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L'HISTOIRE BATAILLE

Supprimer « l'histoire bataille » de l'histoire de France, ce serait tellement la dénaturer qu'on ne la reconnaîtrait plus.

Cette forme d'existence nationale, séculairomcnt guerrière, n'a pas été adoptée par suite d'un parti pris de violence ou de cruauté. Ce peuple n'est pas plus méchant que les autres; il en est de bien plus rudes. Il n'a pas le goût du sang ; il est éminemment sociable et, dans la vie courante, plutôt enclin à la douceur et aux égards mutuels. Il aime la justice: il a été le principal continuateur de la grande tradition romaine pour la consécration du droit.

Certes, il est fier; précisément parce i^u'il aime la justice, il est blessé par l'oppression, soit qu'il en souffre lui-même, soit qu elle pèse sur les autres. Il a le sentiment très vif de l'honneur, c'est-à-dire qu'il préfère la mort à la

honte, n'étant pas attaché à l'existence avec une passion telle qu'il cède tout à la crainte. Mais ses dispositions ne porteraient pas le Français à un état d'hostilité permanent contre les autres peuples de l'univers.

S'il a combattu, c'est qu'il y était poussé par une nécessité plus forte que sa propre volonté. Il ne pouvait naître, il ne pouvait être, il ne pouvait se développer et remplir sa destinée qu'en se battant : il s'est battu. Il s'est battu et il se battra encore, s'il le faut : voilà ce qu'il convient d'accepter comme le plus clair enseignement et la plus incontestable leçon du passé.

« La France est un carrefour » ; elle serait sans cesse piétinée par les passants, si sa population ne se dressait sur ses frontières comme sur des remparts, et si ses armées n'étaient comme des sentinelles vigilantes qui font signe à l'étranger de passer au large. Donc, la plupart des guerres françaises sont défensives, c'est ce qu'il est facile de prouver; il faut ajouter, cependant, que, parfois, une sage défensive se transforme en offensive, soit au début des hostilités pour prévenir l'adversaire, soit à la fin pour l'écraser. Il est arrivé aussi que la France a été entraînée hors de ses limites par l'ambition de certains de ses chefs ou par l'esprit de prosélytisme qui lui a valu le nom de « soldat du droit ». C'est selon ces divers principes et motifs que se sont engagées les « batailles françaises ».

Défaites ou victoires, elles ont trempé le caractère français à la double épreuve des succès et des revers. Les batailles françaises sont, pour la plupart, des batailles de première nécessité. Énumérons :

Inutile de remonter au delà des temps où l'Empire romain s'écroulait. Après que toutes les nations germaniques successivement se sont installées sur ce sol ou l'ont traversé pour s'établir au delà, voici, à leur suite, venues d'Asie au v« siècle, les armées d'Attila.

ATTILA. Pouvait-on laisser ces hor-

des barbares s'abattre, comme un cyclone, sur le monde ? Fut-il jamais une bataille plus nécessaire et plus heureuse que celle des «Champs catalauniques » ?... C'est la première grande bataille française. «^

Mais voici que les Francs ont forcé les frontières de l'Empire. Clovis fonde le nouveau royaume et, à son tour, il assume la responsabilité des luttes contre les envahisseurs qui font irruption à la fois par le nord et par le midi : il écrase les Alamans à Tolbiac et les

Wisigoths de l'Aquitaine à Vouillé, c'est-à-dire qu'il fait tête des deux côtés à la fois.

Il en est ainsi de tous ses successeurs mérovingiens. A certains moments, comme vers la fin du vi= siècle, ce ne sont pas seulement deux des frontières qui sont attaquées, mais toutes à la fois, — cas trop fréquent, hélas! dans l'histoire de France. Sous Childebert, guerre contre les Lombards d'Italie, contre les Wisigoths des PjTénées, contre les Bretons de l'Armorique, contre les Allemands de Bavière, guerre partout. On se demande comment les chefs et les peuples peuvent suffire à la multiplicité de ces hostilités obscures d'où pourtant se dégagent et par lesquelles se martellent les premiers traits de la nationalité française.

La famille des Mérovingiens épuisée ne suffit plus à la tâche. Il faut des énergies nouvelles contre des agresseurs sans cesse renaissants. Maintenant, ce sont les Sarrasins sur la frontière des Pyrénées et les Normands tout le long des côtes et aux embouchures des grands fleuves.

LES SARRASINS. Charles Martel conquiert les galons de sa race en arrêtant les Sarrasins à la bataille de Poitiers (732) qui est comme un pendant de celle qui avait jadis arrêté Attila. Et ceux-ci, fallait-il donc les laisser passer pour que l'Europe devînt asiatique et subît cette déprimante conquête musulmane dont les tristes résultats n'apparurent que trop dans les pays où elle s'installa définitivement?

Charlemagne, « empereur à la barbe fleurie», achève le cycle de ces grandes batailles épiques. Roland, Olivier, les héros de son épopée, furent les plus illustres des paladins. Le paladin est le prototj'pe du chevalier; c'est le soldat droit et loyal combattant pour la cause de l'idéal et du désintéressement. A-t-on diminué un peuple pour lui avoir apporté de tels exemples?

