LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Les choses en étaient là quapd le quatrième acte du drame, du perpétuel conflit germano-latin a commencé, c'est-à-dire quand la Révolution française a éclaté en Europe.
Si on la dégage des multitudes de contingences politiques dans lesquelles elle est impliquée, si on en discerne d'un peu haut et iinpartialement les tendances, que reste-t-il et que pensait-elle apporter ^u monde?
Elle y jetait avec une force singulière l'idée d'un gouvernement plus rationnel des peuples, d'une liberté politique qui leur fût incorporée par une
eonstitution réfléchie ; c'est sans doute pourquoi la première assemblée révolutiomiaire prit le nom de « Con^tuante ».
Elle voulait qu'aucune partie de la nation ne demeurât sous l'action du gouvernement toute passive et que chacun pût participer à la vie poUtique commune ; c'était le principe d'égahté qui n'excluait nulleipent les différences de condition, mais impliquait une indépendance garantie à l'individu dans l'État.
Et comme les individus, libres et munis de leurs droits, devaient vivre dans l'État une vie fraternelle sous l'empire des lois faites en conunun, cette nàême fraternité, quand les peuples seraient libres, devait s'établir et régner entre eux.
Quelque part d'illusion qu'il pût y avoir et qu'il y avait en effet dans ces pensées, elles n'en donnaient pas moins, ou plutôt elles donnaient d'autant plus ^ la Révolution un certain caractère humain, en soi admirable, qui suscita cet incontestable enthousiasme révolutionnaire dont le pays et le monde furent remués et soulevés ; caractère que ne purent effacer entièrement les dissensions, les excès, les crimes intérieurs, enthousiasme qui anima les armées et à de certaines heures les assemblées poUtiques.
C'est sous l'inspiration de ces idées que l'Assemblée nationale rendit son décret du 22 mai 1790, par lequel elle déclarait que la nation française s'interdisait de faire «aucune guerre de conquête et
qu'elle n'entreprendrait jamais contre la liberté d'aucun peuple». Belles déclarations comme le monde n'en avait jamais entendu et qui certes furent sincères.
Il est superflu de démontrer plus longuement que la France représentait alors im idéal de liberté humaine. Et l'Allemagne était toute pénétrée d'idées françaises. Si Frédéric II comme souverain était un parfait Prussien, conmie publiciste il était quasiment un encyclopédiste et semblait faire partie du clan des «philosophes». Kant proclamait que la république était la forme du gouvernement par excellence et qu'il était d'obligation morale que l'humanité marchât vers la confédération des peuples. Schiller, à qui la Convention conférait la qualité de citoyen français en l'appelant naïvement «GiUes», écrivait des drames Hbéraux et révolutionnaires, tels que Fiesque ou les Brigands, et Gœthe inclinait dans le même sens avec Gœtz de Berlichingen et Egmont On a compté qu'il y avait environ 7000 publicistes, écrivains, joumaHstes allemands qui s'employèrent à Tenvi à répandre le mouvement d'idées français. La déclaration des droits de l'homme était imprimée à Francfort sur des mouchoirs dont la vogue s'emparait. Le couronnement de Léopold II comme empereur en 1790 parut une mascarade. La prise de la Bastille provoqua un enthousiasme universel. Les i>oètes, Klopstock, lenisch, Jean de Muller, à l'événement accordaient leur lyre, vouaient leur plume.
Herder, Kant, tout le monde se disait cosmopolite. Les écrivains à l'envi proscrivaient la noblesse, dont cm ne voulait plus. Fichte, Hegel étaient d'ardents jacobins. Tous les hommes qui en Allemagne se comptaient pour civilisés regardaient la France comme leur patrie. Ainsi se préparait dans le sentiment public la réunion, qui fut si aisée, de la rive gauche du Rhin à la France, son retour à l'ensemble dont elle a fait d'abord historiquement partie, la reconstitution de l'ancienne Gaule gauloise, romaine et franque.