PREFACE
quentées et exploitées de toutes façons depuis des siècles, sources que tout le monde connaît et n'entend plus guère mentionner qu'en éprouvant une certaine lassitude, il préférait aller rêver dans le petit bocage avoisinant son habitation, ou près du mince filet émargent qui coupait sa prairie; et là il donnait libre cours à son âme vibrante et disait avec effusion ce qu'il apercevait en rêve et ressentait dans son cœur de poète.
Novembre est apparu. Les feuilles mordorées Flottent comme un manteau sur le gazon frileux ; Et les brises d'automne, en notes éplorées, Dans les grands rameaux nus soupirent leurs adieux.
Anges, ô ! dites-moi, quand tout dort dans nos plaines, Quittez-vous quelquefois vos sommités lointaines
Pour visiter notre séjour ?
Est-ce voi>s qui venez rechauffer sous votre aile I^es petits orphelins de la pauvre hirondelle
Tombée aux griffes du vautour ?
Est-ce à vous qu'il répond, l'enfant encore aux langes, Quand sa bouche bégaye avec des sons étranges
Des fragments de mots isolés ?
Et réve-t-il du Ciel, quand on le voit sourire Pendant son doux sommeil aux baisers du zéphire,
Comme les jeunes fleurs des blés ?
Plus souvent encore ses pas le conduiront vers le petit cimetière de son village^ où des êtres chéris dor-
ment leur dernier sommeil. Ecoutez alors les sons doux et mélancoliques qu'il sait tirer de sa lyre:
Sur les confins fleuris d'un sentier solitaire, Dans un petit enclos tout baigné de soleil, Ils sont là, deux des miens, qui dorment sous la terre Leur éternel sommeil.
La mère et puis l'enfant ; ces deux parts de moi-même
On pris soudain leur vol vers le ciel étoile, En m' abandonnant, seul, à l'angoisse suprême De mon cœur désolé.
Pâles fleurs des tombeaux ! subtilités intenses Qui puisez dans la mort vos langoureux parfums ! Restez aux cœurs brisés : vous êtes les essences De leurs bonheurs défunts
Mais à quoi bon multiplier les citations? Le lecteur découvrira- aisément les qualités qui distinguent les vers contenus dans ce livre, sans qu'on ait besoin de les lui signaler.
Et les Lettres canadiennes, elles, bénéficieront de ce que la piété filiale, jointe à une juste conception de la valeur de V œuvre du poète de Sainte-Hénédine, a fait recueillir et mettre en volume des vers qu'il eût été par trop malheureux de laisser plus longtemps dans l'oubli. Ils méritaient de figurer parmi les meilleures productions de nos écrivains canadiens;