L ABSOLU DE LA GUERRE
Pour réaliser cette destinée, disons mieux : pour accomplir ce devoir, qu'a-t-elle à faire? La guerre à son toiur doit être portée à l'absolu. Une première partie à gagner, c'est autant que possible de faire passer l'adversaire pour l'agresseur au prix de n'importe quel mensonge. Une fois la guerre commencée, interviennent à propos les idées qu'il est impossible à l'Allemagne de pécher, qu'elle a pour mission de r^énérer et de guérir par la violence le monde malade et que l'État allemand est au-dessus de toute morale. Clausewitz loue l'emploi de la terreur sanglante ; il estime que tout principe de modération est en l'espèce ime absurdité. Von Hartmann réfute Bluntsckli qui demande quelque codification deslois de la guerre. La vraie loi de la guerre est de porter â l'adversaire le plus grand dommage possible et de le faire souffrir systématiquemesnt selon les^vues et suivant les ordres du « commandement », sans égard à aucune pitié, ^'il y ait aucune violence iUicite, c'est ce qui est plus que douteux. Le terrorisme est à tout prendre la voie la plus himiaine, parce que, brisant la résistance des volontés, il abrège la durée des hostihtés.
Le livre officiel De la pratique de la guerre en campagne réprouve les conventions de la Haye signées par l'Allemagne, en déclarant nettement qu'elles ne seront pas observées dans la réalité. En fait de règles, il n'y en a pas de plus sûre que celle des représailles, et c'est im recours qui manque souvent à l'un des belligérants.. Il est sage de contraindre les provinces envahies à collaborer avec l'envahisseur pour son succès. Le catholique Erzberger, le juif Harden, les protestants Dryander et Deissmann, tous bonsnietasschéens, demandent qu'on brûle Londres, s'applaudissent qu'on ait massacré l'innocente population de Louvain, bombardé les cathédrales de Reims et de Paris, torpillé le Lusitania, VAncona, la Ville de la Ciotai. Ils n'ont rien à dire sur le massacre des Arméniens. Il n'y a plus, comme dans toutes les guerres antérieures et même celles des anciens Grecs, de trêve pour enterrer les morts ni recueillir les blessés. On a descendu au-dessous du niveau de toute civilisation et l'empereur Guillaume ordonne à ses soldats de faire oublier les Hims.