Ce qu'il a chanté
Faire la préface d'un livre, particulièrement d'un livre écrit en vers, est, d'ordinaire, quelque chose d'assez compliqué. Trop souvent croit-on» devoir y faire entrer tout ce que peut suggérer une complaisance moins raisonnée qu'intéressée, et verset-on, inconsciemment parfois, dans les suhtilités d'une réclame peu profitable pour l'auteur et galère plus à l'avantage de celui qui s'est chargé de présenter son livre au lecteur.
Je n'ai ici nullement à craindre de tomber dans cet excès. Le livre de feu le docteur Morisset se présente tout seul. Il n'a pas besoin de réclame. Les poésies qu'il renferme n'ont pas été écrites — comment dirais- je? — dans un ^'but de spéculation", pas même avec l'idée qu'elles pourraient un jour figurer sur les rayons d'une bibliothèque quelconque oit procurer de la gloire à leur auteur. Le docteur Morisset, poète et musicien à ses heures, n'a, dans la préparation de ses chants poétiques, jamais fait que suivre le cours de
ses impressions personnelles ; et, s'il les a notées religieusement, ces impressions, au fur et à mesure qu'elles lui sont venues, soit à Vomhre de ses grands pins, soit dans son jardin, sur sa véranda ou au bord d'un ruisseau, c'était tout au plus pour en fadre part à quelques intimes et les reléguer ensuite dans le tiroir d'où, vingt ans après sa mort, les pieuses mains de ses enfants devaient retirer et mettre au jour ces fleurs d'autrefois, que les ans n'ont point encore fanées et qui n'ont rien perdu de leur arôme.
Ces pages sont bien à lui, de fond comme de forme. Avant de les écrire, il les avait vécues. Doué d'une nature très impressionnable, sympathique, tendre et affectueuse, et jouissant d'un talent poétique plus qu'ordinaire, il n'a chanté que ce qu'il a vu, riant de bon cœur lorsque l'occasion s'en présentait, et, plus souvent encore, pleurant, de tout son cœur aussi, les deuils et les infortunes dont il acceptait toujours sa part avec une résignation toute chrétienne. Avant de commencer à écrire une pièce, il ne se disait pas, comme font probablement certains poètes canadiens de nos jours: Voyons! quel sujet vais-je prendre aujourd'hui? Non; le sujet venait de luimême se glisser sous sa plume après être passé par son cœur et y avoir fait naître une éynotion réelle. Au lieu de puiser ses inspirations à des sources, fort recommandables, si l'on veut, mais qui ont été fré-