique, ni un songe-creux ; mais il était d'imagination alerte, vive et créatrice, et sa pensée se reporta de la terre aux hommes. Derrière ces collines et jusqu'aux rives de l'Adriatique et de la Méditerranée, vivait une population ardente, éprise de liberté, impatiente du joug subi, aspirant à de nouvelles formations, toute pénétrée d'idées en germes, pour laquelle aussi un renouveau approchait. Et le perspicace homme d'État était dès lors certain que le jour était proche où, du vieux solde l'Italie, surgirait, dans une poussée de sève vivante, une Patrie renouvelée, unie et forte comme elle ne l'avait plus été depuis l'Empire romain.

i. Cavour agricoltore. Lettere inédite di Camillo Cavour a G. Corio, avec préface substantielle d'Ezio Visconti (Florence, 1913). Cpr. supra, t. l,p. 190.

Caractère de la Révolution en Italie. — La nouvelle des journées de février à Turin. — Carence du gouvernement. — Troubles de Gênes, de Turin, préparatifs sur la frontière. — Le cabinet Balbo. — Les révolutions de Milan et Venise : l'appel à Charles-Albert. — L'opinion publique en Piémont; le roi et le cabinet. L'agitation en Italie. Cavour et l'Heure suprême de la monarchie savoisienne. — La décision de Charles-Albert. La rupture avec l'Autriche. L'isolement de l'Italie i

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