Sii/jiti, t. I, p. 3*'J
treux. Rentré à Turin, il se sentait en prise aux méfiances de tous, des réactionnaires qui auraient voulu qu'il profitât des circonstances pour faire un coup d'Etat * et renier le régime impie du Statuto, des radicaux qui le croyaient acquis à la paix à tout prix et lui reprochaient jusqu'à son mariage avec une Habsbourg", une « Autrichienne », fille de l'ennemi héréditaire. Un revirement se faisait dans le pays en faveur de Charles- Albert, le « prince magnanime », qui avait préféré l'abdication et l'exil à la honte de l'armistice, et l'on opposait le père au fils qui avait accepté de pactiser avec l'ennemi. Victor-Emmanuel souffrait de cette injustice, car le départ du roi l'avait contraint à traiter pour sauver son pays^. 11 jugeait bien son père, sévèrement : « Un parti, disait-il, trompait le Roi, et le Roi trompait tout le monde ^ » Il ne trouvait guère d'appui dans son cabinet, le nouveau Président du Conseil, de Launay, étant incapable et déjà contesté; les autres ministres, effrayés par les difficultés et l'immensité de leur tâche. Et il vivait dans un tel isolement, qu'il en était réduit, le soir venu, à chercher sous un déguisement conseil et réconfort chez l'aimable secrétaire de la Légation française * . Mais il fit face à l'adversité, en homme, en Roi : « 11 ne s'agit pas, disait-il, de peser le pour et le contre; il faut se décider... Moi, je suivrai un système de vérité. Je ferai appel à la nation en