‹ Ce qu'est germanisme;Chapitre 46 sur 50 · LES FRONTIÈRES DE L'EST. ^ I5I · texte numérisé non relu

LES FRONTIÈRES DE L'EST. ^ I5I

îa France, dis-je, s'est trouvée condamnée vis-à-vis de TAllemagne à une politique militaire, héritière de celle des Romains, et qui n'est, au fond, qu'une défensive.

L'empire romain fit pourtaht ce qu'il put afin de conquérir sérieusement la rive gauche du Rhin à la civilisation latine. Toutes les grandes villes du fleuve, Strasbourg, Mayence, Coblentz, Cologne, par leur situation sur cette rive, attestent leur origine latine. Le type même des habitants est bien différent de ce que pourrait croire un Français, s' attendant à voir, en entrant dans des pays où on parle allemand, des hommes de haute taille, épais ^t blonds. Tous ces Rhénans sont au contraire de taille moyenne, généralement bruns et vifs, et je me suis souvent demandé, à la langue près, si je ne voyageais pas dans la compagnie d'une demi-douzaine de Bordelais. *

La Révolution française, il y a moins de cent ans, trouva soudain le secret de faire accepter d!e nouveau l'hégémonie latine par cette contrée, où il eût été si important pour le monde que nous fussions toujours restés. Mais la race des Napoléon, en s'y reprenant à deux fois, a reculé notre frontière jusqu'en deçà des Vosges, en pleine Lorraine française. C'est du moins une fortifiante consolation que la France, dans l'intervalle de ces désastres, ait eu le temps de se couviir au nord par des peuples neutres et libres, comme la Belgique.

Je dîne à Metz entre des Prussiens d'une part, et

des Françaises de l'autre. Celles-ci sont en noir e€ sortent par une porte de côté* pour ne point passer proche des soldats qu'elles considèrent évidemment comme des ennemis. Dans 4a rue passent encore des recrues lorraines. Les pauvres garçons défilent au grand pas, portant dans de vieux petits coffres ou dans de simples mouchoirs à carreaux les humbles provisions qu'y a fourrées en hâte la tendresse des mères. La nuit est venue. Une sorte de musique sauvage les précède, rythmée et cadencée sur les coups réguliers d'un tambour au son flasque et mat, comme un tam-tam barbare. On les regarde disparaître. Bien des visages de femmes sont tristes dans l'ombre.

J'achète à Nancy une carte qu'on vient d'y publier et qui indique les nouvelles défenses respectives de la France et de l'Allemagne. Celle-ci se présente immédiatement avec son quadrilatère de forteresses qui commandent à la fois la double voie de là Moselle et du Rhin, Metz, Strasbourg, Coblentz et Mayence ; au delà, Cologne au nord-ouest, Ulm au sud-est.

Quant à la France, une ligne de pays fortifiés constitue son premier point d'arrêt. Cette ligne va de Verdun à Toul d'une part, d'Épinal à Belfort d'autre part. Une baie reste ouverte de Toul à Épinal. Nancy est en dehors de ces fortifications et livré d'avance, en quelque sorte, à l'ennemi. Peut-être n'y a-t-iJ guère moyen de le mieux défendre. Même pour l'observateur peu compétent, comme moi, qui a

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parcouru le pays, il est évident que les Prussiens, possédant Metz et la trouée de Saveme, sont chez nous, sans que nous puissions, au moins de prime abord, entrer chez eux. Metz, situé à l'endroit où la vallée de la Moselle se rétrécit, en bouche le défilé. Garder ce bout de la passe, qui est chez nous, n'eût été que justice, puisque les Allemands pouvaient se défendre dans l'autre bout, qui est chez eux. Metz, c'était la clef de notre maison au nord des Vosges, Comme Belfort au midi. Nous avons perdu à la fois une de nos deux portes, et la sentinelle avancée, Strasbourg.

Derrière la première ligne de défense que nous venons d'indiquer, un^ seconde a été préparée. Reims, Laon, Tergnier, Soissons appuient, en arrière, le premier tronçon établi de Verdun à Toul. Le second tronçon Épinal-Montbéliard est flanqué d'un demicercle de forteresses qui comprennent Besançon, Dijon et Langres. De Langres à Reims, la baie déjà ménagée dans la première ligne de défense s'élargit encore, et découvre le troisième point d'arrêt, constitue par le seul camp retranché de Paris. Que la grande^ ville, bourdonnante et bruyante, . regarde à l'est par cette trouée ; elle verra là-bas, par-dessus les Vosges, les deux yeux ardents de l'Allemagne, qui ne la perdent jamais de vue.

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