‹ Ce qu'est germanisme;Chapitre 31 sur 50 · TROIS TÉMOINS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

TROIS TÉMOINS ALLEMANDS

Toute cette machinerie remontée pour produire des effets immenses, consent et pour quelles œuvres sera-t-elle employée? Il est à craindre que ce ne soit pour des œuvres brutales. De cette brutalité allemande, nous avons, en foule des preuves dans l'histoire et nous sommes à une heure où elles sont trop multipliées et trop publiques pour qu'il soit nécessaire de les énoncer expressément. Jlais puisque nous avons en vue la^brutalité de l'Allemagne divinisée, invoquons le témoignage de trois Allemands qui précisément aient représenté l'homme allemand en lutte avec Dieu. Par une rencontre remarquable, ce sont les trois plus grands artistes de lettres que l'Allemagne ait produit depuis 150 ans : Gœthe, Heine et Nietzsche.

Gœthe est un élève des Grecs, des Latins, des Fran-

çads. n passe poor xvmr été tm otympkn, aftectant totit an moins une physionomie impasâUe, L'œuvre par exœlknoe de toute sa vie est xpoo n testaMement son Fmat. £st-îl bien sûr que dans k Faust û se tienne dâibérément axi-dessus de son ceuvre et qu^il ne s'y imMe pas? Dans tôt» les cas, a3rant à oéer, à dK39sir un biko5^ en qui il a quelque pensée d'incariMor tout r&onmie, il est tout naturel qu'il prenne et dépeigne un Allemand et même l' Allemand type,

L'oi^ine du drame {de Fami est dans un vieux mystère feançais, le Miracle de Théophile. Convenons que chez Groesthe il a pris une allure toute germanique. Il passe pour profond et je veux qu'il le soit ; ne no^xs m^renons pas toutefds sur la profondeur de cette profoiKfeur ; il est clair qu'elle est peu de cbose en compaiaison, par exemple, de celle de la Divine Comédie, Le drame est d'ailleurs, comme Ta bien remarqué LoTiis BCTtrand, orienté vers l'enfer en dépit d'uM tenninaison postiche.

Il commence par un commentaire de rÊvanpk de saint Jean, commentaire qui est un désaveu, puisqu'il îdace à l'origine des choses l'action. QueUe action? Une action qui va en fait se révéler fort méchante, puisqu'elle va accq)ter la collaboration du diable. Faust est d'ailleurs convaincu que la raison ne sert qu'à rendre l'hcmime plus brutal, ce qui est ime pensée assez séante à un Allemand, et le poète manif^te son optimisme en déclarant qu'au bout du compte le mal fait toujoins le bien. Marguerite est

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séduite, elle empoisonne sa mère, sa faute est cause de la mort ou plutôt de l'assassinat de son frère et elle tue son enfant ; enfin elle devient folle et meurt à son tour. Faust marche à de nouvelles destinées, XX>ussé par la fureur de jouir de tout et de tout posséder. Sa manière d'organiser le crédit sur le néant à la cour de l'empereur est bien remarquable. Le voilà pour son compte empereur d'Orient et époux d'Hélène. A peine leur fils Euphorion est-il né que ce rejeton veut violer les femmes et faire la guerre ; mais d'aibord il se tue en essayant d'escalader le ciel. Hélène disparue ne laisse d'elle à Faust qu'une vidé dépouille. Revenu au service de l'empereur d'Allemagne, qui est d'ailleurs un franc imbécile, Faust gagne une bataille en usant, grâce à son inséparable ministre Méphistophélès, de sorcelleries et de prestiges, non sans avoir ranimé toutes les vieilles fiureurs héréditaires, même les plus lointaines et qui semblaient abolies et désuètes. Devenu ingénieur, il laisse détruire la paisible demeure de Philémon et de Baucis dans l'appétit qu'il a de conquérir la terre et la mer. Enfin, cet esprit insatiable ne se déclare content que d'une œuvre toute matérielle, et si content qu'il expire. Ce n'était pourtant rien de plus que ce qu'ont fait tant de moines, et c'est même infiniment moins, puisque de la part des moines, les défrichements et conquêtes sur la nature jusqu'alors indomptée et hostile, s'accompagnaient toujours d'une œuvre morale dont l'entreprise de Faust ne

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présente pas la moindre trace. Cette vue du poème à vol d'oiseau n'est pas pour déprécier l'observation aiguë et réfléchie de Gœthe, pour nier les ressources de son génie plastique ; elle est seulement pour montrer que l'agitation effrénée de Faust est radicalement vaine, ne laissant derrière elle que ruine et néant, table rase et n'aboutissant absolument à rien, sans que le génie germanique du poète ait l'air de s'en soucier et comme si, après tout, il le trouvait fort naturel et que ce fût là le dernier mot des choses. En somme, l'active brutalité de Faust est un élément qui se suffit à lui-même.

