LA VICTOIRE DU ROMANISME
Or, quand l'empire eut démissionné, il se trouva quelqu'un pour reprendre sa politique vis-à-vis des envahisseurs et pour retourner ceux qui étaient entrés contre la Germanie barbare : ce fut le pape. Qu'eût fait un pouvoir dont toute la force était dans ime croix de bois? Et qui eût- il choisi contre tous les autres, sinon les Francs qui n'étaient plus barbares et qui étaient cathoUques? Clovis fut désiré, appelé dans toutes les parties de la Gaule qui avaient conservé plus intacte la civilisation latine, telle l'Aquitaine.
C'est que les barbares plus dignes de ce titre, les Goths, les Vandales, les Burgondes, en devenant chrétiens, avaient tout de suite donné dans ime grave hérésie, l'arianisme. Arius avançait que le Fils de Dieu, le logos ou le verbe, incarné en Jésus- Christ, n'était que la première des créatures et s'est divinisé lui-même. Les Germains, encore proches de leur souche, manifestaient l'étrange et native prédilection de leur race pour les doctrines où l'on se divinise soi-même. Ce fut la cause pourquoi leur pouvoir s'effondra devant celui des Francs, soutenus par l'ÉgUse catholique.
Clovis arrête définitivement l'invasion germanique
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à Tolbiac, en 496. Il est baptisé par s^t Rémy ; depuis lors. Gaulois est notre nom de famille, Français notre nom de baptême. Latins notre sumcmi. Il est créé consul et patrice par l'empereur de Constantinople, Anastase, mais en réalité il est roi de France à Paris. Il reçoit une couronne d'or du pape Hormisdas. Une trentaine d'années après, Thierry, roi de Metz, conquiert la Thuringe ; au viii® siècle, Charles Martel soumet la Bavière, attaque les Friseras et les Saxons. Quand la dynastie change, la main du pape intervient à nouveau. Pépin est sacré à Reims, éternelle métropole de la France anti-germanique, par le pape Etienne II. Cependant la partie de l'Allemagne qui avait jadis été latine est toute travaillée par des missionnaires cathohques que fournit surtout l'Angleterre, tel Wirifrid, connu sous le nom de saint Boniface, apôtre de la Germanie. On sait tout ce que les CaroHngiens ont tiré d'aide, dans leur tâche intellectuelle, de l'île voisine ; il suffit de rappeler le nom d'Alcuin. Vers la fin du siècle, cinq évêchés sont déjà créés en Saxe sous la protectic«i effective des Francs. Après une série opiniâtre d'expéditions sanglantes, Witikind, chef des Saxons, se soumet à Charles et la Bavière est réunie à la France. Charles confirme son rôle de protectein: et d'apôtre chrétien, on dirait déjà de croisé, en détruisant en 796 le ring des Avars sur le Danube. Qui méconnaîtrait la part croissante du sang françab qui depuis quatre siècles coule dans les guerres dites des
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Francs? En 800, Charlemaéne est couronné à Rome empereur d'Occident. C'est uniquement à titre de roi de France. Sa nationalité, que revendiquent les Allemands, n'y est en vérité absolument pour rien et il n'avait assurément aucun sentiment nationaliste allemand, faisant la guerre à tout Germain qui prétendait échapper au cadre de sa domination. Il est bien nôtre. Et s'il fait recueillir avec quelque curiosité les vieux chants teutoniques, c'est qu'il les croit peut-être plus menacés que d'autres de disparaître. Nul doute que Charlemagne, comme tous les hommes de ce temps, ne considérât la langue latine comme la seule langue, et tous les parlers populaires, y compris le sien, au rang où nous tenons les patois. Il faisait déjà du folklore. S'il est empereur, c'est comme Français et comme cathoUque. Avec lui, après neuf cents ans de fortunes diverses, le premier acte de la lutte entre la Germanie et le monde romain se termine par la pleine victoire du romanisme sur une Germanie terrassée et domptée, conquise au christianisme.