‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 74 sur 247 · C.woua. — II · texte numérisé non relu

C.woua. — II

provisoire de l'empire mais compromit son avenir ; le prince de Schwarzenberg entendait que l'Italie, cette « expression géographique », devint la chose de l'Autriche : des Alpes à la Sicile, tous les princes acquiesçaient humblement; un seul résistait, ne voulant ni se soumettre à la suzeraineté autrichienne, ni se défaire dr^ ses libres institutions. Pour le réduire, la diplomatie viennoise se fera tantôt persuasive et tantôt menaçante. Un jour elle insinuera que les deux monarchies ont tout intérêt à s'entendre pour exercer une influence commune dans une Italie renouvelée par elles de concert ; la Lombardie et la Vénétie dotées d'institutions autonomes, ne deviendrait-il point possible de « réaliser l'union italienne » ' sous la paternelle direction du gouvernement autrichien ? celui-ci était prêt « à faire un pont d'or au Piémont, s'il voulait s'allier à lui » ". Le lendemain, M. de Briick faisait grosse voix, récriminait contre les préparatifs militaires du Piémont, exigeait une réponse dans les trois jours à ses prétentions les plus exorbitantes. Ni violences ni douceurs ne purent vaincre la résistance du Piémont. « Je ne veux pas que mon pays soit autrichien, disait en juin le Président du Conseil, et qu'il soit forcé de faire une alliance offensive avec l'Autriche. »

Le cabinet autrichien commença par la manière forte : les propositions que M. de Bruck présenta aux délégués sardes, — on dirait plutôt les exigences du gouvernement autrichi(!n, — dépassaient toute vraisemblance : le Piémont devait payer une indemnité totale d'environ 200 millions de francs, garantir la scjuveraineté des duchés de Parme et de Modcne qui étaient restitués à leurs princes, saisir dans ses ports tous

1. M. de Bois le Comte au ministre des AfTeires étrangères. 21 avril 1849. i. Expression de .M. d'Azeglio, i'n'sident du Conseil sarde. M. de Bois le Comte au ministre, 4 juin iU4'J.

les navires venant de Venise et les livrer à l'Autriche, signer un traité de commerce tout à l'avantage du port de Trieste, s'engager à ne naturaliser nul Lombard sans le consentement de l'Autriche, ouvrir immédiatement la ville d'Alexandrie aux troupes d'occupation, etc., etc.. A la lecture de telles prétentions, il y eut à Turin un sursaut (rindignalion : « C'est inacceptable, écrivait Cavour ; ces propositions sont telles que le Roi devrait abdiquer plutôt que d'y souscrire... mieux vaut courir les chances d'une guerre que de se soumettre à des conditions déshonorantes » '. Et son journal, le Risorgimento, tint ce ferme langage : nous ne pouvons adhérer aux demandes exorbitantes de l'Autriche.

De ces conditions, il en était une que le gouvernement sarde ne pouvait éluder, parce qu'elle avait déjà été acceptée par le roi lors de l'armistice de Salasco, c'était l'occupation d'Alexandrie; en vain le Piémont essaya-t-il de fléchir son dur vainqueur, Radetzki tint ferme et le 24 avril les troupes autrichiennes entrèrent dans la place d'Alexandrie. A ce moment les négociations prenaient un tel ton qu'il sembla préférable de les suspendre ; chaque partie déclarait qu'elle ne céderait point, mieux valait attendre et consulter les puissances étrangères.

Le gouvernement piémontais adressa à la France un appel éperdu. A la fin de mars il avait envoyé à Paris Gioberti, qui avait tous les enthousiasmes d'un apôtre, mais toutes ses maladresses ; « il parla trop »' et il n'obtint rien. Le 22 avril, le comte Gallina partait à son tour pour demander la médiation de la France et de l'Angleterre ; jadis m'mistre des Finances et de l'intérieur, homme de l'ancien régime Converti au nouveau, Gallina avait a une raison forte et un patriotisme sin-

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