‹ Ce qu'il a chanté [microforme]Chapitre 13 sur 14 · PROVERBES · texte numérisé non relu

PROVERBES

Pierrot était un type, un vieux du bon vieux temps: Courtois et généreux, gaulois de vieille roche. Dans son sang de vieillard il avait du printemps ; Car, malgré son grand âge, il aimait la bamboche Comme aux jours de vingt ans.

Il avait travaillé la moitié de sa vie À mettre de côté, tous les jours, un peu d'or; Aussi s’était-il fait un rondelet trésor.

I était jovial; sa verve eut fait envje Aux anciens verts-galants.

Un jour, Pierrot m'invite au festin homérique Qu'il donnait, tous les ans, aux amis d’alentour. Et moi, qui fus toujours un peu démocratique, Je crus le moment bon d’accepter sans détour La fraternelle agape.— En mainte occasion, j'avais vu les fricots“ Qu'on fait à la campagne, à la saison des neiges ; ; Mais j ignorais encor, malgré ces privilèges, Qu'on pût voir s’empiffrer autant de bons dévots Penchés sur une nappe.

Plus solennel qu’un roi, Pierrot l’amphytrion | Pour la fête du jour avait fait sa toilette. | Il avait exhumé sa chemise à frison, a Son pantalon pressé, son beau surtout noisette, Sa veste à parement.— Javotte, son orgueil et sa digne alliée, S’était parée aussi de sa robe à gros pois, De son beau spencer jaune et d’un col à l’empois. La câline en rubans, ne fut pas oubliée, Pour dernier agrément.

Déjà l’ami Pierrot avait fait plusieurs rondes, Versant ux invités des rasades profondes ; Les discours s’animaient d’une franche gaîté : Et les femmes perdaient de leur timidité, Quand on se mit à table —

CE gun, 4 CHANTÉ

Ah, ça! dit le bon vieux, ne faut pas lanterner!

Les bouteilles sont là, toutes il faut les boire ;

De plus grosses encor sommeillent dans l'armoire.

C’est de grand cœur! buvez! n'allez pas vous gêner : Ce serait regrettable.

Salut, mes bons amis, à la bonne amitié!

Et la foule répond : Pierrot, à ta santé! 7

On passe la bou: lle, on fait tinter les verres,

On tousse, on parle, on rit, on ne s'entend plus guères ; Les voix prennent du ton.—

Un peu plus tard, le bruit change de caractère :

Il devient métallique et sonore à la fois :

C’est le choc des Couteaux sur les plats aux abois.

Le calme est relatif et presque involontaire, Et l’appétit tient bon.

Et la table gémit sous les mets qu’elle porte, Rangés en bataillon, bouillants comme des preux; Mais la chsrge au poignard qu’on dirige contre eux Brise leurs rangs serrés, puis la mort les emporte ! Liqueurs et rhums brûlants i Coulent à flots plus drus que l’eau dans les rivières. Quelques gars sont coiffés, d'autres semblent courts d'air, Deux bons vieux dans un plat pêchent à la cuiller, Et boivent gravement du ragoût dans leurs verres, En guise de vins blancs!

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Tout passe, en vrai ruisseau descendant d’une cime;

Autant vaudrait chercher à combler un abîme :

Volailles et poulets, porc-frais, jambons, ragoûts,

Dindons, bouillis, rôtis, mouton et bœuf aux choux, Ont déjà pris la pente —

Tourtières et pâtés, bettes et cornichons,

Tartines er gâteaux, bisques et confitures,

Croquignols et biscuits, raisins et pommes sures,

Se confondent avec les liqueurs des flacons,

: Dans la même descente. .

La mangeaille prend fin. On remplit les bouteilles.

Les pipes on allume, et viennent les chansons,

Le bonhomme Pierrot, en bon enfant des treilles,

La figure allumée, entonne à pleins poumons:

Verse, verse à plein verre

Et l’on répète en chœur Ferse, jusqu’à demain!

Et jusqu’à la Javotte, un tant soit peu piquée,

Qui chantonne à l’envi, d'une voix étriquée:

Le vin à tous nos maux est remède certain,

Sur cette pauvre terre.

