AINSI MOURUT CE JUSTE
donc décrocher la dépouille mortelle du capitaine et pendre à sa place le vieux magistrat, non sans que ses soldats l'eussent accablé auparavant de coups et d'outrages. Ainsi mourut ce juste pour avoir défendu le bon droit et servi jusqu'au dernier moment Dieu et son roi.
Les autres membres du corps de ville étaient cachés ou prisonniers. La
au
api-
malheureuse cité n'avait plus d'autre loi que celle des hordes de pillards qui l'occupaient. Mais, au-dessus de cette désolation, au-dessus de l'orgie se déroulant dans les rues à la lueur des torches et des meubles en tas que les soldats s'amusaient à brûler, se dressait la haute et sombre silhouette du château, dont les défenseurs n'avaient point daigné répondre aux sommations.
Le capitaine Heurtebise y veillait avec soixante hommes, débris échappés au massacre et représentant les meilleures troupes de la ville et de la garnison.
Du haut d'une des tours cornière M. Henri, debout à côté du vieux capi taine, regardait cette scène de désolation. Les hommes courant dans les rues à la lueur des feux apparaissaient comme des ombres noires; d'autres découpaient leurs silhouettes dans les baies des fenêtres, et une rumeur vague montait, chants de victoire, refrains bachiques, hurlements ot huées de mort, cris affreux des femmes qui montaient par instants avec une intensité lugubre. On ne distinguait point autre chose. Et, par moments, unidétonation indiquait quelque nouveau meurtre.
Toute la ville, à cette heure, était au pillage, sauf l'église, qui paraissait abandonnée. Mais elle était gardée étroitement, car M. de Véragues, ayant su que là s'étaient réfugiés des familles opulentes et nombre de prêtres et de religieuses, avait remis cette importante exécution au lendemain.
M. Henri, que n'avait point endurci encore l'habitude des actions de guerre; regardait tout cela, pensant tristement à son fidèle Jacquot, qui, à cette heure, sans doute, dormait parmi les morts,
Ce bon monsieur de Véragues.
aussi à ce vieux brave homme, maître Pierre Jalot, dont la maison à sac ne renfermait plus peut-être que des cadavres. Il aurait voulu pouvoir lui porter secours, mais, entraîné dans la retraite des derniers combattants, il avait été porté par la foule jusque dans la forteresse, et c'eût été folie d'en sortir mainnant. Que pouvait-il faire contre toute
pait par-dessus tout, c'était de savoir ce qu'il était advenu de son vieil hôte de la rue Neuve. Il distinguait sa maison et en voyait une fenêtre éclairée.
« Peut-être a-t-il échappé à la fureur de ces misérables, se dit-il. Je donnerais je ne sais quoi pour aller m'en assurer! »
Il se rappelait maintenant l'assise