LES FRANCS DE CLOVIS
mœurs, leur langue, leurs coutumes, elle orienta vers la civilisation latine les rudes soldats sortis des forêts et des marécages de la Germanie. L'anecdote du vase de Soissons est un symbole : le grand chef des Francs était décidé à faire respecter les monuments de la civilisation antérieure. Ainsi se produisit, par l'union des vainqueurs et des vaincus, un noyau, une formation centrale, héritière du passé et initiatrice de l'avenir. Et cette formation s'appela d'un nom nouveau et extrêmement significatif : France, Ile-de-France !
Les victoires de Clovis tracèrent comme une esquisse de la future domination française, en la poussant presque jusqu'aux limites de l'ancienne Gaule, sauf la Bourgogne ; il dégagea ainsi, de la traditionnelle hégémonie romaine, la première notion d'un peuple français. Désormais, ce peuple apparut comme une nation à part ; mais ni le pays, ni le peuple lui-même n'étaient encore prêts pour Funité. Sous les successeurs de Clovis, la Gaule franque fut de nouveau démembrée.
La génération qui eut à sa tête la famille desCarlovingiens,etdont le représentant le plus illustre fut Charlemagne, conçut un autre dessein. S'appuyant sur l'hégémonie chrétienne qui commençait à s'affirmer autour du pape de Rome, elle prétendit reconstituer le vieil empire romain occidental en lui apportant un puissant appoint de territoires et de populations germaniques. On eût voulu, en quelque sorte, infuser des forces nouvelles dans l'ancien corps en déliquescence.
L'empire carlovingien s'étendit, un moment, de la mer Baltique et de la Drave jusqu'à l'Océan et à la Méditerranée avec les péninsules italienne et ibérique. La France, l'ancienne Gaule était englobée dans ce grand tout, et elle restait son centre naturel. Une tentative si colossale dépassait de beaucoup les ressources et les possibilités de cette époque. L'empire de Charlemagne se disloqua comme s'étaient disloqués auparavant l'empire romain et le royaume éphémère de Clovis. Il faut des siècles pour créer ce qui doit durer des siècles. Après Charlemagne, la France se trouva donc brisée en morceaux comme une glace qu'on eût jetée par terre. Alors commença l'ère féodale, une des plus pénibles de l'histoire. Cette époque, rejoignant l'antiquité aux temps modernes, a été appelée le moyen âge.
LA FÉODALITÉ. La France était divisée alors en un grand nombre de petits Etats mdépendants, hostiles les uns aux autres et, par conséquent, impuissants. Des pays, qui forment à peine un canton d'aujourd'hui, s intitulaient principautés et prétendaient mener leur vie à part sans recourir à leurs voisins, ni à une autorité commune. Taupinières que le