Jeunes filles et gars sont rangés près du feu, Et se content fleurette en mangeant des dragées. Un couple se sourit sur le vieux coffre bleu,

Le siège légendaire où vont s’asseoir les fées

: Pour enlacer les cœurs— :

CE QU'IL A CHANTÉ a

Le bonhomme Marti Le dos sur un trum

Au bas de la colline.

» gratte sans relâcher, briser le plancher.

il se montre prodigue ; epuis la simple gigue Jusqu'au grand menuet.

Canadiens, pourquoi vous exiler?

Si, l’automne venu, l’enfant de la Savoie

Descend de sa montagne et prend la grande voie, Quand sa mère lui dit: Dieu le veut, mon enfant! C’est qu on Manque de pain dans la Pauvre chaumière, Et que depuis longtemps la gêne et la misère

Font sentir leur vide étouffant.

Quand le fils de Irlande abandonne son Ile,

Pour s’en aller au loin demander un asile

Où puissent battre en paix des cœurs libres et fiers, C’est qu'il n'était point né pour devenir esclave,

au champ que le landlord entrave De ses rentes et de ses fers.

CE n. A CHANTÉ

Mais vous, 6 Canadiens, pourquoi fuir la Patrie,

Et si tôt rejeter la tendre idolätrie

D'un cœur reconnaissant Pour le toit paternel?

Pouvez-vous oublier ce que votre âme y laisse,

Ne plus vous arrêter au souvenir qui blesse Comme un talion éternel f

L'été, quand l’étranger aperçoit notre fleuve,

Ses yeux sont éblouis, et son âme s’abreuve

Aux sublimes grandeurs qu'il voit se dérouler.

II se prend à songer aux bonheurs indicibles

Goûtés par l'habitant de ces plages paisibles, Qu aucun bruit me semble troubler.

Pour son rêve il choisit une blanche chaumine, Où, lourde de parfums, la frêle balsamine Se mêle au vert houblon pour grimper aux carreaux Où le ruisseau s’endort avec un doux murmure, En promenant son onde à travers la verdure

Où chantent en chœur les oiseaux.

Et, pourtant, vous quittez ces édens qu’on admire,

Pour courir la fortune et pour servir de mire

A l'étranger qui donne un peu d’or pour du sang.

Vous engraissez son champ de vos sueurs fébriles,

Et vous ne rapportez que les bonheurs stériles, D'un or impur et flétrissant.

CE ou. À CHANTÉ

Que vous êtes à Plaindre, hélas! 6 jeunes filles,

Qui quittez sans pleurer vos prés et vos charmilles

Vous les foulez aux pieds vos augustes croyances, Et vous ne vivez plus des saintes espérances

Qui vous engage doi et vous pousse sans cesse A promener ainsi voire blonde jeunesse À travers les écueils qui bordent le chemin?

Vous, fils, vous n'avez plus de ce sang de vos pères

Qui coulait rouge et chaud en face des misères

Qu'il fallait endurer au fond de la forêt. | =

Ils mangeaient du pain noir, mais ils étaient leurs maîtres.

Déserter la patrie! ils se seraient crus traîtres : L'amour du so] les enivrait.

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CE 'n, À CFANTÉ

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Malheur! Vous rougissez d endosser leur livrée,

Et de porter comme eux l’étofe vénérée

Sous laquelle battaient ces cœurs si peu douillets,

II vous faut aujourd'hui des laines duveteuses :

Et pour vous procurer mille choses coûteuses, Vous allez servir de valets!

Oh! combien j'en ai vu, dans la foule asservie De ces jeunes vieillards, redemander la vie Au pauvre toit de chaume où leur père était né! Mais il était trop tard. La sève était finie, Et l'arbre secouait déjà son agonie :

Les vents l'avaient dérnciné.

Pourquoi vous exiler? Elle est noble, l4 tâche Du hardi pionnier, qui fait servir sa hache À rendre plus fécond le sol de son pays.

