‹ Ce qu'il a chanté [microforme]Chapitre 14 sur 14 · M. l'abbé O. Paradis · texte numérisé non relu

M. l'abbé O. Paradis

Sans trève ballottés sur les flots de la vie, Marins abandonn

Et nous jette, Souvenons-no Qui veille su

Le matin, quand l'aurore à la teinte irisée

Colore les grands pins qui couronnent le val; Quand l’humble fleur des champs, humide de rosée, Se penche pour pleurer ses larmes de cristal...

Il fait bon contempler le magique mirage

Tombant en gerbes d’or sur la falaise en feu:

Ce spectacle éclatant, en son muet langage,

: S'adresse à notre cœur et nous ramène à Dieu.

Par un jour de printemps, quand la blanche nature Secoue, en souriant, son hivernal sommeil,

Et que la feuille s'ouvre en franges de verdure, Sous les baisers brûlants d’un radieux soleil : Allons nous reposer sur les fougères douces,

Pour savourer la paix qui règne dans ce lieu.

Le parfum printanier qui s’exhale des mousses Grise nos pauvres sens et nous ramène à Dieu.

Quand Oetobre en mourant laisse errer son feuillage, Et prépare à l’hivér la doueeur de son lit; Ecoutons dans les bois le douloureux ramage

De l'oiseau que le froid va chasser de son nid.

Dans les notes qu’il jette au ciel qui l'a vu naître,

On sent déjà vibrer les accents d’un adieu:

Et ces chants de départ font éclore en notre être

Un besoin de pleurer qui nous ramène à Dieu.

CE dn. A CHANTÉ 1 RES

mn 1 Lorsque l’astre du soir, sur le flot qui sommeille,

Déroule lentement son grand voile argenté ;

Que la lame, sans bruit, monte la garde et veille,

Protégeant les confins de son immensité ;

Laissons voler notre âme aux souffles de ces grèves!

Laissons-la s’abreuver à cet océan bleu !

C'est l’espace qui manque aux ailes de ses rêves: La soif de l'infini la mènera vers Dieu.

d’un doux éclat rayonne

soutient le flambeau ; Quand les petits enfants, qu’un ciel clémen

Et parfume de jo Ce céleste tableau, reproduit: sur la terre, Divinise l'amour et nous ramène à Dieu.

Quand la sombre Douleur, cette vierge au front blême, Vient percer de ses traits nos cœurs tout haletants,

Et transforme soudain en une angoisse extrême,

Le bonheur mesuré de rapides instants. = ï Songeons au Golgotha ! Sanctifions la plainte + En livrant les combats dont le ciel est l'enjeu. | #4 Ne la maudissons Pas, sa mission est sainte : 4 Elle fait espérer Pour nous conduire à Dieu.

Pèlerins, qui laissez aux ronces de la route

Les lambeaux maculés de vos blanes vêtements,

Et qui jetez, flétris, dans l’abîme du doute,

Les sentiments pieux de vos jeunes printemps! Allez, quand vient le soir, vers le temple rustique, Rendre hommage à Celui qui veille en ce saint lieu ! Evoquez le passé dans votre cœur sceptique ;

Ces lointains souvenirs vous mèneront vers Dieu.

Divine Poésie, intense écho de l'àme!

Encens subtil et pur qui monte vers les cieux! Rayonnante couronne autour d’un front de femme! Doux mystère qui chante au bois silencieux!

Verse ton ambroisie à nos lèvres arides,

Anime nos accents de ton souffie de feu!

Fais-nous rêver du ciel, cet océan sans rides,

Et sur tes ailes d’or, emporte-nous vers Dieu!

Les fronts penchés

Ah! que de malheureux se heurtent sur la route Et cheminent ployés sous l'effort de la joute, Sevrés des bonheurs d'iei-bas. Comme ces bois vieillis que les vents déracinent, Sous les coups du destin ces fronts lassés s’inclinent, Et puis ne se relèvent pas.

Puisque votre âme pleure, Sous la voûte du temple allez vous soulager ! C’est la seule demeure f Où celui qui gemit n’est pas un étranger.

CE 'n. A CHANTÉ RER RE tee nm

Vous tous, déshérités de l’altière Fortune!

Qui mendiez la vie au riche qu importune Le bruit de vos pas défaillants!

Vous marchez les pieds nus sur la terre gelée, Pendant que l’opulent, dans sa chambre étoilée, Se chauffe à ses foyers brillants.

