‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 67 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. De l'abmistige a la paix. — Victor-Emmanuel. Son isolement. — Insurrection et reddition de Gênes. — Négociations de paix; prétentions de l'Autriche. Appel du Piémont à la France et à l'Angleterre. — L'expédition de Rome; effet en Italie. — Masaimo d'Azeglio, Président du Conseil : ses- premiers actes. — Reprise des négociations et leurs difficultés. Le traité du 6 août.

II. La procl.\mation de Moncalieri. — Malaise général en Piémont : découragement de Cavour. Difficile situation du ministère. Les élections : Cavour élu ; composition de la Chambre, situation de Cavour. — Discours du Trône. La question financière : les crédits pour l'indemnité de guerre. Vifs débats. Piétinement parlementaire. Vains efforts d'Azeglio. Remaniement ministériel. Santa-Rosa et La Marmora. — Débats sur le traité de paix : nouveaux incidents ; le cabinet en minorité. Gravité de la situation. — Le décret de dissolution et la proclamation de Moncalieri.

III. Combats parlbmkntaires. — La campagne électorale; ses résultats; la composition de la Chambre. — La situation parlementaire de Cavour; ses relations avec le centre gauche. — La loi sur le foro ccclesiastico. Siccardi à Rome puis ministre de la Justice. Projets de loi sur le foro, les legs aux couvents, les fêtes religieuses. Leur vole. Départ du nonce et protestations des évêqucs. — Les lois financières; la nécessité d'un plan d'ensemble d'après Cavour. — Vie privée : mort de la grandmère et du martjuis Michel; les deux frères; Léri. — Maladie de Santa-Rosa. refus de l'absolution, sa mort. — Cavour, ministre de l'Agriculture, du Commerce et de la Marine.

Viclor-Emmumicl, iniprovisô roi daiLS dus circonstances trafiques, n'('îlail en rien préparé àdomincr et maîtriserles évé-

nements^ Il avait vingt-neuf ans; sa prime jeunesse avait été assombrie par l'aventure de 1821 , où le prince de Carignan, son père, avait dû fuir à l'étranger en butte à la haine du roi et aux soupçons de l'aristocratie libérale; l'enfant avait grandi en exil, puis au palais Carignan, dans une atmosphère de crainte et d'ennui; le prince, son père, s'était comme replié sur luimême, en défiance, même contre ses plus proches ; la mère était une sainte en grisaille, larmoyante, très effacée. L'avènement de Charles-Albert au trône sarde n'apporta point de joie à ce morne foyer. Brusque, sauvage, sans grâce, le jeune prince de Savoie n'avait rien pour plaire, à côté de son frère le duc de Gênes, « beaucoup plus doux, bienveillant et fait pour inspirer de l'affection ». Le père marquait pour cet aimable cadet une préférence qui frappait même les ambassadeurs étrangers et qui n'était point pour adoucir le rude aîné. « Mon frère doit m'obéir », disait-il parfois". A vingt-deux ans, il épousa une princesse autrichienne, l'archiduchesse Adélaïde, mariage de raison politique, sans tendresse et sans confiance. 11 aima ailleurs, non point à la cour, car il avait horreur des salons mondains et des complications sentimentales, mais où le portait son cœur, dans la petite bourgeoisie, dans le peuple, rude et franc. Avec sa courte taille, son visage perdu sous une formidable moustache, son langage de haulte gresse, il semblait plus un contadino qu'un prince, mais toute son intelligence vivait dans son regard brillant et énergique. Il avait de splendides qualités de finesse et de pénétration que dominait la plus belle, un infaillible bon sens. Il voyait droit, juste et loin. Il s'agaçait des formes administratives, qu'il fuyait par-

1. Bersezio, Il regno di Vittorio-Emanuele II, t. IV, chap. vi, p. 337 et suiv.

2. Le comte EugèneNey à M. Guizot, 26 aoûtl842. Archives des Affaires étrangères.

iois jusque dans ses chasses du Grand Paradis, son seul plaisir ; il laissait le détail des affaires à ses ministres, mais il restait le Roi, sans qui rien ne se fait. Cavour lui-même respectait sa souveraineté. Pour juger la grandeur de ce monarque, il faut comparer ses débuts, dans la soirés lugubre de Novare, et sa mort, dans la splendeur du Quirinal. Certes, il ne forgea point les événements; nul ne le peut; mais il profita des hommes et des choses, ne négligea aucune occasion qui pût contribuer à la grandeur de sa Patrie, brave dans les combats jusqu'à l'insouciance, habile dans les négociations jusqu'à la subtilité, d'ailleurs franc jouteur et qui débuta dans la vie politique par un acte de loyauté : il avait prêté serment au Statut qui faisait libre son peuple ; malgré les conseils de ses proches, l'ironie et la malveillance de ses adversaires, les insidieuses promesses de ses ennemis, il demeura fidèle à sa parole : re galantuomo. Par ce seul trait, il s'est montré égal à sa fortune.

Le prince n'avait pris aucune part à la politique extérieure et intérieure du royaume, il n'en avait nulle responsabilité, il n'en connaissait pas le détail. On avait remarqué que Charles- Albert ne l'avait même point appelé aux assemblées solennelles, où, entouré des grands conseillers de sa couronne, il avait transformé en février 1848 la vieille monarchie absolue*. Lors des deux guerres de 1848 et 1849, Victor-Emmanuel s'était comporté avec la crànerie héréditaire dans sa maison, mais sans (ju'il eût l'occasion de briller par ses qualités stratégiques, et les malveillants soulignaient que sa division avait cédé pied le 21 mars 1849 à Mortara.

L'abdication de son père l'avait contraint à signer l'armisi'wr de .\ovare que tout le parti national tenait pour dé.sas-

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