DES CŒURS
Comment cette union indestructible, cette unité des esprits et des coeurs a-t-ellc pu se former? Comment, entre tous ces hommes si différents l'un de l'autre et parfois si malveillants l'un pour l'autre, a-t-il pu se créer un contact si intime, une solidarité si étroite ? C'est ce que l'histoire nous raconte ; l'histoire de France expose les titres de la parenté française : mais, cette histoire, il faut la bien comprendre.
On croit, généralement, que l'histoire d'un pays, c'est une liste de dates et de faits, fastidieux dans leur glaciale énumération, n'intéressant que peu l'esprit et nullement le cœur. La connaissance de l'histoire ne serait donc qu'une affaiie de mémoire et, quand quelqu'un sait bien « les dates des rois », comme on dit, il est réputé « fort en histoire » même s'il n'a jamais été ému par les lointaines et touchantes intimités françaises.
11 faudrait substituer à ces exposés trop indifférents des récits plus vifs et plus animés, comme ceux d'un voyageur qui, au retour d'un long voyage, tient son auditoire suspendu à ses lèvres et uiit passer ses émotions dans l'âme de ceux qui l'écoutent.
LA VÉRITABLE L'histoire d'un pays n'est
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enseignement — rien autre chose que le souvenir des péripéties du long voyage d'une même famille, d une antique famille qui survit à toutes les autres et qui les embrasse toutes. Il ne s'agit pas seulement de connaître des listes de noms; il faut essayer de saisir le lien des âmes.
Tous ces hommes, d'origines si diflérentes, sont devenus des frères; ils tiennent l'un à l'autre par une vocation plus forte que leur propre volonté et à laquelle ils ne peuvent renoncer, même s'ils vouuient l'oublier : car on n'arrache pas les fibres de son être.
Comment donc cela s'est-il fait ? C'est à cette question que doit répondre la véritable histoire de France, l'histoire de la patrie française.
LES CINQ Au moment où l'histoire
FRANCE RIVALES, j^ j^ Gaule finit et où commence l'histoire de France, il y avait, sur le territoire borné par le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan, cinq dominations séparées, cinq empires distincts reproduisant chacun les traits des diverses invasions qui s'étaient rencontrées dans ce cirque si parfaitement déHmité. Les Romains, venus du midi, possédaient encore la région dont Paris était le centre avec Reims, Troyes, Châlons-sur-Marne, Beauvais. Les Francs, venus d'Allemagne, pénétraient en coin par la frontière du nord-est ; appuyés sur le Rhin et sur les fleuves belges, ils avaient Cologne, Coblentz, Tournai, Thérouanne, Cambrai.
Les Burgondes, autres Germains, s'étendaient du Rhin et des Alpes jusqu'au Rhône, avec Dijon, Autun, Lyon, Vienne, Grenoble, Sisteron, Orange. Les Wisigoths et les Ostrogoths occupaient tout le Midi, c'est-à-dire l'Aquitaine, la Narbonnaise et la province d'Arles. Les Bretons ou confédération armoricaine, représentants des anciennes populations celtiques, avaient reconquis leur indépendance dans la péninsule de Bretagne jusqu'à la Mayenne.
Parmi tous ces peuples, il s'agissait de savoir quel serait celui qui l'emporterait, lequel aurait Fautorité nécessaire pour imposer aux autres ses vues, ses intérêts, sa langue, sa conception de l'existence commune, c'est-à-dire nationale. La France deviendrait-elle celtique, romaine, gasconne ou germanique?
Elle devait être un peu tout cela à la fois, avec une certaine prééminence d'un des peuples, que les autres accepteraient, avec une direction initiale et continue de Fune des régions sur les autres, cette direction étant considérée, d'un commun accord, comme la plus nécessaire, la plus opportune, la plus adroite et la plus forte.