GULF-STREAM
La France étant située entre deux mers, sa vie aérienne reproduit les ca-
prices changeant des flots ûui l'environnent
S'élevant de l'Océan, les vents de l'ouest poussent au-dessus des plaines françaises les nuées que l'évaporation pompe sans cesse sur la masse
liquide. Le courant océanien, le Gulf-Stream, qui nait aux profondeurs du golfe du Mexique, est comme im fleuve maritime qui nous apporte les effluves de ces chaudes régions. Par contre, du pôle, au printemps, descendent les glaces flottantes, les icebergs, qui, en fondant plus ou moins lentement, refroidissent l'atmosphère et jettent, jusque sur nos côtes, les alternatives imprévues des printemps hâtifs ou retardés.
Le vent du sud-ouest et le vent du nordouest alternent aussi, atténuant ou exagérant le balancement des saisons. Les régions de la France qui avoisinent les côtes de l'Océan reçoivent, surtout, le bienfait de cette correction constante apportée aux températures trop rigoureuses. Si donc nous ne considérons que les plaines françaises descendant vers l'Océan, nous les voyons sans cesse parcourues par les vents tantôt froids, tantôt chauds, maistoujours humides et fécondants.
LE CLIMAT MEDITERRANEEN
COTE MEDITERRANEENNE
Le sud-est de la France seul a une autre orientation. La vallée du Rhône et les vallées adjacentes sont tournées vers la mer Méditerranée.
Placée plus près de l'équateur, celle-ci est une mer chaude et lumineuse, une mer que le soleil et le vent se disputent, une mer où les nuages sont moins nombreux et moins profonds, mais que le tourbillon des tempêtes balaye à coups terribles et brusques.
Subordonnée aux fantaisies ,de ce lac inconstant, la côte méridionale de la France reçoit tous les dons de la « Grande bleue », mais elle en subit les fantasques humeurs. Elle participe ainsi aux douceurs et aux rigueurs du climat africain. D'autre part, le long couloir que font la Saône et le Rhône déterminent des courants d'airs imprévus, tombant des monts. Le mistral ■ — le vent maître — ajoute ses virevoltes insupportables aux caprices de la mer, et dans les régions que les montagnes n'abritent pas, altère, trop souvent, le charme habituel d'une température privilégiée.
Donc, deux climats bien différents, et nettement caractérisés ; l'un et l'autre sont dominés par la proximité des deux mers et influencés par la protection des montagnes.
En effet, de quelque côté que viennent les vents maritimes, ils finissent par se heurter à la muraille des chaînes de montagnes françaises. Massif Central, Vosges, Jura et Alpes, Pyrénées. Sur ce triple obstacle s'arrête et règne un souffle froid ; en outre , les vapeurs voyageuses, butant contre leurs parois, se condensent soit en pluies, soit en neiges. Ainsi se trouve déterminé un troisième climat français, le climat des altitudes.
LES PLUIES ET LES NEIGES. De même que
l'on a pu déterminer, d'après le relief du sol, deux Frances orographiques : la France des montagnes et la France des plaines, de même on peut distinguer deux Frances climatériques, la France maritime, avec sa double face océanique et méditerranéenne et la France alpestre. La ligne des hivers plus froids englobe tout le centre de la France ; elle tourne, approximativement, autour du Massif Central, tantôt s'approchant davantage comme vers Orléans ou Valence, tantôt descendant presque jusqu'aux rivages de la mer comme vers la Rochelle ou Carcassonne.
Extérieurement à cette ligne, c'est la région des hivers plus doux, offrant, elle-même, deux ceintures concentriques, celle des pluies tièdes, occupant les bords de la mer, celles des pluies froides, plus voisines des sommets. Entre les deux, une vaste région intermédiaire plus sèche s'étend, voilée par les nuages rapides et changeants qui, galopant sans cesse de l'océan à la montagne, déterminent le caractère tempéré et nuancé du ciel et du climat français.
LA FRANCE, FILLE Sur un soi ainsi disposé gU SOL DES EAUX ^^ ^jj^^- b^^iané, sous un ET DU CIEL , . . •'^ / 1 / 1 r •
climat ainsi règle, le tait
naturel et historique qui s'appelle France devait se produire. N'est-ce pas la terre, les eaux et le ciel qui font la floraison et la vie?
Puisque le sol de la France est de composition géologique extrêmement variée, puisqu'il reçoit les effluves des deux mers et qu'il y jette ces infinis canaux de portage et d'arrosage que sont les fleuves et les rivières, puisqu'il présente une orientation constamment divergente.
P/iot. G delta.
THEOULE
DANS LES ALPES : LA NEIGE ; D'après une photographie de M. Joseph Ltnieicui
Le Ciel de France
sous les influences alternativement fécondantes de l'océan et de la montagne, rien d'étonnant à ce qu'il ait vu se développer une nature spéciale, diverse et contrastée comme lui, une nature où se retrouvent des éléments tantôt solides et tantôt friables, où se reflètent les jeux successifs du soleil, de la pluie et du vent : la vie devait pré- .senter sur cette terre, à l'extrémité de la terre européenne, le résumé des types et des variétés disséminés sur tout le vaste continent.
Nous avons dit deux orientations, celle du nord-ouest océanique et celle du sud-est méditerranéen ; nous avons dit deux régimes, celui des plaines et celui des montagnes ; nous avons dit deux climats, celui des altitudes el celui des rivages; la fécondité et la plasticité de la flore et de la culture françaises viennent de là.
VARIÉTÉ DE LA Le sol français (sans FLORE FRANÇAISE, p^^j^, j^ ^^]^- j^^ ^.^i^.
nies) nourrit une végétation naturelle incomparable et se prête aux cultures les plus diverses et, en apparence, les plus opposées.
Si j'avais la boîte verte du botaniste, quelles conquêtes, soit que je grimpe aux sommets des montagnes, soit que je m'attarde aux sentiers fleuris des plaines cultivées !
Sur les hautes régions alpines, c'est la flore glaciaire, presque semblable à la flore polaire, avec la rare apparition du rauiinculus glacialis, la timide percée des saxifrages de montagnes, du ceraUium (oreille de souris) et de la quintefeuille des neiges !
Mais, un peu plus bas c'est, durant le court été alpestre, le tapis incomparable des floraisons diaprées, que le pied hésite à fouler sur la neige à peine fondue ; il faut renoncer à récolter les pavots, les renoncules, les anémones, les ellébores, les myrtilles, les daphnés, les gentianes, qui parsèment, de leur éclat innombrable, la vêture des herbages.
Plus bas encore, c'est la vraie flore française dans son infinie prodigalité. Il n'est pas un talus de route, pas une allée perdue sous les bois, pas une bordure de ruisseau, de marais ou d'étang qui ne soit une joie et un sourire dès que le soleil a percé les brumes de l'hiver : on voit, on devine partout, et jusque chez le moindre brin d'herbe, l'effort de toute la nature pour s'élever et se distinguer dans cette concurrence universelle pour la beauté.