‹ Ce que coute la paix armée et comment en finirChapitre 10 sur 23 · AU ROYAUME-UNI · texte numérisé non relu

AU ROYAUME-UNI

Ces chiffres ne sont pas accidentels : le tableau où je les ai pris indique au contraire un mouvement bien continu pendant les vingt-cinq années sur lesquelles il porte.

On voit que le Canada, soit qu'il fabrique lui-même ce

dont il a besoin, soit qu'il le fasse venir d'autres pays, ne demande aujourd'hui guère plus de marchandises à l'Angleterre, proportionnellement, que ne fait un pays étranger quelconque. En effet, 28,2 0/0 de ses importations viennent de Grande-Bretagne ; or, d'après la même source, la Turquie demande au Royaume-Uni 38 0/0 de ses importations ; le Portugal, 31 ; la Suède, 27 ; la Grèce et la Russie, 26 ; l'Italie et la Roumanie, 22 ; le Danemark, l'Espagne et la Norvège, 21 ; la Hollande, 19; l'Allemagne et la France, 13; la Belgique, 11; r Autriche-Hongrie, 10. Et la décroissance de ce rapport ayant été continue, durant les vingt-cinq années considérées, on peut prévoir qu'il descendra successivement au taux des nations qui ne gravitent pas spécialement dans l'orbite économique de l'Angleterre, comme font la Turquie et le Portugal. L'Afrique australe, colonie moins avancée que le Canada, réduit de même ses achats, sans être encore arrivée à une émancipation aussi complète. L'Australie, la plus jeune, est encore stationnaire.

Quant aux exportations de ces colonies en Angleterre, elles ont décru pour l'Australie, et augmenté pour le Canada et l'Afrique australe. Mais il n'y a rien à conclure de là : le protectionniste ou le conquérant colonial le plus endurci nous accordera bien qu'il n'est pas besoin d'être maîtres d'un pays pour en faire venir ce dont on a besoin !

Il convient de bien noter^ de même, que le merveilleux développement commercial de l'Allemagne s'est produit bien avant que cette nation se fût avisée de devenir une grande puissance maritime, et qu'il ne doit encore rien au jeune domaine colonial de l'empire.

Aussi ne saurait-on trop insister sur la part de vérité qui est contenue dans la boutade bien connue : « Les meilleures colonies, ce sont les colonies des autres 1 » Et quant à la nécessité de « protéger le commerce national » au moyen d'une ruineuse marine de guerre, on fera bien de la reléguer au bric-à-brac des vieilles idées démodées.

Rapport des eliargMi militaires avx reiremifi

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J'ai essayé de donner, en suivant plusieurs méthodes différentes, une idée de Ténormité des charges que la paix armée impose à l'Europe, et qui la mettent dans un si grand état d'infériorité par rapport aux jeunes nations d'outre-mer. n reste à rechercher quel est le rapport de ces charges avec le revenu moyen des diverses nations européennes, et par conséquent à quels degrés différents elles en sont afiPectées.

Je suivrai, à cet efiFet, la méthode tracée par M. Delivet dans son intéressante étude sur Llxagération des charges militaires et le prix de revient (1), en me bornant à modifier les chiffres donnés par cet auteur, tantôt pour les rectifier, et tantôt seulement pour les remettre à jour.

Malgré les corrections que j'apporterai ainsi à ses résultats, je dois encore revenir ici sur les réserves faites plus haut (chapitre III) au sujet du degré de confiance qu'on peut accorder aux données que je mettrai en œuvre. Cela d'autant plus, que c'est au dictionnaire de Mulhall que je suis réduit à emprunter les plus difficilement évaluables de ces données, la richesse et le revenu des nations. Or, non seulement cet auteur emploie un procédé très arbitraire pour évaluer les revenus nationaux, mais une étude attentive de son dictionnaire montre certains défauts de méthode fort notables, par exemple, une fâcheuse absence de concordance entre les dates de renseignements portés ou mis en œuvre sur un même tableau. Néanmoins, il est juste de constater que, comme je l'indiquerai plus loin, l'évaluation que Mulhall donne du revenu de la France, par exemple, est presque identique à celle qu'obtiennent différemment deux autres auteurs réputés.

Quoi qu'il en soit, et étant bien entendu que les chiffres donnés ici n'ont aucune prétention à la rigueur absolue, voici d'abord un tableau indiquant la fortune acquise et le revenu des principales nations', tant en valeur absolue que par habi-

(1) Paris, Guillaumin, 1899.

tant, les deux dernières colonnes indiquant, l'une les intérêts de la dette par habitant, et l'autre, le revenu, diminué de ces intérêts, c'est-à-dire le revenu net par habitant (les pays sont rangés par ordre de revenu net) : • • •

. Tableau XI

comparée des divers pays

PAYS

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