Puisque votre âme pleure,

Sous la voûte du temple allez vous alléger!

C’est la seule demeure

Où le trop lourd fardedu vous paraîtra léger.

Jeune fille au front pâle et marqué de souffrance! Toi dont le cœur blessé saigne sans espérance, Comme meurt la fleur sans soleil!

Tu ne savais donc pas que tout n’est que mensonge, Que les serments d'amour s’envolent comme un songe ! Que seul n’est vrai que le réveil?

Puisque ton âme pleure

Sous la voûte du temple à genoux va prier!

C’est la seule demeure

Où, tourné vers le ciel, le cœur peut oublier.

CE QU'IL 4 CHANTÉ mr

Vous, pauvres orphelins ! âmes inconsolées | . Epoux désespérés! épouses désolées !

Qui suivez en pleurs un cereueil!.

Bien lourd est le fardeau que votre épaule porte, Pénibles les chagrins, les croix de toute sorte Qui marquent vos longs jours de deuil.

Puisque votre âme pleure, a Sous la voũte du temple allez vous reposer !

C'est la seule demeure Où le cœur peut guérir et se cicatriser.

Et toi, pauvre poète exilé sur la terre!

Qui t’en vas dans la vie, oublié, solitaire, En te rivant à tes douleurs ;

Il n’est pas ici-bas, l'idéal que tu cherches!

Dans le fond du creuset, pour prix de tes recherches, Tu ne trouveras que des pleurs

Puisque ton âme pleure,

Fais monter vers le ciel tes douloureux accents! C'est la seule demeure

Où les fronts fatigués fuient les regards méchants.

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se Me nue,

L'oubli

La Mort est là, muette.... On fait l’adieu suprême, Et la tombe se ferme au milieu des sanglots.

Oh! pour chacun alors la douleur est extrême,

Les jours de bonheur semblent clos.

Le glas chantant sa plainte au clocher de l’église,

Aux souvenirs émus fait un dernier appel.

L'orgue gémit aussi, comme un luth qui se brise, Et le prêtre prie à l’autel.

132 CE u'. A CHANTÉ — —

Quelques rares amis s en vont au cimetière, Parfois d’un pas distrait, faire escorte au cercueil Sur lequel, à la nn, on jette un peu de terre.

Et c’est là que finit le deuil.

En ce monde fiévreux où l'intérêt seul veille, Le souvenir des morts est vite enseveli ;

Et sur tout ce qui fut l'être aimé de la veille S'étend le voile de l'oubli.

Pour des êtres chéris dont la vie exemplaire Fut à chacun de nous comme un appui constant ; Pour un père béni, pour une sainte mère,

On prie à peine un court instant!

O morts! si vous pouviez soulever vos paupières, Et voir ce que l’on fait de votre souvenir,

Vous vous enfonceriez encbr plus dans vos bières... Et ce serait deux fois mourir.

La peine suit la faute: ainsi les cieux l’ordonnent. Les ingrats d’aujourd’hui auront demain leur tour; Et, pour leur châtiment, ceux qui vous abandonnent Seront abandonnés un jour.

EU

CE Un. A CHANTÉ

Mais si l’ingratitude enfante des bassesses,

Des outrageants mépris et des délaissements,

L'amour qui se souvient oppose à ces tristesses Les pius sublimes dévoũments.

Il existe des cœars de sensible nature,

Meurtris par un grand deuil et laissés en lambeaux, -

Qui s’en vont demander, pour leur vive blessure, Un baume au calme des tombeaux.

D'autres inconsolés, tout trempés du naufrage, L'œil fixé sur la tombe où leur cœur a sombré, Conservent à jamais les sillons que l’orage

À creusés sur leur front marbré.

Non! sur terre il n’est Pas que des âmes inertes, Qui perdent en un jour la mémoire des leurs!

Et si le triste Oubli rend les tombes désertes, Bien sûr, le Souvenir Y fait croître des fleurs.

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Rêve triste

Au docteur Guudiose Paradis.

Jeanne, trois fois déjà, depuis que tu n’es plus, Depuis qu’à mon amour ton âme fut ravie,

La feuille s’est fanée et, dans les bois sans vie, L'automne a teinté d’or la cime des grands fûts.

Le vent passe en sifflant à travers les nids vides Qui bercent aux rameaux leurs coques de duvet ; D'un manteau mordoré le gazon se revêt,

Et la limace dort sur les mousses livides.

