L'ALLEMAGNE SE DÉIFIE
Les fameux discours de Fichte à la nation allemande sont de 1807-1808. La philosophie allemande, tout en sortant de Descartes, s'était immédiatement éloignée de la doctrine française qui affirme la réalité de la personne et du libre arbitre ou liberté. La monade de Leibniz fut aussitôt soumise à un <iéterniinisme universel. Kant relégua Dieu et le filn-e arbitre dans les intermondes. Après lui, intervinrent des combinaisons du spinozisme avec des idées d'évolution. Ainsi se formèrent des doctrines d'un paaithéisme obscur qui semblent en a^nité foncière avec le tempérament germanique, puisqu'on en retrouverait les tendances accusées chez les anciens mystiques allemands tels que Eckart, Weigd et Boehme. Fichte, qui est un théologien, parle abondamment de Dieu et en a la pensée constamment présatite à l'esprit, mais il se flatte d'en changer complètement l'idée ; en réalité, ille détrône ; il ne -veut plus qu'il
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soit, ni qu'il soit im étr^, comme le ccHiçoivent les Latins impies ; il le condamne à devenir, et à devenir par le développement même du monde ; et quant au monde, il ne peut devenir que par TAllemagne, qui se trouve ainsi divinisée et représenter la partie excellente de Dieu, celle faute de quoi Dieu périrait. Quant à l'individu humain, il ne lui reste nulle personnalité vraiment propre ; il n'est qu'atP^ tant qu'il devient un rouage de la machine divine ou allen;iande, et, dans cette vue, Fichte exige qu'il soit entièrement « mécanisé ».
Hegel, qui avait appelé Napoléon « l'âme du monde », modifia sa pensée quand Napoléon fut tombé, et en même temps donna à celle de Fichte un tour nouveau et une forme plus stricte: Dieu, dit-il', réside dans l'État prussien, ^uant à l'individu humain, il n^existe pas en soi. L'État est la réalité de l'idée, il en est là puissatee absolue, il est la marche de Dieu dans le monde, il' est Dieu lui-même éur laterre, supérieur aux religions, supérieur à la morale ; aussi n^y a-t-il place pour aucune moralité entre les États, tagûerre par suite est excellente, la victoire où qu^ellié soit eltpntâe le droit et Fhistoire équivaut au jugémetit dernier.
Éil somme. Dieu, c'est TÉ tat prussien, et voilà, grâce à Hegel, ïa questioil bien posée. La querellé qui se pout^ît âujôûfd'Hui même eiitte Va! Gefmknie et nous" à' pàuf faisoii dé saVoîr si rëttipé-rèur allexiiaiid est; comttië l'ont voulu' les Èoliôns^-
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taufen, rincamation de Dieu devant qui doit plier toute volonté humaine et s'anéantir toute personnalité.
LA pente fatale
Le gouvernement prussien a suivi sa fatalité. Après 1815, il a escamoté la liberté qu'il avait promise aux peuples ; et la guerre de la liberté, Treiheitskrieg, — ainsi s'était-elleappelée pendant qu'onlafaisait, — sedébaptisa et prit officiellement le nom inoffensif de guerre de la libération: Befreiungskrieg. Les mouvements libéraux de 1830 et de 1848, suscités par l'exemple de la France, furent enfin rudement comprimés. D'ailleurs, au cours du second, qui fut le plus grave, le peuple séparait si peu la liberté de Tidée [de l'empire qu'il invitait le roi Frédéric-GuiUamne IV à se proclamer empereur. Le parlement libéral de Francfort lui offrit effectivement la couronne impériale. Il la refusa. L'empire ne devait se faire que par la force et par les princes, parle moyen de l'aristocratie allemande, non par le peuple allemand ; et il devait se faire par la guerre, contre l'ennemi héréditaire, contre la France qui représente historiquement l'antithèse de l'idée impériale germanique, les idées de liberté et de personnalité. Tel est le sens du conflit provoqué par Bismarck en 1870 et du couronnement de 1871 à Versailles, qui se fit avec l'assentiment tacite ou la compUcité absurde de la plupart des gouvernements
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et des peuples de l'Europe, si même on ne discerne pas chez eux quelque bruit d'acclamations.