‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 107 sur 107 · LE CORTÈGE · texte numérisé non relu

LE CORTÈGE

C'est dans ce cortège des peuples que la France vient, à sa place et à son rang. Moins forte et moins grande que les plus fortes et les plus grandes, elle est plus ramassée, plus pondérée, mieux équilibrée. Elle n'est pas la première des puissances continentales, elle n'est pas la première des puissances maritimes, mais elle les suit de près. Son expansion territoriale et coloniale n est pas illimitée, mais bien répartie et heureusement groupée. Ses belles colonies d'Afrique, qui se développent à sa porte, seraient, en cas de conflit universel, une aide, non une charge pour la mère-patrie.

Nous avons dit la richesse française : elle est grande et, pourtant, c'est une richesse modérée. La France ne tente pas la cupidité et la spéculation par un prodigieux amas de biens naturels ou par les entreprises colossales qu'offrent les pays nouveaux. Son développement est logique, sain, harmonieux. C'esr le pays de

l'aisance, du bas de laine et du lopin de terre. Rien, en elle, n'est disproportionné aux forces humaines et à la capacité humaine. Qu'importent les milliards! La folie des grandeurs est une folie comme les autres — pire, parfois, puisqu'elle est plus tyrannique. Le bonheur et même le bien-être ne sont pas affaire de statistique. Tout ce qui fait le charme de la vie : l'épanchement des cœurs, les douceurs de la famille, la joie des réunions le verre à la main et la chanson aux lèvres, tout cela ne se dénombre pas. Foin des statistiques qui évaluent le mérite au nombre, le pèsent à la tonne ou le comptent au boisseau!

LA FRANCE, PAYS La France est un pavsbien

^ table, ses mœurs sont

douces ; son peuple ne connaît ni l'extrême fortune ni l'extrême misère : sa part lui suffit :

Va, tu sais maintenant que Gallus est un sage.

La nation française n'a pas besoin des vastes dominations; quand sa politique les a cherchées, elle s'est trompée. Mais ses ambitions morales et intellectuelles sont hautes.

Elle aspire à la justice et au parfait. Nous l'avons vu se lancer sur les grands chemins de l'aventure, chaque fois que l'écho d'une plainte lointaine est venu jusqu à elle. Elle est la sœur i aînée des peuples qui souffrent. Elle aime à aimer et à être aimée. Tant que la France subsiste, aucun peuple vaincu ne désespère tout à fait. De même qu'elle cherche la justice, la ' France aime la lumière. C'est le premier don que lui a fait la nature ; son génie est fait pour j clarifier, sa langue pour élucider. Parmi les '' I autres nations, elle a un rôle d'interprète; elle les explique les unes aux autres. Quand des hommes de cultures différentes sont réunis, s'ils veulent se comprendre à fond, il faut qu'ils parlent français. En créant sa langue, la France a apporté à la concorde et à la paix un secours sans prix.

Par l'application à comprendre, à sortir de soi-même et de ses propres idées, l'esprit français a créé le respect des opinions. La secte, la petite chapelle est en contradiction absolue avec ses tendances si fortementunitaires. Qu'estce que la tolérance, si ce n'est un élargissement du tact? Le tact vient du goût et du bon sens ; — or ce sont là les dispositions essentielles de cette race qui n'a qu'à laisser parler sa voix intérieure pour se reprendre à la douceur de vivre unie sous un ciel indulgent.

Justice, tolérance, élégance, loyauté, tels sont les traits essentiels de toute civilisation ; or, ce sont aussi les traits caractéristiques de Vidéal français. De telles aspirations sont les plus nobles de toutes. Le grand peuple qui vit pour les réaliser n'est-il pas digne du rang éminent qu'il occupe dans l'humanité ?

Page 1