‹ Ce qu'il a chantéChapitre 3 sur 7 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

tant au point de vue de leur originalité que, disonsle, pour la bonne manière classique dont ils sont faits. Leur publication ne pouvait arriver plus à propos, aujourd'hui que tant de nos jeunes poètes n'hésitent pas de s'écarter des règles de la prosodie et de la métrique, pour adopter des innovations dont on souhaiterait de pouvoir dire que leur seid défaut est d'être inutiles.

Ephrem CHOVINARD Québec, le 4 mai 1914.

NOTES BIOGRAPHIQUES

L'objet des lignes qui suivent est de faire descendre quelques rayons discrets sur des jours humblement dépensés au soulagement de Thumaine souffrance ; et, dans une vie laborieuse, traversée de lourdes épreuves, en proie aux brûlantes iniiuiétudes du lendemain, de signaler un grand amour des Lettres.

Médecin de campagne et poète!. . . Ceux (pii ont quelque peu vieilli en notre terre c;u!adienne, ou dans cette chère et bonne province québécoise, comprendront peut-être davantage ce que ces simples mots peuvent évoquer ....

Encore faudrait-il retourner à un demi-sièel? en arrière pour avoir une exacte vision des rudes exigences de la pratique de la médecine à la campagne. Mauvaises routes, voitures primitives, absence de communications faciles, tout contribuait à rendre pénibles des services à peine rémunérés. Et dans l'application d'un art où l'assiduité compte pour beaucoup, le médecin consciencieux, trop éloigné de ses

patients, se voyait souvent privé des plus lé^times réconforts professionnels.

Et si tout faisait défaut du côté de la satisfaction, rien ne manquait vis-à-vis des sacrifices. Ils étaient comme mêlés au pain quotidien. Toujours il fallait du courage, et souvent même de l'héroïsme, pour prodiguer, malgré les pluies torrentielles et les aveuglantes poudreries, des soins ardemment attendus.

Mais Dieu sait qu'elle avait le torse solide et l'âme bien trempée, cette génération qui nous a marqué la route! Saluons au passage les ligures viriles et les mâles vertus de ce temps-là!

Que si le fier profil de ces disparus avait pu s'effacer de quelque mémoire, nous inviterions la jeunesse d'aujourd'hui à regarder attentivement autour d'elle. En jetant les yeux sur les chênes restés debout, elle pourra mieux juger de la stature et de la sève de ceux qui sont tombés.

Laissons à quelques rhétoriciens parfumés, ou à certains poéteraux gémissants et pâles, le soin de dire que notre époque est sûrement la meilleure; que la poésie, par exemple, est de plus forte santé qu'aux jours de Fréchette; que la prose se porte infiniment mieux qu'à l'heure où Buies écrivait ses chroniques. . . Mais comme il n'y a pas de sacrilège à

NOTES BIOGRAPHIQUES

penser autrement, qui ne se prendra "à pleurer les

jours enfuis'', comme on dit dans la chanson?...

Alfred ]\Iorisset est né à Québec, au faubourg Saint-Jean, le jour de Noël 1843. Et pour mieux marquer une si heureuse coïncidence, ou joignit aux autres prénoms celui d'Emmanuel. Son père, Louis Morisset. était un entrepreneur-maçon important, et sa mère, Kathleen McMahon. était originaire de Kilkenny, Irlande.

Alfred fut le troisième et l 'avant-dernier enfant de cette union. Il commença ses études au petit séminaire de Québec, pour les terminer à celui de Nicolet. Confrère de classe de Louis Fréchette et de Charles Gill — pour ne nommer que ceux-là — on comprend que la littérature ait pu tenir de bonne heure une large place dans ses affections. Comme à bien d'autres il lui arriva même, vers l'époque de ses Belles-Lettres, de commettre quelques vers.

^lais bientôt les cliniques absorbent ses loisirs. En 1865, il sort de l'université Laval avec son titre de docteur en médecine. Ce fut un beau jour, un jour rempli de promesses. Comme sa mère se montra fière de lui!

Pendant six mois il pratique au faubourg Saint- Jean. La clientèle s'annonçait déjà passablement avantageuse, quand une délégation des principaux

citoyens de Sainte-Hénédine — une paroisse du comté de Dorchester, située à vingt et un milles de Lévis — se rendit à Québec pour réclamer ses services. Alfred Morisset promit une réponse à brève échéance. Quelques jours après il visitait l'endroit, trouvait la proposition convenable et, en 1866, on le voit établi à la campagne.