Vous avez l'avenir au bout de vos cognées : Faites à la forêt de profondes saignées ;

La vie est là, sous l’abatis.

Nous possédons des bois, des mines, des richesses,

Qui valent beaucoup mieux que les fausses promesses De cet or séducteur qu’on fait luire à vos yeux.

Vous vous plaignez qu aux champs la vie est parfois dure; Pourtant, souvent là-bas, vous couchez sur la ‘dure,

Le long des grands chemins crayeux.

Dépensez au pays la moitié des fatigues êtes ailleurs tro

Croyez-moi, jeunes gens, Et bâtissez-vous là, dan

Plus de mère

A mes enfants.

Pauvres petits enfants, vous n’avez plus de mère!

La mort vous l’a ravie au milieu du festin.

Il faut, sans murmurer, boire la coupe amère : Hélas! c’était votre destin.

Quel drame agonisant de tristesses morbides,

Que l'heure des adieux au chevet d’un mourant!

Il faut avoir passé par ces transes algides Pour en connaître le navrant.

Ah! vous n'étiez pas là quand, de sa voix mourante, Elle vous appelait en vous tendant les bras; Et quand ma lèvre mit sur sa bouche expirante

Le dernier baiser d'iei-bas.

Enfants, dans ce baiser, je sentis en mon être

Comme le choc fatal d’un long écroulement ;

Et mon bonheur véeu me sembla disparaître Dans ce suprême embrassement.

II fit froid dans mon cœur tout meurtri du naufrage;

La souffrance y creusait kon douloureux sillon,

Et je voyais mon rêve, emporté par l’orage, Sombrer dans un noir tourbillon.

Tout s’éteignait en moi. Que j'étais las de vivre! Le poids qui m'écrasait m’entraînait avec lui; J'aurais voulu courir à la mort qui délivre,

Suivre celle qui m avait fui.

Perdre, à la fleur de l’âge, une femme qu’on aime;

C'est voir s’anéantir son rêve le plus beau;

C’est voir, en plein bonheur, une part de soi-même Descendre vivante au tombeau.

Ces anges que les Cieux, dans leur bonté nous donnent,

Comme les #Vant-goûts des bonheurs attendus,

On en connaît le prix lorsqu'ils nous abandonnent Et que nous les avons perdus.

O vous, heureux du monde, à qui la Providence Fit don d’une âme-sœur pour consoler vos jours!

À genoux demandez à Dieu, dans sa clémence, De vous la conserver toujours.

Car le chemin est long et la terre est déserte Quand il faut marcher seul vers le sombre avenir, Et porter au dedans une blessure ouverte

Qui saigne au fond du souvenir!

Le bonheur domestique et ses douces ivresses

Sont maintenant Pour vous à jamais disparus ;

Car un foyer sans mère est un nid sans caresses : Les oisillons n'y chantent plus.

Enfants, souvenez-vous que vous aviez pour mère Une femme de foi, d'amour et de bonté, Qui jeta sur ma vie, en sa course éphémère,

Les doux rayons de sa clarté.

CE Ui A CHANTÉ . ne Rêvant toujours du ciel, elle était bonne et douce:

Sa belle âme était blanche à l’heure des adieux :

Aussi la Mort l’a prise en ses bras, sans secousse, Et puis s’est envolée aux cieux.

Elle est à maintenant, au milieu des chœurs d’anges: Que sa main vous conduise en vous tenant la main À travers les écueils et la noirceur des fanges

Qui couvriront votre chemin.

Hélas! chers orphelins, qu’un ciel plein de clémence À toujours abrités, non! vous ne pouvez pas Mesurer maintenant la profondeur immense

De l’abîme ouvert sous vos pas.

Quand vient le soir, allez pleurer au cimetière; Elle est là qui repose, un ange à son côté.

Furlez bas! elle dort, votre pieuse mère, Heureuse, et pour l'éternité!

Rêverie

Le soir quand je suis seul, bien seul avec ma peine, Laissant aller mon rêve aux flots qui l’cat bercé, Je vois se dérouler, comme une onde lointaine, Le grand panorama des choses du passé.

