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EN FRANCE

Que l'art soit né en France, peut-être même avant qu'il eût apparu dans la vieille Egypte, en Asie, en Grèce, que les sculpteurs et les peintres de l'âge des cavernes aient senti en eux cette vocation originelle, et que, depuis lors, la même terre ait vu des générations ingénieuses et réfléchies se succéder de siècle en siècle, c'est un fait et l'on peut dire une prédestination qui marque, d'un sceau indélébile, le caractère français.

D'autres nations, d'autres grandes nations ont eu cette conception élevée de la vie qui cherche, dans l'œuvre artistique, l'achèvement du mouvement intérieur et, en quelque sorte, la saillie de l'émotion et de l'idée. Mais, toutes ces nations — toutes ou presque toutes — se sont arrêtées et figées à une heure donnée. Les annales de leur déclin sont infiniment plus longues que celles de leur ascension et de leur apogée. La France, seule, est restée fidèle à elle-même. Il y a toujours eu, en face de la

nature éternelle et de son évolution constante, une vision et une notation françaises. Souvent, la France a emprunté quelque chose à la technique des autres peuples, mais elle s'est promptement assimilé ces notions diverses et, en s'en emparant, les a faites siennes.

Si nous savons, par des témoignages irréfragables et de visu, que l'homme a connu Velcpbas magniis, le rhinocéros et le renne dans les plaines et les vallées des régions actuellement tempérées, ce sont ces anciens « Français » qui nous l'ont appris. Si l'art orec et l'art romain ont trouvé dans ces pays que la Grèce et Rome qualifiaient de ce barbares », une adaptation qui en a élargi le rayonnement et la portée, c'est encore en France que subsistent ces beaux monuments : la Maison carrée, le Pont du Gard, les arènes d'Arles, les arcs de triomphe de Reims et de Besançon.

Si l'idéal chrétien a dégagé, de son rêve millénaire, une expression plastique telle qu'elle a révélé au monde une nouvelle Beauté après la disparition de la Beauté antique, c'est aux architectes, aux sculpteurs, aux imagiers des bords de la Seine et de l'Oise qu'il le doit.

S'il s'est rencontré, par la suite, une formule rajeunie de l'art classique, unissant les grâces de la renaissance italienne à la décence, à l'élégance, à la pompe naturelles chez un grand peuple et à la cour d'un grand roi, c'est aux bâtisseurs de \'ersailles, de Vaux, de Trianon, que ce résultat est dû. Et, depuis le xvii« siècle, s'il s'est produit une lignée non moins abondante de chefs-d'œuvre, s'Hs sesont . multipliés et renouvelés sans cesse, servant d'exemples aux autres peuples, c'est au génie français qu'appartient encore cette variété dans l'invention, dans le goût, dans l'originalité. Cent fois on a copié l'Opéra de Charles Garnier, comme on avait copié, antérieurement, les palais de Mansart, les châteaux du temps de François ^r et les cathédrales contemporaines de saint Louis.

L'école française de 1850 a labouré un champ rajeuni, et, aujourd'hui même, personne ne dispute à la France la palme des Beaux- Arts.

LA iMAISON CARRÉE

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