Six ans plus tard, en février 1872, il épouse mademoiselle Aglaé Dion, sœur de M. l'abbé Eloi Dion, alors curé de Sainte-Hénédine.

Il était le père de quatre enfants, lorsqu'un déplorable malheur, arrivé en janvier 1879, vint assombrir sa vie. Durant une violente tempête de neige un tamponnement eut lieu sur le chemin de fer du Kennébec, reliant Lévis aux Cantons de l'Est. Alfred Morisset était au nombre des voyageurs. Il eut la jambe droite arrachée dans l'articulation du genou. Comme le sang s'échappait à flots de la brisure, le blessé, perdu dans la neige mouvante, eut la force d'endurance nécessaire pour se ligaturer luimême la cuisse, au moyen de sa ceinture. Et ce ne fut guère qu'une heure après l'accident que l'on parvint à lui porter secours. Un peu plus tard, il était ramené au village voisin, à Saint- Anselme, chez son ami Louis-Napoléon Larochelle. Les médecins, mandés en toute hâte de Québec, l'opérèrent le soir même.

NOTES BIOGRAPHIQUES

Après trois longs mois de souffrances physique.:^ et de tortures morales, le blessé revint prendre sa place au foyer. Oh ! ce premier repas à la table de famille, après l'épreuve!....

Le cœur navré, il se résigna.

Pour lui (|ui aimait le grand air, les longues courses à pied, les randonnées à la raquette, le fusil sur l'épaule; pour lui qui chérissait par-dessus tout l'intense activité d'action et la liberté... (juel choc lamentable fut celui-là !

Ecoutons-le s'écrier:

**0h ! moi..., j'ai bien souffert ! Au milieu du cortège De mes rêves fleuris je marchais souriant Quand un jour, mutilé, tout sanglant sur la neige Dieu me jeta mourant.

'/Comme un oiseau blessé par une main cruelle, Pauvre débris humain, je m'en vais chancelant ; Et, regardant le ciel, je traîne de mon aile Le lambeau pantelant."

Mais ({ue d'amertume restait encore au fond de la coupe à laquelle il devait boire !

En 1890, une double adversité vint l'assaillir. Dans l'espace de huit jours, il eut l'extrême douleur de voir mourir son plus jeune fils et sa femme bienaimée. Il ne put jamais se relever entièrement d'une telle catastrophe. La révolte gronda dans cette âme

ardente; mais une foi fortement trempée amena peu à peu le calme et la résignation.

Une autre affliction devait cependant s'ajouter fi tant de deuils. Au mois de décembre de cette même année 1890, huit personnes étaient tuées et une quarantaine blessées, dans un déraillement à Saint-Joseph de Lévis. Par une tragique fatalité, le docteur Morisset se trouvait dans une des voitures précipitées en bas du talus. J'accompagnais mon père. Inoubliable souvenir ! . . . Je revois encore ceux qui vinrent le relever sanglant . . . Une large ouverture se montrait derrière l'oreille gauche. Comme les médecins craignaient une fracture du crâne, on dirigea immédiatement le blessé sur Québec.

Grâce à son exceptionnelle vigueur, le docteur Morisset parvint à recouvrer la santé, après plusieurs mois de soins incessants.

Qu'ajouterons-nous? si ce n'est que, ramassant son courage et ne vivant plus (jue pour ceux qui l 'entouraient, ce brisé de la vie, ce médecin de campagne ayant à cœur l'avenir de ses sept enfants, attendit tranquillement la fin. . .

Elle devait cependant venir de brutale façon.

Le docteur Morisset s'était, dans Dorchester, activement mêlé aux luttes politiques. Libéral convaincu, il batailla ferme durant trente ans. Tou-

NOTES BIOGRAPHIQUES

jours OU presque toujours dans ropposition, son parti devait enfin triompher. Voilà tiu'il allait voir au pinacle ce Wilfrid Laurier qu'il avait été l'un des premiers à saluer comme son chef. Tout annonçait la victoire.

Ironie de nos rêves humains !

Le vingt-trois juin 1896, alors que les couleurs libérales étaient, pour ainsi dire, partout triomphantes, l'un des pionniers de ce mouvement venait de commencer le suprême combat de l'agonie.

Une chute de voiture, survenue l 'avant-veille, avait provoqué une embolie. Cette science médicale, dont il avait été, pendant plus d'un quart de siècle, l'un des fervents disciples, se voyait dans la pénible obligation de se prononcer contre lui. Il n'y avait plus ici-bas lieu d'espérer. Le prêtre seul devenait nécessaire. Le soir même, Alfred Morisset rendait son âme à Dieu, dans la cinquante-troisième année de son âge.

