DEPENSE MILITAIRE
TOTALE
en millions de francs
En
Ce qu'elle serait
au taux anglais
au taux américain
Ce tableau n'est, en somme, que le tableau XIV, présenté sous une forme plus concrète et, partant, plus frappante.
On en retiendra simplement les données finales, desquelles il résulte que, si l'Europe entière ne taxait ses revenus, au pomt de vue militaire, que dans une proportion comparable à celle usitée en Grande-Bretagne, ou aux États-Unis, elleéconomiserajt, sur les seules dépenses directes et visibles de 1897»
une somme annuelle de 2.254 millions dans le premier cas, et de 2.711 millions dans le second cas. En tenant compte des dépenses budgétaires non immédiatement visibles (pensions, etc.), l'économie serait respectivement d'environ 2 milliards et demi, ou de plus de 3 milliards. En tenant compte des dépenses indirectes, nul ne peut dire ce qu'elle serait ; mais, bien certainement, elle dépasserait de beaucoup les 4 milliards.
Or on remarquera qu'il ne s'agit nullement là de Thypothèse d'un désarmement complet. La Grande-Bretagne est puissamment armée, et les États-Unis, si leurs troupes de terre sont réduites, ont du moins une flotte considérable. L'hypothèse qui vient d'être examinée revient simplement à supposer que l'Europe, sans désarmer, restreigne ses armements de manière à ne pas pressurer le contribuable, en proportion de ses revenus, plus que ne le font ces deux nations. Par- exemple, l'Europe, Introduisant dans l'intérieur de ses limites le règlement juridique des différents internationaux, conserverait encore de très importants éléments de défense contre des adversaires éventuels du dehors (précaution d'ailleurs bien inutile ; qui donc, en effet, s'en prendrait à une Europe non divisée contre elle-même?). En un mot, on a essayé de donner là une évaluation des économies auxquelles conduirait l'institution, sous une torme quelconque, d'une fédération européenne, conservant encore, vis-à-vis des autres continents, une attitude défensive.
Imagîne-t-on quels progrès et quels bienfaits de toute nature représentent de semblables économies, chiffrées par milliards annuels!
Il faut mentionner encore, pour sa curiosité, sinon pour sa rigueur, une autre méthode d'évaluation du poids des charges militaires, due à M. Delivet.
Cet auteur commence par supposer que les 40 p, 100 du revenu anglais représentent la moyenne des besoins des nations civilisées. On sent, et M. Delivet est le premier à le déclarer.
que c'est là une hypothèse tout à fait gratuite, étant données les nombreuses conditipns qui font varier les besoins des diverses populations. Mais, quoi qu'il en soit, cette supposition conduit à représenter comme il suit les conditions de concurrence économique des nations.
Nous avons déjà retranché du revenu brut par habitant une somme correspondant aux intérêts de la dette, et nous avons obtenu ainsi le revenu net par habitant. De ce revenu net, retranchons la dépense militaire par habitant; le reste représente le revenu que chaque habitant peut consacrera ses besoins, aux dépenses administratives et productives de l'État, des provinces et des villes, enfin à l'épargne, et par conséquent àdes emplois productifs.
Par exemple, le revenu net de chaque Anglais .étant de 818 fr. 20, il lui reste, après prélèvement de 25 fr. 50 de charges militaires, un revenu de 792 fr. 70 à consacrer à ses dépenses normales. Les 40 p. 100 de cette somme, soit 317 fr. 10, seraient, dans l'hypothèse de M. Delivet, le minimum normal du revenu par habitant, pour un pays civilisé. On comprendra combien cette hypothèse est arbitraire, en se reportant à la remarque faite plus haut, que le revenu de l'Irlande, en 1889, était de 372 francs par habitant : il est certain qu'un revenu .notablement inférieur à celui de l'Irlande peut difficilement être considéré comme un minimum normal !
Quoi qu'il en soit, si l'on admet l'hypdthèse de M. Delivet, on peut dresser le tableau ci-contre :
Tarleau XVI Disponibilités des diverses nations
PAYS
États-Unis
Grande-Bretagne. ,
Danemark
Belgique
France
Suède
Allemagne
Pays-Bas
Norvège
Suisse
Espagne
Autriche-Hongrie.
^Portugal
Italie ^
Russie
Grèce
REVENU
par habitant
api«s prélèvement
de la dette
et des
charges militaires
Europe.