CE 'n. 4 CHANTÉ

Les oiseaux ont cessé leurs chants et leurs concerts; Tout est silencieux, muet et solitaire,

Les gazouillants ruisseaux même semblent se taire Pour prendre part au deuil des bois nus et déserts, .

Fidele aux lieux témoins de nos heures d'ivresse, Jeanne, las du chemin, je viens comme autrefois Rasséréner mon front au calme des grands bois, Où, vivace toujours, ton souvenir se dresse.

Et là, tout à ma peine, et le cœur plein de toi, Abîmé dans mon rêve et loin des bruits du monde,

Je songe aux jours que Dieu, dans sa bonté féconde, Nous versa pleins d amour, d'espérance et de foi.

Disparus les jasmins, les éclatantes roses!

Les brises en ont bu les sues et les parfums;

Sur la croix des tombeaux les lierres sont défunts, Et les lis blancs sont morts dans les vallons moroses.

Naguère encor, ces lis, je les ai vu s'ouvrir Aux baisers caressants des colibris frivoles, Et le sol est déjà jonché de leurs corolles...

Jeanne, comme ces fleurs, que je voudrais mourir!

CE QU'IL À CHANTÉ 13; | ä Quand dans la sombre nuit autour de nous tout tombe, Quands les yeux adorés pour toujours se sont clos, Quand le cœur ne rend plus que d’éternels sanglots, Heureux sont ceux qui vont s'endormir dans la tombe!

Sur le vaste Océan où j'erre au gré du sort La tempête et l'orage ont déchiré ma voile, Et tu nes plus là, toi, pour être mon étoile A travers les écueils environnant le port.

Le naufrage m'attend; car, ballotté sans trève, Mon esquif s’en ira rouler au fond des mers, Et moi, triste débris, battu des flots amers, Les vents me jetteront sur l’éternelle grève.

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TU

Les petits qui s'envolent

Ah! qu'ils sont bienheureux, tous ces beaux petits anges

Qui s’en vont, souriant à leur premier printemps,

S’asseoir aux pieds de Dieu Pour chanter ses louanges Jusqu'au delà des temps!

Tous ces blonds chérubins, qu’il faut que Dieu les aime, Pour qu'ils soient appelés, sans lutte et sans combats, 4 partager la gloire et le bonheur suprême,

Promis à ses soldats !

Comme ces colibris qui des fleurs demi closes.

Aspirent en Passant le suc essentiel,

A la coupe des jours trempant leurs lèvres roses, Ils n’ont bu que le miel.

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| CE U. A CHANTÉ TR RD Voguant sur une mer en dehors des orages, Emportés tout ravis sur l’aile des flots bleus,

Ils n’ont plus, comme nous, à craindre les naufrages Sur nos fleuves houleux.

Que Dieu leur a caché de cruelles tempêtes,

A ces frêles épis moissonnés dans leur fleur!

Craignant pour eux l'automne, il a soustrait leurs têtes Aux vents froids du malheur.

Eux, qui nous ont quittés avant l’âge des songes,

Avant ces jours fiévreux où l’on croit tout tenir,

Ils n’auront pas connu les engageants mensonges Que promet l’avenir!

Eternels héritiers des éternels royaumes

Où les bonheurs d'hier sont ceux du lendemain,

Ils n'auront point connu de ces plaisirs fantômes Si chers au cœur humain.

Ils n’ont pas eu, non plus, en touchant à la terre, À suivre des cercueils, le cœur plein et navré; Et sur un être cher dormant au cimetière,

Leurs yeux n’ont pas pleuré.

Anges, 6! dites- moi, quand tout dort dans nos plaines, Quittez-vous quelquefois vos sommités lointaines Pour visiter notre séjour ?

Est-ce vous qui venez réchauffer sous votre aile, Les petits orphelins de la pauvre hirondelle Tombée aux griffes du vautour ?

Est-ce à vous qu'il répond, l’enfant encore aux langes,

Quand sa bouche bégaye avec des sons étranges Des fragments de mots isolés ?

Et rêve-t-il du Ciel quand on le voit sourire

Pendant son doux sommeil aux baisers du zéphire, Comme les jeunes fleurs des blés?

Purs et subtils rayons de l’immortelle flamme,

Vous êtes remontés en Passant par notre âme Vers votre lumineux foyer!