Ce fut un deuil profond par tout le comté. Nous

n'appuierons pas sur des douleurs plus intimes.

Et s'il nous fallait maintenant ajouter un rapide portrait aux quelques notes biographiques que l'on vient de lire, nous es(iuisserions celui-ci:

Taillé en hercule, la tête droite, l'œil vif, le bras puissant et la jambe solide, Alfred Morisset of-

frait, dans sa jeunesse, un remarquable aspect de souplesse musculaire. Il était le type de ce vieil acier dont parlent nos campagnards, quand ih rappellent les prouesses des anciens.

Sous un extérieur un peu sévère il cachait cependant une rare sensibilité d'âme. Son dévouement ne connaissait aucune borne dans l'accomplissement de ses devoirs. Que de courses il a. entreprises sous la pluie d'automne, ou dans le brouillard de nos rigoureux hivers! Et même après que les chirurgiens eurent amputé sa jambe droite, ce fut toujours, sinon la même agilité, du moins le même courage.

On se méprendrait si l'on croyait rencontrer chez lui des tendances pessimistes. ^Malgré son existence heurtée, Alfred ]\Torisset eut toujours sur luimême assez d'emprise pour ne pas se laisser entraîner vers cet écueil. Si l'aiguillon des inévitables douleurs a pu r|uelquefois ^rovor|uer des cris, déchirants, les fermes convictions religieuses d'Alfred ]\Torisset n'ont jamais donné place à la désespérance. Tl n'a pas été davantage l'un de ces tourmentés du scepticisme. Et dans cette époque où quelques-uns de nos écrivains frai^co-eanadiens semblent s'évertuer à nous faire assister à leurs combats intérieurs, nous ne croyons pas inutile de rappeler l'état d'âme des aines.

NOTES BIOGRAPHIQUES

Nous l'avons dit. ce médecin de campagne était doublé d'un poète. Non pas qu'il nous appartienne de louer ici le mérite littéraire de ce qu'Alfred Morisset a pu chanter; mais plutôt, et surtout, en appuyant notre sentiment sur des titres plus personnels. Et l'auteur du présent volume n'eût-il rien écrit, que notre conviction demeurerait k même.

Esprit observateur, sensibilité toujours en éveil: tout parlait à son âme. Tantôt son enthousiasmedébordait à la vue des grands spectacles de la nature ; tantôt une humble fleur, un chant d'oiseau faisait naître son émotion. Il était cependant quelque peu porté vers la mélancolie. Aussi ses meilleurs accents sont-ils peut-être ceux qui ont jailli de son cœur blessé, plutôt (lue les vers où la description tient large place.

Espérons que ces quelques accords d'une lyre aujourd'hui brisée mériteront — non pas ce qui n'a jamais été convoité — la clameur des applaudissements — mais l'accueil que l'on réserve aux discrètes symphonies.

Alfred Morisset, médecin de campagne et poète, n'avait pas même envié cette juste rétribution.

Maurice MORISSET.

Ottawa, le 8 mai 1914.

Souvenirs du passé

A ma sœur, pour le jour de sa fête.

Quand nous étions petits, le cœur plein d'espérance, Nous aimions à rêver du lointain avenir. Que nous étions heureux, en ces beaux jours d'enfance Où tout semblait fleurir !

Comme ces doux chanteurs que le printemps rassemble, Dans les mêmes bosquets, sur les mêmes rameaux, Sous le toit paternel nos cœurs vibraient ensemble Comme des voix d'oiseaux!

Nous étions six, alors, sous la même feuillée, Pleins de sève et de vie et pleins d'illusions! On bâtissait pour nous de beaux châteaux de fée : Hélas! nous y croyions!

Trois de ceux-là, déjà, donnent au cimetière, A l'ombre des cyprès aux ramures de deuil; Ils sont là pour toujours!... Et quatre pieds de terre Recouvrent leur f-ercueil !

Paix à leurs cendres ! . . . Nous, demeurés sur la route, Marchons vers l'avenir, unis et confiants. Et nous vivrons encor des jours heureux, sans doute, Dans nos petits enfants.

Le nid brisé

Je vois que la souffrance atteint même le nid Du tout petit oiseau

Chs Perotte Deslandes.

Le soleil était chaud et la feuille nouvelle Commençait à s'ouvrir sous les rayons dorés; Le gazon verdoyait et la vive hirondelle Voletait dans les prés.

