‹ Ce que coute la paix armée et comment en finirChapitre 9 sur 23 · EXPORTATION · texte numérisé non relu

EXPORTATION

de Grande-Bretagne aux colonies

Ainsi, quel qu*ait été raccroissement des possessions anglaises, elles entrent, d'une manière constante, pour moins d'un quart dans la somme des marchandises importées en Grande-Bretagne, et n'absorbent qu'un tiers des produits exportés par la métropole.

Autrement dit, le développement des relations commerciales entre ces régions et le Royaume-Uni a été exactement proportionnel à celui des relations entre le Royaume- Uni et le reste du monde ; d'où l'on peut conclure que, si ces régions étaient demeurées sous tout autre pavillon, la seule différence, pour la Grande-Bretagile, eût consisté dans l'éôonomie des embarras et des frais causés par leur administration, ainsi que de quelques guerres I

C'est avec les États-Unis que la Grande-Bretagne fait le plus de commerce ; puis viennent la France, l'Inde et l'Allemagne «^ Et encore, ces données globales, telles que je les extrais des brochures anglaises, ne sont-elles

pas assez caractéristiques. Pour mieux se rendre compte de l'importance qu'un marché déterminé présente pour un pays, il convient de diviser le montant du comn^erce par la population de chacun des' deux pays considérés. On arrive ainsi à des résultats inattendus, mais fort importants. Les quotients les plus gros sont fournis par la Hollande, puis par la Belgique. Autrement dit, c'est avec le Hollandais moyen, puis avec le Belge moyen, que l'Anglais n^oyen fait le plus d'affaires.

Conclusion : Le commerce ne sait nullement le pavillon. C'est avec les nations les plus riches et les. plus commerçantes qu'un pays fait le plus de commerce, et nullement avec celles dont les produits diffèrent le plus des siens, ou qu'elle a soumises à son empire ; son intérêt n'est ni d'appau* vrir, ni de conquérir les autres ; mais de les voir prospérer, et par conséquent de les y aider.

L'examen du commerce général de la France nous aurait conduits exactement aux mêmes conclusions. Je n'ai choisi ces exemples en Angleterre que parce que, si je les avais pris enFrance,onn'auraitpasmanqué d'objecter que notre empire colonial n'est pas encore entré dans la période de pleine mise en valeur. Or, on ne saurait en dire autant des possessions anglaises. Et ce que montre l'étude attentive des faits, c'est que les meilleures colonies de la Grande-Bretagne, ce sontv en valeur absolue, V Allemagne, les États-Unis et la France^ et, eu égard au nombre des habitants, la Hollande et la Belgique.

On objectera certainement qu'au point de vue de la puissance de production et d'achat, les colonies ne sauraient être comparées aux nations plus anciennement civilisées, et que les sommes dépensées pour elles et pour la marine sont, en réalité, un placement d'avenir. Mais le jour est bien loin où les colonies actuelles, même les plus florissantes, auront une population équivalant, en quantité et en qualité, à celle d'une quelconque de ces vieilles nations. Et, quand il en sera ainsi, elles auront depuis longtemps cessé d'être des colonies, ou, tout au nioins, elles auront obtenu une autonomie analogue à celle dont iouit aujourd'hui le Canada, qui est libre de

traiter le commerce de la métropole comme celui d'une nation étrangère, et même de ne pas accorder à la livre sterling le cours légal. Pareillement, toutes les colonies sont destinées à s'élever peu à peu au niveau des vieilles nations ; et, une fois arrivées à ce degré de développement matériel et moral, elles réclameront les droits d'une nation, suivant le mot de Turgot : « Les colonies sont comme les fruits, qui ne tiennent à l'arbre que jusqu'à la maturité. » A ce moment, elles régleront leurs relations commerciales au mieux de leurs intérêts, et, par conséquent, indépendamment de toute sentimentale question de pavillon*

Le tableau du commerce britannique fournit à cet égard une indication bien curieuse. Voici, d'après le Statesman^s Year-book de 1898, quel a été, en 1871 et en 1896, le commerce total des principales colonies britanniques, avec, en regard, la partie de ce commerce afférente au Royaume-Uni, et la proportion que représente cette partie, pour cent du commerce total de la colonie :

Tableau X Commerce des colonies anglaises autonomes

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