Mais vous avez laissé dans vos berceaux la douce

Et moelleuse chaleur que laisse au nid de mousse L'oiseau qui vient d'y sommeiller.

. Combattez avec nous, bienheureux petits anges, Vous qui formez là-haut les célestes phalanges Dont s'environne Eternel;

Dans l’immortel séjour soyez notre avant-garde,

Préparez la victoire! ici-bas il nous tarde D'aller nous reposer au ciel!

Aux brises de la terre ouvrez votre aile blonde, Venez tendre la main aux naufragés du monde Qui sont sans pain et sans abris!

Pour atteindre le but la route est graveleuse : Faites couler d'en haut de l’eau miraculeuse Sur leurs pieds saignants et meurtris!

Puisque l'envers du ciel est au delà des cimes, Par pitié, sous nos pas éclairez les abîmes, De vos étincelants flambeaux, Afin qu'aux saints parvis, dans les clartés divines, Nous puissions de nos cœurs, arrachés aux épines, Rapporter les derniers lambeaux!

Ne nous oubliez pas! Et consolez vos mères, Qui répandent encor des larmes bien amères Sur vos silencieux berceaux.

Demandez au bon Dieu pour ces âmes si bonnes, Qu'il place sur leurs fronts d’immortelles couronnes, Dont vous serez les purs joyaux!

Et vous qui les pleurez, ces petits qui s’envolent, Votre cœur vous abuse et vos pleurs vous affolent ! Vos enfants sont au ciel, pourquoi vous attrister ? Leur bonheur est complet, qu'ont-ils à regretter?

CE M 'n. A CHANTÉ

O mères! Les écueils, les dangers du jeune âge;

les angoisses du cœur à son premier orage ;

Les rêves d’avenir perdus sur le chemin ;

Les amitiés d’hier mortes le lendemain ;

Les vertus d apparat de tant G’âmes infimes,

La haine qui poursuit jour et nuit ses victimes,

Les leçons du malheur : l’affreuse pauvreté,

Les abandons cruels aux jours d’adversité, .

Les vifs empressements que l'intérêt réveille, = Les écrasants dédains des riches de la veille,

Les victoires du mal, l’injustice et l’affront, L'insulte prodiguée au plus généreux front,

La mort des siens, les deuils, les pleurs du cimetière, Les épuisants regrets d’une existence entière,

La vieillesse ployant sous son propre fardeau :

Voilà ce qu'on ignore en mourant au berceau!

Sous mes sapins

Salut, ö mes sapins, doux et paisible ombrage

Où je venais m’asseoir pour rafraîchir mon front!

A ma muse attristée et pieurant sous l’orage L’exil a paru long.

Vous n avez point changé; vous êtes pleins de sève. Vous balancez gaîment vos vigoureux rameaux ! Il ne reste done rien que l’âge vous enlève:

Vous me semblez plus beaux!

Vous conservez encor vos enivrants murmures,

Vos parfums résineux, vos senteurs d'autrefois;

Et l'oiseau vient toujours sous vos sombres ramures Faire entendre sa voix.

146 CE M'. A CHANTÉ EE — —t ———

Que vos destins sont doux! La main qui vous rassemble Vous unit à jamais par un lien secret ; Chacun a du soleil, et vous mourrez ensemble

Dens le même bosquet.

Oh! moj. . j'ai bien souffert. Au milieu du cortège

De mes rêves fleuris je marchais souriant

Quand un jour, mutilé, tout sanglant sur la neige Dieu me jeta mourant.

Comme un oiseau blessé par une main cruelle, Pauvre débris humain, je m'en vais chancelant ; - Et, regardant le ciel, je traîne de mon aile Le lambeau pantelant.

Mais... dis! j'entends gémir dans ta cime mouvante l.

Athlète aux bras noueux, aux grands rameaux brunis!

Dis-moi quels sont ces cris, cette plainte touchante . Pleure-t-on dans les nids...

Oui, dans les nids on pleure!... Existe-t-il sur terre

Un recoin à l’abri des serres du vautour

De la sombre Douleur chacun est tributaire :

Chacun paie à son tour.

Et chaque âme a son deuil, et tout cœur sa souffrance !

Le bonheur né d'hier n’a pas de lendemain;

L'homme seul porte au front le rayon d’espérance 7 Qui marque son chemin! à

Les morts

La feuille tombe morte au souffle de la bise, Le glas tinte, lugubre, au elocher de l’église : C’est demain jour des C’est demain que le prêtre, élevant le calice, Offrira, plein d'espoir, le divin sacrifice Pour qu ils aient l'éternel repos.

