LES CROISADES
Un pays comme la France, qui a, non seulement une vie active , mais une âme, n'admet pas qu'il ait rempli toute sa destinée quand il a constitué son unité, arrondi son territoire, étendu au loin ses possessions. L'homme ne peut pas vivre seul ; il veut aimer et être aimé; un homme complet tend à se donner généreusement. Ainsi des peuples : les plus puissants, précisément parce qu'ils se sentent forts, ont le besoin d'agir autour d'eux, de répandre au dehors quelque chose des ressources et des énergies que la nature a déposées en eux.
LA GÉNÉROSITÉ Pour nous en tenir à la DES FORTS. France, mille fois, au
cours des siècles, elle affirma sa valeur morale en se portant au secours des peuples faibles, vaincus, déshérités de la nature ou de la fortune; elle leur a offert le secours de son bras, de sa richesse, de sa sympathie . Souvent, elle s'est laissée guider par un sentiment, et non moins souvent, elle s'est laissée soulever par une idée.
On lui en a fait reproche. On l'a accusée de se mêler de ce qui ne la regardait pas. Un cruel humoriste anglais a dépeint le peuple français comme une troupe de singes qui, grimpés au haut des arbres, se livrent aux gambades et aux voltiges les plus folles, criblent de brindilles et de projectiles les animaux paisibles qui passent dans la forêt, se rendent haïssables par leur malice querelleuse.
Il n'est pas mauvais qu'on nous signale nos défauts : mais celui dont on nous accuse si durement a sacontre-partie ; en tout cas, il se distingue d'un bas et plat égoïsme . Le peuple français se mêle souvent de ce qui ne le regarde pas, admettons ; mais, en agissant ainsi, il s'est fait, plus d'une fois, du mal à lui-même dans le désir de faire du bien à ses frères en humanité. Et ce n'est pas de sa faute, s'il n'a recueilli trop souvent que d'amers reproches et de l'ingratitude.
SOCIABILITÉ Ce besoin de sortir de
FRANÇAISE. soi-même, de « s'extério-
riser » comme on dit, de marquer les choses à son empreinte, est une manifestation de l'esprit de propagande naturel aux Français, en raison
de leur sociabilité. La sociabilité est un besoin du cœur. Chercher à se rapprocher des autres, n'est-ce pas commencer à les aimer? Ce n'est pas par hasard que le plus généreux de tous les monarques, saint Louis, est un roi français; ce n'est pas par hasard que le plus généreux de tous les hommes, saint Vincent de Paul, est un Français.
L'intelligence du Français a aussi un besoin irrésistible de se faire comprendre, de se communiquer aux autres : c'est pourquoi la langue française a, pour première qualité, la clarté. Tant qu'un Français n'a pas gagné ceux qui l'entourent à ce qu'il croit être la vérité, il cherche des formules de plus en plus exactes pour leur faire comprendre ce qu'il voit luimême. Il insiste, il s'cftbrce, il peine pour donner à sa pensée une lumière, un éclat qui la rendent irrésistible.
Un Français qui a une foi n'est heureux que quand ceux qu'il aime la partagent. C'est pourquoi le martyrologe des homnies qui ont exposé leur vie et qui l'exposent chaque jour pour répandre au loin les doctrines, défendre les causes, propager les belles découvertes, est rempli de noms français.