GÉOGRAPHIE
Il ne serait pas aisé de déterminer exactement les limites de l'ancienne Germanie, d'autant que les renseignements anciens ne sont pas d'une parfaite précision, et que ces limites n'ont pas laissa de varier sensiblement. On peut assigner un temps où la Germanie s'avançait un peu moins à l'ouest que l'habitat actuel des Allemands et où, en revanche, elle s'étendait à l'est davantage.
Ce qui nous intéresse, c'est la ccmfiguration générale de ce paj^ en tant qu'elle subsiste et donne un caractère durable et spécial au lieu de séjour, au réceptacle de nos mauvais voisins.
Ce qui me frappe, c'est que ce pa}^ est très facile à défendre. Une série de fleuves, souvent assez impétueux, vite élargis, y coulent tous parallèlement du sud au nord : le Rhin, l'Elbe, l'Oder, la Vistule. Ce sont autant de fossés inondés, malaisés à franchir l'un après l'autre. Du côté français, une première ligne de fortifications naturelles est constituée, dans
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l'état actuel des choses, par les Vosges, les Ardennes, TEifel et se continue par la basse plaine du Rhin, non J moins incommode à passer que les montagnes. Une seconde ♦?i^[he, aiitaM^'dîiè îme troisième, si on a compté 1§ Rhin, se dressé par jtes hauteurs continues de la*ÊOrèt!lJo«e;dùrraM Harz et de l'Erzge-
birge, membres de cette forêt hercjmienne qui fut l'effroi des anciens. Au sud, les Alpes forment un énorme rempart. La barrière, pour mettre une frontière à l'est, remonte vers le nord par les monts de la Bohême et de la Thuringe ; au delà le pays est indéfiniment marécageux ; le côté du nord se développe en rivages très bas, c'est-à-dire de ceux qui ne peuvent être approchés par une flotte ayant un fort tirant d'eau. L'ensemble représente doncune immense forteresse dont toutes les faces sont d'un accès rébarbatif, un quadrilatère encore renforcé par d'impor- f tants obstacles intérieurs. ^
Cette contrée si bien faite pour s'opposer aux J envahissements favorise au contraire l'invasion des j pays voisins. Elle donne le conseil de descendre &i j ItaHe par le Tyrol, route que les empereurs teuto- j niques ont suivie tant de fois avec leurs armées; \ c'est que les pentes douces des Alpes sont au nord ( et invitent à atteindre les cols, tandis qu'on dévale ) dans la plaine italienne d'une chute subite. Veis v la France, la voie est toute faite par la Meuse, la Sambre et l'Oise. Dira-t-on qu'elle est faite dans les deux sens? Ce serait se leurrer d'une apparence* i
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D'une part elle tombe sur Paris, cœur du pays ; si <m la suit en sens inverse, on débouche vis-à-vis du Harz et de plaines vagues, où il n'y a nul centre vital, avec toute l'Allemagne du Sud à revers, prête à frapper l'envahisseur de flanc et de dos. De là, indépendamment de toute autre raison, l'impOTtance pour nous de l'Alsace qui nous met tout près de Francfort-sur-le-Mein, cette porte du milieu de l'Allemagne, et qui en coupe les deux parties.
Ajoutons que cette terre fut toujours fertile en troupeaux, en grains, en métaux avant de l'être comme aujourd'hui en cette matière avec laquelle on achète et on produit toutes les autres : le charbon.
LA race
On a répété jusqu'à présent que les Germains étaient des Aryens comme les Grecs, les Latins, les Gaulois (i). Des recherches récentes ébranlent cette <ï»nion, si accréditée qu'elle soit. Une race dolichoc^*alique se serait avancée par le nord vers les parages de la Baltique ; une autre plus dolichocépha- ^que encore aiurait remonté des rivages de la Méditerranée vers les régions de la Germanie et se serait fondue avec la première. Une troisième nettement brachycéphale se serait présentée le long des mon*
,^ {}) Et je l'ai dit moi-même à mon cours. C'est depuis lors que j'ai appris d'autres nouvelles. Ce point est le seul où j'introduise un changement par rapport aux ch oses que j'ai énoncées.