4 l’encens de l'autel mélons notre prière, Afin que le bon Dieu les rende à la lumière, Qui brille éternisée au sein de son amour.

Ils nous tendent les bras du fond de leurs demeures ; Faisons notre devoir! raccourcissons les heures Qui les séparent du grand jour.

Morts, le grand jour des sanglots.

Que sont-ils devenus, nos amis de jeunesse!

Où sont allés ces fronts rayonnants de l'ivresse Que nous versait ce temps si prodigue et si beau? La plupart sont tombés sur les bords de la route, Gladiateurs vaincus abandonnant la joute

Pour aller dormir au tombeau.

La mort a fauché dru dans cette herbe nouvelle, Et broyé sous son pied cette humaine javelle Avant que les épis fussent jaunes et pleins.

Mais, mon Dieu! la tempête attend-elle l'automne Pour frapper dans son nid l'oisillon qui fredonne A peine ses premiers refrains !

Vous tous, qui reposez à l’ombre de vos pierres,

Immobiles et froids duns vos humides bières!

Le son plaintif du glas vous redit-il nos pleurs?

Et lorsque nous allons, à l'heure où le jour tombe,

Ployant sous nos fardeaux, prier sur votre tombe, Entendez-vous battre nos cœurs?

Quand, pour se dérober au monde, le poète

Va promener, rêveur, sa souffrance muette

Dans les sentiers perdus qui longent les caveaux,

Ne pouvez-vous lui rendre, à ce cœur où tout sombre, Un peu de cette paix que vous goũte dans l’ombre De vos silencieux tombeaux ?

Est-ce vrai

Vous franchissez le seuil de v Pour aller rafraîchir vos

Foyers où luit encor le sourire des mères |

Vous ne Connaissez rien des angoisses amères

Qui reposent au fond du calice de fiel!

Vous n avez Pas connu cet instant d’agonie

Où dans un long adieu la lèvre communie Du dernier baiser maternel,

Avez-vous vu Passer cette heure déchirante.

sur son lit de mort, d'une voix expirante, Un père vous a dit: Mon pauvre enfant, adieu! Ma dernière heure approche; il faut quitter la lice Et consommer, hélas! mon plus grand sacrifice. Toi, reste dans les mains de Dieu.

Qui vous retenait ici-bas!

Rs.”

res CE QUIL A CHANTÉ

Vous avez traversé la saison des orages; Vous êtes maintenant à l’abri des naufrages; Votre barque à son tour est arrivée au port.

Nous, nous luttons toujours, les yeux sur notre étoile ; Mais souvent l’aquilon déchire notre voile Et nous voguons au gré du sort.

Déjà vous avez pu contempler sur son trône

Celui dont la main droite et punit et pardonne,

Mesurant sa justice au poids de sa bonté;

Vous avez respiré le souffle pur des anges

Et reçu du Dieu juste, en face des phalanges, ‘ L'arrêt de votre éternité.

Pour nous, le jour suprême approche, on le voit poindre! Quelques instants encor! nous irons vous rejoindre Et goûter avec vous le repos et la paix.

Nous aussi, nous devrons emporter sous la terre Tous les chagrins seèrets que nos cœurs ont su taire, Et que la mort garde à jamais!

Et que sont, après tout, à nos lèvres arides,

Toutes les coupes d’or et les liqueurs sapides,

Que le destin nous offre aux heures de soleil?

Ont-elles pu jamais guérir la soif intense

Et les desséchements qu’enfante la souffrance Et les longues nuits sans sommeil ?

ire!

a Et pourquoi s’asservir aux idoles fragiles?

Ils ne sont, on le sait, que de frêles argiles, Nos corps que le destin aura bientôt brisés.

N'allons pas oublier que nous sommes poussière,

Et qu'un jour, reprenant leur essence première,

Nos os seront pulvérisés.

Tout ne s'oublie pas

O Jeanne, malgré tout, il reste au Cœur souffrant Des bonheurs disparus le souvenir constant.

Pitié! je t’en supplie, Tu rouvres ma blessure et réveilles mes pleurs, Lorsque, pour m’arracher à mes sombres douleurs, Tu me dis: tout s oublie.

Le temps nous fait subir de bien cruels affronts :

Mais at-il pu jamais effacer Les baïsers que nos

de nos fronts, mères

Venaient y déposer, tout imprégnés d'amour .