Le narcisse odorant et les tulipes vertes Pointaient dans les jardins sous les châssis ardents; Les corbeaux voltigeaient près des granges ouvertes : Nous étions au printemps.

Assis sur mon balcon tout ombragé d'érables, Mon âme remontait vers ses rêves d'enfant, Et j'aspirais, pensif, les parfums agréables Que me jetait le vent.

Dans un sapin branchu, tout près de ma fenêtre. Je vis alors sauter un tout petit oiseau, L'air craintif, inquiet; je le vis disparaître Sous un épais rameau.

Le lendemain encor, sur l'arbre de la veille, Il sautillait sans trêve et gazouillait tout bas; Je retins mon haleine, et je prêtai l'oreille; Il ne s'envola pas.

J'avais cru deviner une petite mère, Qui pour cacher son nid semblait chercher un coin. J'écartai les rameaux et je vis en arrière Un petit nid de foin.

Comme on soigne un enfant, je soignai la pauvrette, Qui s'occupait bien fort et faisait de son mieux. Son gentil compagnon partageait la dînette : Ils en avaient pour deux.

Un autre jour, plus tard, d'une main curieuse J'écartai le feuillage et je vis trois petits. Un soyeux duvet blanc couvrait leur peau frileuse; Ils dormaient réunis.

Quel spectacle touchant ! Et quelle belle image Du bonheur d'autrefois au foyer paternel! Oh! mais..., pensons-y bien, il ne. faut qu'un orage Pour changer tout ce ciel.

L'orage vint, terrible. Au matin la feuillée Pendait comme une loque à l'arbre dégarni. Et là, devant mes yeux, sur la terre mouillée, Gisait le pauvre nid.

Je le pris dans ma main. Hélas! il était vide. Et la mère égrenant quelques dolents couplets, Avec ardeur cherchait dans le gazon humide Ses pauvres oiselets.

Le temps des fraises

Souvenir d'enfance

Quels plaisirs purs! quel temps d'ivresse S'envolent avec la jeunesse, Hélas ! pour ne plus revenir !

Quand l'âge a refroidi nos âmes, Pour ranimer ces jeunes flammes Il nous reste le souvenir

0 vous dont les jeunes années, Comme les miennes sont fanées.

Bien loin, là-bas, sur le chemin:

Vous en souvenez-vous encore De ces beaux jours chargés d'aurore, Où tout riait au lendemain?

Sont-elles dans vos souvenances,

Les heures vierges de souffrances

De ces juillets ensoleillés —

Où nous allions, le cœur plein d'aise,

Cueillir la succulente fraise,

A travers les grands foins mouillés?

C'était en haut, dans nos chambrettes, De grand matin, dans nos couchettes, Que nous tramions nos grands complots.

Puis, l'un de nous quittait la bande Pour aller faire la demande D'aller aux fraises, dans les clos.

Ces matins-là, nous étions sages.

Comme les anges des images :

Quels grands bambins obéissants!

C'était pour disposer la mère En faveur du parlementaire Qui plaiderait pour les absents.

Et quand le commissionnaire Nous annonçait, de sa voix fière.

En quatre mots : Elle a dit oui !

C 'était des cris à fendre tête ; Et chacun se mettait en quête De quelque costume inouï.

Et la mère, heureuse et sereine,

Dans un petit panier de frêne,

Mettait des gâteaux à foison.

— ^'N'allez pas trop loin, disait-elle!

Et si l'orage s'amoncelle.

Revenez vite à la maison!

"Soyez prudents! Prenez bien garde.

Qu "aucun de vous ne se hasarde Dans les grands bois : c 'est plein de loups Et puis, aussi, gare aux rivières :

Les serpents, qui sont sous les pierres, Sortiraient pour sauter sur vous"! —

Pleins de ces avis salutaires,

Nous décampions par les bruyères,

Avec le plus joyeux entrain.

Souvent, ayant flairé la mine,

Les petits gars de la voisine

Nous guettaient, cachés dans le grain.

Formant une troupe profane, Nous nous rendions en caravane, Jusqu'aux bords fleuris des halliers.

Pour mieux courir à l'aventure En vrais gamins sous la clôture Nous cachions nos petits souliers.

Un moment nous prenions nos aises;

Puis commençait la course aux fraises,

A genoux la plupart du temps,

Et ([uand on découvrait des talles,

Toutes rouges et colossales,

Ah! comme nous étions contents!

Dans l'avant-dîner, et pour causes, Les lèvres seules étaient roses.

Et d'un rose des plus choisis.

Mais, sur le soir, tous les visages Etaient couverts de tatouages.