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tagnes et aurait apporté aiix deux précédentes, avec un sang nouveau, une civilisation supérieure, celle du bronze, et ce qu'elle comporte d'arts de la paix et de la guerre, tels que les fortifications. Mais il y a plus : l'étude de la phonétique comparée, après certaines constatations faites sur la prononciation allemande et la position de l'accent tonique, conclurait que la langue aryenne n'était point primitivement celle des peuplades germaniques, que celles-ci l'ont toute reçue du dehors, évidenament d'une civilisation supérieure, l'adaptant à des organes relativement grossiers. S'il en est ainsi, l'Allemagne, dès les temps préhistoriques et jusque dans sa langue, aurait subi cette loi qui au cours des siècles lui a imposé d'emprunter toute sa culture, qui demeure jusqu'à un certain point adventice sur un fond de barbarie native trop souvent disposé à reparaître. Nous voici bien loin de certains dogmes allemands d'après lesquels les Germains représenteraient la race aryenne dans sa pureté, bien loin aussi des opinions de Tacite qui croyait voir en eux une race pure. Ils lui ont paru tous à peu près semblables, comme il arrive quand on connaît mal les gens.
Par comparaison avec ses compatriotes romains, il les a vus grands, blonds ou roux, avec des yeux bleus. Ils étaient peu stables à cause de leur agriculture encore médiocre et de leurs guerres perpétuelles. Ils n'avaient pas de nom commun comme les Gaulois ; leur nom même ils l'ont reçu de l'étranger.
Les luttes incessantes des tribus entre elles ont été une des causes principales des invasions germaniques, un peuple poussant l'autre. I^ur courage militaire est hors de conteste, mais se soutenait surtout quand ils étaient bien groupés en troupes, ensemble et comme d'un bloc. Ils avaient peu de goût pour se battre en rase campagne ; leurs préférences étaient pour les embuscades, pour la lutte à l'aide de fortifications faites de chariots ou autrement. Ils avaient pour enseignes des monstres. Ils s'animaient en chantant le bardit, qui aussi bien ne paraît pas avoir été étranger à certaines peuplades de la Gaule ; ce n'était peut-être rien qui leur fût bien spécial. On dit qu'ils aimaient le sang, qu'ils étaient ivrognes, rusés et menteurs. Un peuple, par défiance des autres, se faisait volontiers une frontière en dévastant le territoire à son entour : c'est ce qu'ils appelaient un « mark », une marche. Les princes s'attachaient une clientèle en menant leurs troupes au pillage. Ils sont capables, dit Tacite, de supporter de grands maux s'ils ont l'espon: d'un butin. Il leur accorde des sentiments de fidéhté envers leurs chefs. Il leur attribue aussi de la retenue envers les femmes. Il n'est pas fâché dé trouver des vertus à des sauvages pour les opposer à la dépravation romaine. Quoi qu'il en soit, les femmes des Germains étaient dans une situation très dépendante et servile ; ceux qui étaient assez riches ne manquaient pas d'en avoir plusieurs, et ce sera encore le cas de Charlemagne ; à elles
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incombait en grande partie le travail de la terre ccrnshdéré comme vil par les gu^riers. D'ailleurs il y avait des esclaves.
REUCION
Il semble qu'il n'y eût pas de temples, ou il n'y en eut guère ; les bois sacrés en traient lieu. La race adressait son culte au soleil, à la lune et comptait le temps par les nuits, non par les jours. Ils adoraient, dit-on, un dieu de la guerre sous la figure d'une épée nue ; et ne doutons nullement que ce soit une des raisons pour lesquelles il est si souvent question du glaive allemand {das Schwerf) dans les discours des chefs allemands d'aujourd'hui. Ils avaient un dieu du tonnerre, Thor ou Donar, armé du marteau ; la terre était Ertha ou Holda, la fécondité Freya ou Frigga. Odin était une sorte d'esprit supérieur. Ces rudiments ne prirent le corps d'une mythologie organisée que chez les Scandinaves, qui ne reçurent le christianisme que fort tard. Les Walkyries planaient au-dessus des combats pour emporter les ombres des vaillants guerriers.
On sacrifiait des animaux et des hommes. On pratiquait diverses formes de divination ; des prêtres y étaient employés et aussi des femmes, «Velledas ou Alrunes:>. Les prêtres seuls avaient le droit de frai)per les hommes Ubres ; les Allemands de nos jours sont bien déchus de cette immunité, et se laissent rouer de coups sans difficulté. La
« superbe brute blonde », dit-on, ne l'entendait pas ainsi.