‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 47 sur 107 · DE PROPAGANDE · texte numérisé non relu

DE PROPAGANDE

Aux temps très reculés du moyen âge, cet esprit de propagande, joint au goût ances'tral de l'aventure, se traduisait, chez les Français, par les pèlerinages vers les sanctuaires et les lieux de vénération consacrés. L'homme s'est plu, en tous les temps, à revenir en foule vers les endroits où il avait reçu des bienfaits, à vénérer les tombeaux de ceux qui l'avaient fait plus éclairé et meilleur. Les processions, les foires, les voyages en troupes, — depuis ceux qui se faisaient à pied au cours de longues absences, jusqu'à ceux qui s'achèvent, maintenant, en quelques jours, grâce aux « trains de plaisir», — sont les manitcstations ininterrompues de ces retours de gratitude inconsciente. Qui sait? les « voyages à la mer » ne sont peut-être, — même ciiez l'homme moderne, — que des commémorations instinctives d'actions de grâces à l'élément où l'espèce est apparue à la vie.

LES PÈLERINAGES. Au moyen âge, donc, les reliques des saints ou le souvenir d'antiques splendeurs attiraient les fidèles vers les églises ou les autels illustres, Rome, Jérusalem, Saint- Jacques-de-Compostclle, Notre-Dame-du-Puy, Saint-Michel en péril de la mer. De même, aujourd'hui, sans parler de Lourdes, de La Sa- Ictte et de Notrc-Dame-de-Lorette, ne voit-on

pas les musulmans se porter vers La Mecque. Kairouan, Tlemcen, les villes saintes ; ne voiton pas, de toutes les parties du monde, des peuples de curieux et de vénérateurs revenir vers Paris, Rome, Athènes, — berceaux et foyers des grandes civilisations ?

Ces pèlerinages fameux furent, au moyen âge, des moyens puissants de communication, d instruction et d émotion. Sur les routes, les hommes se rencontraient et nous savons, aujourd'hui, que la plupart des grandes épopées nationales nommées Chansons de geste, comme Fierabras, la Chanson de Roland, les « gestes » d'Aymeri de Narbonne et de Guillaume d'Orange, furent conçues et propagées parmi les foules pieuses qui se rendaient aux pèlerinages fameux .

LES CHANSONS On sait aussi que le sou- D£ GESTE. venir épique de Charle-

magne, « empereur à la barbe fleurie », confondu peut-être avec celui de Charles Martel, le vainqueur de Poitiers, fit célébrer, surtout par ces mêmes chansons de geste, les luttes glorieuse des Français contre les Sarrasins d'Espagne. Par ces chants traditionnels, par la coutume des pèlerinages se dirigeant notamment vers Jérusalem, vers le tombeau du Christ, enfin par les prédications des clercs et des moines, désireux de développer dans la chrétienté une vaste unité morale au nom de la catholicité romaine, se créa une disposition des esprits favorable aux expéditions lointaines surtout contre les musulmans. Ces tendances créèrent, après le type du paladin (ou comte palatin) tel qu'il avait été conçu par les contemporains de Charlemagne, celui du chevalier, et, bientôt, du chevalier errant .

LA CHEVALERIE. Le chevalier,c'estl'homme qui sacrifie ses biens, ses commodités, sa vie pour réaliser, sur la terre, un idéal de vaillance, de justice et de bonté. Plus tard, le type dégénéra ; mais, quand il brillait de tout son éclat, il représentait ce qu'il y a de plus noble dans les aspirations de l'humanité. Un poète du moyen âge, Eustache Deschamps, a tracé, dans des vers expressifs, le devoir du chevalier :

Humble cœur ait : toujours doit travailler Et poursuivre faits de chevalerie ; Guerre loyale, être grand voyagier, Tournois suivre et jouter pour sa mie.

Il doit à tout honneur tendre, Pour qu'on ne puisse en lui blâme reprendre Ni lâcheté en ses œuvres trouver ; Et entre tous se doit tenir le moindre : Ainsi se doit chevalier gouverner.

Le chevalier avait encore d'autres devoirs : défendre l'Eglise, la veuve, l'orphelin, ainsi que tous ceux que l'infortune accable. Il est facile de comprendre, maintenant, comment la chrétienté occidentale s'émut quand elle apprit que le tombeau du Christ, à Jérusalem, tombait aux mains des infidèles, c'est-à-dire des Sarrasins tant détestés.

LUTTES CONTRE Chez le peuple des pèle- LES SARRASINS. j-jj^g q^J n'avaient d'autre pensée que d'expier leurs péchés en allant implorer le pardon sur le tombeau du fils de Dieu, chez les chevaliers dont l'impulsion naturelle était de se porter à la défense des opprimés, — surtout quand les oppresseurs étaient les sectateurs de Mahomet, — chez les clercs qui ne songeaient qu'à réunir tous les fidèles dans une même pensée et dans une même action, l'élan fut le même : courir au secours des chrétiens de Syrie, délivrer le tombeau du Christ. Cette pensée apparut à tous comme un ordre venu d'en haut et la France se leva au cri de : « Dieu le veut! Dieu le veut! »

URBAIN n ET PIERRE L'ERMITE.

La papauté avait pris l'initiative. Un pape français, Urbain II, vint à Clermont- Ferrand et, le 28 novembre 1095, il réunit autour de lui une assemblée extrêmement nombreuse de clercs, de nobles, de seigneurs, de chevaliers, accourus de tous les points de la France. Par un discours habile et chaleureux, il obtient l'adhésion unanime de cet auditoire d'élite et il confie ses pouvoirs, pour l'organisation de la croisade, à un autre Français, évêque du Puy, Adhémar de Monteil.

Les résolutions furent prises rapidement ; une armée se constitua selon les méthodes en usage à cette époque, armée où dominaient les troupes féodales et la chevalerie. Mais on avait compté sans l'enthousiasme populaire. La parole d'Urbain II avait retenti au cœur des clercs et des moines, toujours prêts à seconder l'œuvre de la papauté. Par eux, elle se répandit comme une traînée de poudre dans les coins les plus éloignés de l'univers chrétien. Une contagion, une « folie de la croix » s'empara des cœurs les plus humbles.

Un homme provoqua et représenta ces sentiments naïfs et spontanés, Pierre l'Ermite. Il prêcha dans le centre et dans l'est de la France, et il entraîna les foules après lui.

Ce furent par milliers et par centaines de mille qu'ils partirent, hommes, femmes, vieillards, enfants, et, sans se demander ce qu'il adviendrait d'eux-mêmes, ils s'en remirent à la Providence. Ils partirent sous la conduite de Pierre l'Ermite et d'un chevalier pauvre, Gautier-sans-Avoir ; précédant l'armée, ils traversèrent l'Allemagne du Sud et les pays riverains du Danube; sans munitions, sans ressources, sans direction, ils apportaient avec eux la mendicité, le ravage, la famine. Ils demandaient, à chaque ville qu'ils voyaient : « Est-ce là Jérusalem ? » Ces pauvres gens périrent en masse; et, plus tard, un sort pareil était réservé à une expédition plus naïve, plus folle et plus touchante encore, la « croisade des enfants ».

La véritable croisade militaire, la croisade

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