LES NORMANDS. Charlemagne eut raison de tous ses adversaires, et notamment du fameux saxon Witiking, mais non des Normands. Ces terribles pirates Scandinaves pénétraient en France par toutes les voies fluviales ouvertes à leurs longues barques. Pendant un siècle (830- 925) ils brûlèrent, pillèrent, saccagèrent la plupart des villes françaises, mirent le pays à feu et à sang. On eût bien voulu transiger avec eux; on leur payait des rançons formidables; mais ils revenaient toujours. On finit par leur céder la partie de la Neustrie qui, de leur nom, s'appela Normandie. Preuve que la faiblesse ne sert de rien et que si l'on n'est pas assez fort ou assez vaillant pour repousser l'ennemi, il faut se résigner à lui faire place et à subir son joug.

Les Carlovingiens ne se lavèrent pas de cette honte et ils furent balayés par un mouvement d'opinion qui, même dans ces siècles ignorants, sut parfaitement faire connaître sa puissance. Ni les soldats ni les peuples n'aiment

le cher qui capitule, alors même qu'ils ont réclamé, a grands cris, la paix.

Une autre génération de guerriers se substitue à la dynastie des Carlovingiens, dès que ceux-ci eurent failli à leur devoir militaire. Voyez de quels qualificatifs méprisants on traite les derniers membres de cette famille dégénérée : le « Débonnaire », le a Bègue », le « Simple », le K Fainéant »; tandis que les bons soldats de la famille rivale sont appelés : le «Fort», le oc Grand». Ceux-ci sont, par excellence, les représentants de l'avenir. Us sont « ducs de France », maîtres de Paris et d'Orléans, installés sur la. Seine et sur la Loire: ce sont les Capétiens (987).

Par la faiblesse du dernier représentant de la famille précédente, par la division des héritages, par l'indiscipline et l'insolence des grands, « la France » n'était plus qu'une seigneurie égale ou inférieure à nombre de principautés féodales. Ses adversaires avaient beau jeu.

Il y avait, à cette époque, sur le sol de la France, tout autour de la pauvre royauté française, une série de puissances capables de l'emporter sur elle : la Bourgogne était un royaume; le comte de Champagne, le duc d'Aquitaine, le comte d'Anjou étaient de très grands personnages. Mais il y avait surtout la Normandie qui, du temps de Robert le Diable ou le Magnifique, était une redoutable partenaire.

La France allait-elle être subjuguée finale- / ment par ces conquérants si proches et Paris serait-il subordonné à Rouen?

LES NORMANDS On peut dire que la figure EN ANGLETERRE, ^jg ['histoire européenne faillit être transformée à cette époque : car, sur l'une et l'autre rive de la Manche, le sort des deux pays qui devaient être la France et l'Angleterre dépendait de l'autorité que la Normandie prendrait, soit dans l'ile de la Grande- Bretagne, soit sur le continent.

Guillaume le Bâtard, bientôt nommé Guillaume le Conquérant, traversa la mer et remporta la victoire d'Hastings. L'Angleterre devenait, en somme, la première des colonies françaises. Ainsi il se faisait, dans ces régions que l'ancien monde avait ignorées, et dont le monde moderne allait dépendre, un mariage de races qui furent souvent, par la suite, concurrentes et ennemies, n ais qui restèrent toujours animées, par leur rivalité même, d'une émulation féconde pour le bien de l'humanité. S'il y a, maintenant, sur la terre entière, une culture générale fille de la culture européenne et de la culture antique, c'est à l'expansion des Normands de France, c'est à la bataille d'Hastings qu'est dû ce magnifique résultat.

Mais la France elle-même pouvait devenir la victime de son propre succès. Cette grande domination si près d'elle, à ses portes, tenant à la gorge, par Rouen, sa capitale Paris, était un danger de mort. La colonie était de taille à

BATAILLE DE VALMY : " VI\-E LA NATION ! '' (D'après une aquarelle d'Alfred Paris.

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Les Batailles Françaises

se subordonner la métropole. Heureusement, la famille des Capétiens eut plus de vigueur aue les dynasties précédentes. Pendant huit ou dix générations, elle compta des chefs dignes de ce nom, se succédant de mâle en mâle, — tous soldats.

LUTTE CONTRE Louis le Gros, le premier, LA FEODALITE. se sentit à l'étroit dans son « Ile-de-France », où ca capitale, Paris, était enserrée par tous ces sires insolents qui se prétendaient ses égaux. Il « débloqua » Paris; ce fut son rôle; et, en faisant sentir l'autorité du maître, il disposa si bien de l'opinion et du sentiment qui, dès lors, peut s'appeler national, que le pays entier se souleva dans un élan « patriotique » quand l'empereur d'Allemagne, Henri V, essaya d'envahir la Champagne (i 124). Ce fut, alors, la fin des invasions germaniques. Contre le danger venu de l'Est, la France désormais était unie.

Un grand événement s'était produit qui allait changer la face des choses et faciliter la tâche des Capétiens, tout en élargissant infiniment le rôle de la France dans le monde : la première croisade. Quelles furent les conséquences, au dehors, de ces guerres d'expansion et non de défense, c'est ce qui sera examiné par la suite. Mais, au dedans, elles facilitèrent beaucoup le travail de l'unité française : d'une part, en donnant aux Français l'occasion de se reconnaître au milieu de ces foules innombrables, d'apprécier, au cours de ces pérégrinations lointaines, leurs origines communes, leurs langues identiques ou analogues, leurs intérêts et leurs sentiments pareils; d'autre part, en permettant au roi de France de s'agrandir aux dépens de ses rivaux soit seigneuriaux, soit étrangers, tandis que ceux-ci couraient si loin l'aventure. A la nn des croisades, la France était esquissée, sinon achevée, dans sa forme moderne.

Mais il y avait une autre question à régler, c'était celle de la Normandie, disposant maintenant de toutes les forces d'outre-Manche.

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