Le pauvre Heine semble Méphisto détaché de l'œuvre du maître, mais qui aurait gardé un fonds de tendresse d'un ancien commerce avec les anges. Ce fut une bonne action de sa part d'écrire l* Allemagne, pour nous avertir de ce que ce pays recelait de dangers pour nous et pour nous mettre en garde. Il semble cependant que ce qu'il y avait d'allemand en lui ne puisse se défendre d'un tressaillement de joie à l'idée de voir se réveiller la force brutale du colosse germanique et le marteau de Thor faire voler en pièces les cathédrales gothiques. Et pourquoi ce soulèvement sauvage? A cet effort énorme, ce nouveau prophète ne voit poiu: résultat que le pur néant, à moins que ce ne soit quelque chose de précieux pour l'humanité que des fêtes orgiaques déchaînées en im délire brutal qui se saoule de vins et de filles. Le troisième de ces hommes est, comme les deux

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précédents, un disdjrfe de notre littérature, et il se rattache avec passion à l'art méditerranéen ; quairt au sang, il se veut slave et polonais et nul n'a jâus copieusement injurié les Allemands ; mais pour l'âme, il est tout germanique. Nietzsche se targue d'avoir tué Dieu et la morale. Il divise les hommes en deux castes : les maîtres, les hommes de proie à qui conviennent la ruse et la cruauté, qui s'arrogent tout droit de pratiquer le meurtre, le pillage, la torture et la violence ; et, d'autre part, les esclaves, ceux qui ont pour règle de vie la jMtié, la douceur, la pati^ice, l'industrieuse activité, l'himiilité, la bienveillance, la bonhomie. Nietassche professe une haine particulière pour les prêtres dont la fonction sociale est précisément de faire naître et d'entretenir ces vertus. Il entend prêcher la doctrine contraire : « Soyez dursl faites souffrir ! » Ces doctrines de bourreau estbèfte font naître vis-à-vis de Nietzsche un sentiment qu'on rougirait d'avoir pour aucun autre, et c'est xm succès qu'il ne désavouerait pas d'être le seul à le provoquer ; tout en jouissant de sa littérature là où elle le mérite (et ce n'est pas partout, car il arrrw qu'il ennuie), on le voit avecxme sérieuse satisfaction à la fin de sa Ade, abruti, gâteux et tombé même lau^dcssous d'une souffrance où pourrait dememrer de la noblesse. M. Hauptmami affirme que tous tes soldats de la ctdture ont dans leur sac ce Zarathoustra germanique, et ce n'est peut-être pas une petite expifioition de beaucoup de leurs brutalités et de leuis crimes .

l'état-dieu

Engagés dans cette directicm tout anti-d^ëtienne, on affirme que nombre d'Allemands ont voulu restaurer les anciens cultes païens de leur race, ranimer leurs vieilles divinités, assoupies comme Barberousse, et, sekMi les pré^dsions de H^e, sont retournés délibérément en d'étranges cérémonies jusqu'au Wotanfême.

Quoi qu'il en soit de ces folies archaïques et monstrueusement mystiques, il est du moins un dieu à qui nul Allemand ne refuse son adoration, et c'est l'État prussien. Treitschke, Jellinek, Laband et d'autres, fidèles à Tesprit de Hegel, en font l'absolu à la fois idéal et réei. Dans cette position de dieu, les contrats né l'enge^gent pas, il ne peut admettre la validité d'aucun tribunal international, la guerre est pour lui la seule forme de procès et elle est en soi morale et sainte. C'est un non-sens que d'invoquer ea cette affaire le christianisme ou l'humanité ; la seule affaire, c(Mnme Nietzsche l'a proclamé, c'est la puissance. Un état faible est par définition une absurdtté et on condamne les petits Étatsà périr. Les jAk féroces de ces thé<Hici6ns, inspirés du Français GoWneau dont ils ne laissait pas d'ailleurs d'altérer gravement les vues pessimiste, tels l'Anglais germanisé Chamberlain et les Allemands Drie^ians, Wotmann, Wcdf (par qudle mystérieuse concordance cdui-ci

porte-t-il le nom de « loup *?) poussent leur désir jusqu'à l'extermination des races. Dans tous les cas, un point est mis hors de contesté, c'est que l'Allemagne doit demeurer seule et divine maîtresse du monde.

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