Du plus foncé des cramoisis.

Et r[uand notre tasse était pleine.

Nous organisions dans la plaine Des courses folles et des jeux.

Et comme les lutins des jungles, Les mains rouges jusf|ues aux ongles, Nous galopions dans les foins bleus

Après nos ébats snr l'herbette,

Fallait refaire la toilette

Pour retourner à la maison.

Nous nous composions des airs graves,

Et rentrions coTnme des braves

Avec notre ronge moisson.

Au bruit de la bande joyeuse, La mère toute radieuse, Nous recevait sur le perron.

Ah! que sa joie était profonde, Quand ses lèvres faisaient la ronde, Et se posaient sur notre front!

Le printemps aux bois

A mon ami L.-D. Dion.

J'ai vu eur une hirondelle, Messagère du beau temps, Une fée, en sentinelle, Guetter l'aurore du printemps.

A. de Chdtillon

Par un soleil de mai, que les brises sont douces A tous les fronts lassés qui recherchent les bois! Qu'il fait bon de s'asseoir un instant sur les mousses, Pour rêver d'autrefois.

Tout parle à notre cœur. Le silence lui-même A son muet langage et son apaisement ; Il nous reporte au loin, vers les sentiers qu'on aime A fouler lentement.

On dirait qu'eu ces jours la nature embellie Sourit à nos douleurs sous son grand manteau vert ; Et qu'en ce renouveau notre pauvre âme oublie Tout ce qu'elle a souffert.

Car tout nous dit de vivre: et la feuille qui s'ouvre Sous les baisers ardents d'un soleil plein de feu; La sève qui surgit, la fleur qui se découvre Sous l'œil content de Dieu.

On sent dans ce travail qu'un génie invisible Coordone et conduit la grande éclosion; Et que tout obéit au souffle irrésistible D'une création.

Le rossignol plaintif déroule dans les cimes Des chants mélodieux qui nous font palpiter. L'écho, qui jette au loin ses trémolos sublimes, Nous invite à chanter.

Le galant oiseau-rouge, en frémissant de l'aile, Regarde avec amour celle qu'il doit charmer; Dans la tendre chanson qu'il soupire pour elle, Sa voix nous dit d'aimer.

L'air est lourd de parfums. L'arôme résineux Qui s'exhale des pins et du genévrier Monte comme un encens vers la voûte des eieux, Et nous dit de prier!

Sur le feuillage mort, des légions bruyantes De mouches, de fourmis, de papillons charmants, Font jouer au soleil leurs antennes brillantes Comme des diamants.

Oiseaux, grillons, échos, murmures, harmonies, Orchestre aux mille voix, qui prélude et s'en va! Vous chantez au printemps les grandes symphonies De l'hymne à Jéhovah!

Grands arbres qui perdez, au souffle des automnes.

Vos panaches flottants!

Le Ciel nous rendra-t-il, comme à vous, nos couronnes

A l'éternel printemps?

Pauvres petits oiseaux que le froid expatrie.

Mais que ramène avril !

Pourrons-nous retrouver, nous aussi, la Patrie

A la fin de l'exil?

Il est passé pour moi, le printemps de la vie! Et sa douce chaleur, depuis longtemps ravie,

N'est plus qu'un souvenir!

Mais quand après l'hiver la nature s'éveille, Et qu'aux matins de mai la forêt s'ensoleille,

Je me sens rajeunir.

Ces jours riches et pleins, déversant leur pléthore Sur les bourgeons gonflés de rosée et d'aurore,

Désireux de verdir, Font, comme un chaud rayon, pénétrer dans mes veines Le fluide subtil des fécondes haleines,

Qui font tout refleurir.

Que de bonheurs perdus! hommes au cœur sans sève. Qui n'aimez pas les bois, les champs, les mers, la grève,

Ces grands temples de Dieu!

Car le blanc sanctuaire où va prier notre âme, En face de la lampe à l'indécise flamme.

Est seul un plus saint lieu !

Et, voyageur trempé des sueurs de la route, J'ai trouvé dans les bois le repos que l'on goûte

Auprès d'un frais ruisseau.

J'ai rafraîchi ma lèvre à ces ondes si douces. Et j 'ai repris courage en marchant sur les mousses

Avec mon lourd fardeau!

Beaux jours de la jeunesse, Coupe pleine d'ivresse, Votre chère caresse Ne dure pas longtemps!

Mais quand vient l'hirondelle.

On croit voir sur son aile Voltiger nos printemps!

Avant et après le traitement

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