CHAPITRE VI
I. Le Piémont en 1850. — La situation du Piémont en Italie : la paix autrichienne. Le royaume lombard-vénitien. Les duchés. La Toscane. La réaction à Rome : les relations tendues de la papauté avec la Sardaigne ; mission Pinelli, vifs incidents. Le royaume de Naples et le régime de la terreur. — La situation du Piémont en Europe : l'Autriche, la Uussie et la Piusse. L'Angleterre. La France et l'esprit clérical. — Le calme du Piémont. Les partis. La droite réactionnaire; modérés et radicaux. Le ministère. Questions économiques et financières : gros déficits.
II. L'expansion' économique. — Politique financière de Cavour : la prospérité publique, le libre échange. — Le Irailéde commerce avec la France. Rentrée du Parlement. Vote du traité. — Conventions avec la Belgique et l'Angleterre, leurs aviuitages : discussion avec Kevel. — L'acte additionnel avec la France : conventions diverses. — L'Agriculture et le CiOmmerce. — Le désarroi de la Mariae : réformes de Cavour ; Gênes, port de commerce, la Spezzia, port de guerre.
III. Le leadek du Gauinkt et du Parlement. — Le grand ministre : Cavour partout. — L'incamération des biens du clergé. Les séminaires. La réforme de la magistrature. Une activité a diabolique ».
IV. Le HELÉVEMENT DES FINANCES SARDES. — Lcs difficultés de la Trésorerie. Nigra et (Cavour. Le bilan exact de l'Etat; projet de liiiuidation du pa-sé et de réformes pour l'avenir. Discours du 8 mai 1851. Approbation du Parlement. — Los emprunts intérieur et extérieur. Kelèvement du crédit sardo. — Discussion p.'issionnée à la (Ihambre sur le traité de commerce avec la France. — La Bancjue nationale. — Prorogation du Parlement; bil.in (le la session. — Travaux de vacances.
V. Lk Diarx-DKCKMiiRR et le Piémont. — Différends dans le cabinet. Farini. — Rentrée du Parlement : interpellations, — Le Deux-
Décembre ; impression en Piémont ; déclarations de Cavour. Les menées du cabinet autrichien ; la réponse et les assurances du gouvernement français.
VI. Le Conndbio. — Évolution politique de Cavour et de Rattazzi. Premières conversations chez Castelli. — La presse ; incitations du gouvernement français; le projet Azeglio. Discours de Cavour et rupture avec la droite. Le « connubio ». Impression générale. Mécontentement et réplique d'Azeglio. — Rattazzi vice-président de la Chambre. Travaux parlementaires.
VIL La CKisE. — Mort de Pinelli : Rattazzi élu Président de la Chambre. — Démission d'Azeglio. Mécontentement du roi. Démission de Cavour et de Farini. — Cavour simple député; son œuvre de ministre.
Ylll. Voyages de Cavour a Londres et Paris. — Leurs motifs : dernières affaires. — Bruxelles et la crise politique. — Londres et les élections. Les partis politiques. Visites et conversations. Ouvertures de Malmesbury. — A Paris : arrivée de Rattazzi ; entretien avec M. Drouyn de Lhuys ; dînera l'Elysée: la famille Bonaparte ; les ministres. — Effet de ces visites et commentaires à Turin. Le monde. Giobert'. — Retour à Turin.
Au moment où Cavour parvenait au pouvoir, le petit royaume de Piémont se trouvait dans une situation unique en Italie et presque dans l'Europe entière : partout s'imposait une dure réaction, sauf ici, où s'installait un régime de liberté. Contre ce chétif s'élevaient, par suite, des soupçons, des méfiances, des haines, car sa vie indépendante était un exemple pour les peuples, un danger pour les tyrans.
Des Alpes à la Sicile, la maison de Habsbourg entendait dicter « la paix autrichienne », comme jadis y régnait la pax romana. Dans le royaume lombard- vénitien, le traité de Novare avait permis le rétabhssement du régime tyrannique qui avait duré de 1815 à 1848. Venise, épuisée d'une longue lutte, vivait dans un calme relatif, ainsi qu'un malade après une fièvre trop ardente. Milan, au contraire, rongeait avec rage
son frein de servitude; « La population tient les Autrichiens comme en quarantaine, remarquait un voyageur; elle montre par son attitude fière et hostile, jusque dans les moindres détails, qu'elle est vaincue, mais non soumise et qu'à la première occasion elle est prête à se révolter \ » Et l'on constatait avec orgueil à Turin que « la Lombardie était aussi incandescente qu'en 1848 : Mazzini en dispose souverainement' ». Pour calmer les mauvais sujets, le gouvernement autrichien en pendait un de temps à autre, Sciesa à Milan, Dottesio à Venise^, mais les autres s'entêtaient; alors le maréchal Radetzki, qui ne vieillissait pas en douceur, prenait quelque mesure de force, serrait davantage l'état de siège en juillet 1851. Afin de mieux mater les populations rebelles, le cabinet de Vienne songeait à incorporer ses provinces italiennes dans la confédération allemande : le prince de Schwarzenberg y renonça sur la ferme attitude de la France*. Mesures et projets d'autant plus insupportables qu'ils contrastaient avec lé libre régime du Piémont : l'Autrichien le savait bien, et en rageait ; il n'était brocards dont la Gazette de Milaîi, journal officiel du vice-roi, ne couvrit son petit royaume, son souverain, son armée, son Statut surtout. La monarchie absolue des Habsboui-g voulait inspirer à tous les gouvernements une sainte horreur du parlementarisme, et elle y parvenait partout — sauf en Piémont. Le Président de la Chambre sarde,
1. M. de Reiset au ministre des Affaires étrangères, 30 juillet 1851.