SCEAU DE
GUILLAUME LE CONQUÉRANT {Archives luitionales)
L'ALLEMAGNE. L'Allemagne a gardé long-
temps le sceptre et le globe de 1 Empire. Dans la profondeur de ses foréts,au repli de ses montagnes, une âme se forme, une âme appliquée, volontaire, méthodique, grave et, aux heures dedétente, joviale et sentimentale. L'Allemagne hésite entre les deux destinées, septentrionale et méridionale. La réforme de Luther décide et favorise la cause du Nord. L'Autriche est refoulée sur le Danube et sur l'Adriatique. Sa bonhomie recule devant la dure hégémonie prussienne. L'Empire est restauré. Une nation débordante de vigueur, d'entrain et d'énergie, avec cette natalité prodigue qui la faisait appeler, déjà au moyen âge, « la ma- ^^<?^%s. ^^^^^ '^^^ peuples », est plantée, comme un athlète et un ouvrier ^)v\ inlassable, au centre de l'Europe.
A^\ LA RUSSIE. La Russie
|:\ est, par Byzance, l'héritière l"^] du monde grec et oriental. Elle fait face à l'Asie et la contient.
Seule, elle a la force et la plasticité nécessaires pour arrêter, endiguer ou absorber le flot jaune. Elle est la sainte iconc plantée à la limite des terres chrétiennes. La race slave, avec sa nature à la fois tendre et tragique, avec sa sensibilité et son intelligence prompte et perçante, avec ses détentes brusques, suivies de profonds abattements, a quelque chose de touchant et de douloureux; mais elle est patiente et tenace; c'est une des plus nobles races humaines. Sur la longue route que l'espace et le temps ouvrent devant elle, elle en est à sa première étape.
LES PUISSANCES La Hollande, la Belgique, DU NORD. le Danemark, la Suède,
la Norvège ont donné, comme ouvriers à l'histoire, ces superbes races nordiques, grandes, blanches, blondes, aux yeux bleus, qui opposent à la vivacité méridionale, le calme, le flegme, la ténacité loyale, la tenue. Les navigateurs normands, les navigateurs hollandais, les navigateurs norvégiens ont été, en tous temps, de hardis coureurs d'océans. Sans l'appoint de ces races, la civilisation, trop exclusivement méditerranéenne, se fût perdue, peut-être dans la séduction de la chair et dans les décadences d'un byzantinisme hiératisé.
L'ANGLETERRE. Voici enfin l'aînéedetoutes les puissances du Nord, la colonisatrice de l'univers, l'Angleterre. César a touché les côtes de la Grande-Bretagne ; saint Colomban a été un des premiers apôtres de l'Occident. Ainsi, l'Angleterre se rattache à Vorbis romauus. L'invasion de Guillaume le Conquérant a rajeuni cet afflux continental, a dicté à l'Angleterre ses lois, sa jurisprudence, sa constitution. L'Ir-
lande catholique subsiste, auprès d'elle, comme un témoin des anciens âges celtiques. L'Anglo- Saxon n'en est pas moins le fils d'une race où le sang du Nord domine et dont une longue lutte contre les éléments contraires a sculpté les traits vigoureux. L'Anglo-Saxon a, d'abord, conquis l'Angleterre, puis il a conquis les îles, puis il a contenu sa dangereuse rivale, la France ; enfin, il s'est lancé sur la mer, ouverte de partout devant lui, et il est parti à la conquête du monde. Maintenant, il détient toutes les voies maritimes, il occupe les plus beaux ports, domine les postes les plus avantageux, les passages, les isthmes. Son activité commerciale, son esprit d'initiative, son caractère individualiste, son goût profond pour la liberté font, de lui, non pas seulement un maître, mais un modèle. On imite rx\nglais, on parle la langue anglaise sur tous les continents. \\'estminster est le père des parlements. L'Angleterre a des noms illustres dans la littérature et dans la science : Shakespeare et Newton; elle a des noms illustres dans la guerre et dans la paix : Elisabeth, Nelson, Pitt, Livingstone ; l'Angleterre tient le sceptre des affaires; elle est l'arbitre des convenances. L'Angleterre ne peut être menacée dans sa grandeur que par sa grandeur même.
Comme Rome, l'Angleterre est maîtresse de l'espace; comme la Grèce, elle a semé le monde de filles faites à son image et que les climats différents ne transformeront jamais jusqu'à leur faire perdre la ressemblance maternelle. Les Etats-Unis, situés entre les deux grands océans planétaires, sont et seront, de plus en plus, les arbitres de l'univers. En. Asie, en Afrique, l'empreinte britannique est profondément marquée. Il y a une « plus grande Angleterre » qui subsistera — quoiqu'il advienne — à la gloire de l'Ano-leterre.