Je revois à travers le prisme des années Les jours pleins de soleil des printemps disparus, Les sentiers verdoyants, les grands bois, les aulnées Que nos pas ont jadis tant de fois parcourus.

Des chants lointains et doux comme des symphonies S’élèvent du feuillage et des buissons touffus ; Et, d’échos en échos, ces pures harmonies

S’en vont se perdre au loin, par delà les grands fûts.

CE ou. A CHANTÉ

J'entends des sons plaintifs expirer sur les grèves: Vastes soupirs des flots et de l’immensité,

Qui viennent mourir là—eomme autrefois les rêves Que nous tracions, enfants, sur le sable argenté.

Aux rayons du soleil, d'immenses colonies De riches papillons étalent leurs couleurs ; On dirait que la main de bienfaisants génies Les suspend, palpitants, aux calices des fleurs.

Des rêveurs attardes, allant à l’aventure, Parcourent les sentiers des bois silencieux ; Et, souriant aux fleurs qu’ombrage la ramure, Ils leur disent tout bas des mots mystérieux.

Puis ces panoramas, ces scènes du jeune âge,

Ces rayons printaniers, ces tableaux séduisants, Disperaissent soudain, fallacieux

Comme à l’aube s'éteint le feu des vers luisants.

Nos rêves d’avenir, emportés par l'orage; Nos amours d'autrefois, nos songes, nos espoirs Disparus à jamais dans un commun naufrage, Sont là, sur les écueils, battus par les flots noirs,

CE on. A CHANTÉ

„ Des fantômes parfois longent les eimetières,

Et marchent dans la nuit avec des Yeux fermés.

On dirait que des morts, échappés de leurs bières,

Tentent de retrouver ceux qui les ont aimés, :

Elle est sombre, souven

t, la route poursuivie, Et trop nombreux les m

aux qu 'on ne peut en bannir!

gués de la vie, 8 e se souvenir?

Mais, pour les cœurs brisés, fati N

est-ce pas vivre encor que d

Sur les confins fleuris d’un sentier solitaire,

Dans un petit enclos tout baigné de soleil,

Ils sont là, deux des miens, qui dorment sous la terre Leur éternel sommeil.

La mère... et puis l'enfant ; ces deux Parts de moi-même Ont pris soudain leur vol vers le ciel étoilé, En m abandonnant seul à l’angoisse suprême

De mon cœur désolé. a

Depuis ce jour fatal, mon âme tout entière A gardé dans ses plis le sombre du cercueil, Et s’est refugiée au fond du cimetière

Pour y pleurer son deuil,

CE 'n. A CHANTÉ

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Et là, dans le silence où la douleur convie

Les pauvres cœurs navrés des chagrins d'’ici-bas,

J'ai compris le néant des plaisirs que la vie Sème un jour sous nos pas.

C’était un soir d’avril, tiède de rêverie, Le soleil éteignait son rayonnant flambeau; + J’allai m'agenouiller sur la mousse flétrie

Qui borde leur tombeau.

Le saule funéraire agité par la brise

Penchait sur le talus ges bras chenu: et longs,

Comme pour caresser le front de la croix grise Où sont gravés leurs noms. :

Je priais, absorbé dans cette vie inert.

Qui pesait comme un plomb sur mes vives douleurs, Quand mon regard tomba sur une touffe verte

D'où surgissaient deux fleurs.

Je m'approchai: c’étaient deux petites pensées Ecloses sans orgueil sous le souffle de Dieu, Comme des âmes-sœurs se tenant enlacées Dans un baiser d’adieu.

CE d 'n. 4 CHANTÉ Re. en ee

Ce spectacle nouveau consola mes alarmes :

Je voyais en ces fleurs mes deux êtres chéris ;

Ce sont leurs cœurs, me dis-je, évoqués Par mes larmes, Qui sont là refleuris.

Je cueillis en tremblant ces mystiques dictames,

Et les mis sur mon cœur, comme un bouquet bénit ;

Depuis lors je comprends le bonheur de deux âmes Que le ciel réunit.

Pâles fleurs d Q

TU

Voies qui conduisent à Dieu

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