LA CULTURE
On voit maintenant comment l'Allemagne croit poursuivre une mission divine et s'entend dire, sans s'étomier, par son empereur qu'elle est le «peuple élu ». Quant à l'empereur lui-même, lorsqu'il publie à Berlin, en 1891, ses sermons de prêtre et d'évêque prononcés à bord (Je son yacht devant l'équipage, et les intitule : « La voix dw Seigneur sur les eaux »^ on doute de quel Seigneur il s'agit, le seigneur Diea ou le seigneur Empereur ; et bien qu'on n'ait pas lieu de douter de la piété de l'empereur, on se persuadeque le titre implique une part d'auto-adoration.
En fait, l'Allemagne intellectuelle est athée ; et sb elle s'accommode de la devise : « Dieu avec nous »^ c'est que la formule constitue une fraude pieuse à l'usage des simples. Dieu étant aux yeux des habiles, d'autant plus avec eux qu'ils sont eux-mêmes Dieu^ pensent-ils. Il faut leur accorder qu'ils considèrent leur divinité comme en travail et tenue d*être laborieuse;. Et à présent, qu'est-ce que cette « culture » dont ils font la propriété de l'Allemagne et qu'ils sont impuissants à définir? Nous pouvons le faire à leur place. C'est le sentiment orgueilleux, la soif de la domination des âmes que nous avons vue se réveiller indélébile à travers leur histoire germanique, sousun nouveau nom, la tendance indéracinée ♦ au grand
xio CE qu'est le germanisme.
asservissement de conscience » que Renan attendait d'eux avec jubilation, un titre qu'ils donnent à leor appétit inassouvi pour l'exercice de ce pouvoir spirituel qu'ils convoitent toujours et n'atteignent jamais.