Oh! non, ce ne sont pas de ce Voit passer éphémère

s bonheurs qu’un jour

CE u'. A CHANTÉ

Saintes affections du foyer paternel!

Célestes avant-goûts des douces harmonies Du séjour éternel, Jusqu au dernier soupir nous vous gardons, bénies! Aller vous oublier, suaves symphonies, Ce serait criminel.

O rêves de quinze ans, éparpillés dans l’herbe, Comme des épis d’or arrachés à la gerbe De nos illusions!

Rayons de nos printemps, enfants de la lumière, Vous conservez toujours votre chaleur première, Et vos séductions!

Les Heures dans leur vol, dis-le moi, peuvent-elles Ternir, un seul instant, les blancheurs immortelles Des premières amours ? 5 Si les lis des vallons se flétrissent et meurent, Ceux qui eroissent dans l’âme en nous-mêmes demeurent Vivaces pour toujours.

C'est en vain que la Mort, de son baiser suprême,

Vient cueillir parmi nous les êtres que l’on aime, Elle n'est pas vainqueur!

En brisant le pétale, elle laisse J arome;

Et c’est ce doux parfum qui guérit comme un baume Les blessures du cœur.

CE QU'IL À CHANTÉ — amtee sise messe —ꝛ—ññ pp

Ah! peuvent-ils jamais s’exiler de notre âme, Les jours pleins de soleil, véeus près de la femme Qui fut comme une sœur .

Oh! non, crois-moi : pas plus que les baisers timides, Que cet ange mettait sur nos lèvres avides D'amour et de bonheur!

Et ces regards bénis, tout remplis de tendresse, D'où jaillissaient des flots de pure et douce ivresse. S'éteindraient dans la nuit!.

Non! ces subtils rayons se rallument dans l’ombre, Et sèment de clarté notre firmament sombre,

Qui s’étoile et qui luit.

Ah! comment oublier cette part de soi-même,

Qui du haut du ciel bleu nous rgarde et nous aime?... Sor. image est dans l'air

Oubli, tu n’es qu'un mot! Elle vit, éternelle,

L'âme qui sut aimer, et toujours garde en elle L'être qui lui fut cher.

Si tu erois à l'amour, Jeanne, je ten supplie, Ne dis plus, par pitié! qu'ici-bas, tout s’oublie: Qu'un jour vient tout finir!

Car si tout passe et fuit, si tout s’envole et tombe, Il est un bruit du cœur qui survit à la tombe: Celui du souvenir!

Je ne chanterai plus

Je ne chanterai plus: mon ame refroidie Ne saurait ranimer les refrains que j ai sus Les redire encor 7. non; ma langue est engourdie. Oh! laissez-moi rêver! Je ne chanterai plus!

Je ne chanterai plus: j'ai les yeux pleins de larmes

Et le cœur plein de deuil et de rêves déçus.

Pourtant, ces pleurs amers, je trouve en eux des charmes... Oh! laissez-moi pleurer! Je ne chanterai plus!

Je ne chanterai plus, car ma course est finie ; Bientôt j'irai m’asseoir au séjour des élus... Mais, pour monter vers Dieu qui me donne la vie, Oh! laissez-moi prier! Je ne chanterai plus!

Je ne chanterai plus: ma voix est comme un râle, Tous ses joyeux accents, hélas! sont disparus.

Mon luth n'a plus de son dans ma main faible et pâle: Oh! laissez-moi mourir! Je ne chanterai plus!

PRÉPACE.

Notes BIOGRAPHIQUES. :

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A mon petit ruiss eau „„So 5 33

À La richesse ici-bas.... .... .... .

CA 41 —. ] ¹ð¹i vs ce 45 La bible de la mère Redmond.... .... .... .. 51 Sous le bocage. ... 5 57 La jambe de liège... .... .... .... .... .... 61 Les deux tombes.... .... RE 65 La pêche aux éperlans.... .... .... .... .... 73 |: 77 Au grand poète Victor Hugo.... .... .... .... 81 Les feuilles sont tombées. ... s. 85 CE... ., ere ris 89 és d'automne... .... .... .... .... .... 91 PP ... 95 Le festin de Pierrot... .. 99 Canadiens, pourquoi vous exiler .. 105 Plus de mère.... .. PPP 111 EE 115 —T. . ᷣ Ä 119

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