DIVERSITE DES RACES FRANÇAISES
Voilà le Flamand, homme du Nord, grand, gros, blond, fortement charpenté, sage, industrieux et lent; il paraît n'avoir rien de commun avec le méridional, petit, noir, pétulant, subtil discoureur et profond politique.
Comment confondre un Breton et un Corse, un Lorrain et un Basque, un Lyonnais presque suisse, un Normand presque anglais? Et pourtant, tous ces hommes, de visages, de sentiments, et de caractères si distincts et si affirmés, se reconnaissent tous avec joie, avec enthousiasme, sous le nom générique de Français.
Parmi les Français d'aujourd'hui, ceux qui restent en France, ceux qui, comme on dit, ne sont jamais sortis de leur village, remarquent plutôt les différences que les analogies ; on les voit se critiquer amèrement les uns les autres, se reprocher leurs défiiuts, leurs ridicules, leurs faiblesses, avec une persistance qui paraît fille d'une rancune éternelle. On ne sait pourquoi ils sont si sévères : puisqu'ils voudraient les autres tellement parfaits, qu'ils commencent donc par s'amender tous les premiers !...
RIVALITES ENTRE Les proverbes circulent et LES PROVINCES. enveniment les traditionnelles séparations : « Parisiens, têtes de chiens... Guépins d'Orléans... Normands qui ne disent ni oui ni non... Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent bêtes... Picard, ta maison brûle. — Quéque ça m'fait; j'ai l'clé dans m'poque. »
Mais ces mêmes hommes, de langage si âpre et si acéré, s'ils se retrouvent en pays étranger, se rapproclient, se groupent, arborent les trois couleurs dans les cérémonies publiques, frissonnent aux premiers accents de la Marseillaise et se réunissent pour parler, les larmes aux yeux, de la « doulce France ». Le bannissement est considéré comme le plus grave des châtiments après la peine de mort, et ceux qui sont exilés n'ont qu un rêve: revenir mourir sous le ciel qui les a vus naître.