CHEVALIERS
L'expédition marcha deux années durant vers Constantinople et Jérusalem. La traversée de l'Asie Mineure fut une épreuve terrible qui la réduisit de plus de moitié. Cependant, après des alternatives de succès et de revers, elle prit la grande villed'Antioche, sous les murs de laquelle elle livra aux infidèles ime bataille décisive.
Les croisés entrèrent enfin à
Jérusalem le 15 juillet 1099. Il ne restait plus que 40000 soldats exténués.
LE ROYAUME Cet exploit fit oublier
DE JÉRUSALEM. toutes les misères et tous les sacrifices. Godefroy de Bouillon fut acclamé comme le chef du nouvel établissement que venait de fonder la victoire ; il prit, par modestie, le simple titre « d'avoué du Saint-Sépulcre ». Mais son frère Baudouin, qui lui succéda bientôt, se fit proclamer roi de Jémsalem. D'autres principautés, aux mains de Bohémond, de Tancrède, de Josselin de Courtenay, rayonnaient sur toute la Palestine et sur la Syrie, le tout constituant une vaste domination chrétienne et, en grande partie, française jusqu'aux portes de l'Egypte. Peu s'en fallut que la civilisation occidentale, refluant vers ses sources, ne s'installât définitivement dans l'Orient méditerranéen. Malheureusement, la plupart des croisés
survivants, épuisés par un tel effort, regagnèrent l'Europe. Ceux qui restaient se divisèrent ou s'abandonnèrent aux instincts brutaux ou à la séduction des mœurs locales. Bientôt l'éphémère royaume, mal organisé, mal dirigé, insuffisamment soutenu par 1 Europe, fijt sur le penchant de sa ruine.
A diverses reprises, l'Europe, et notamment la France, furent appelées au secours. Durant de longs siècles, la papauté renouvela ses objurgations aux princes et aux peuples pour soutenir le royaume qu'elle avait fondé. Elle usait
de toute son autorité et de ses armes spirituelles pour enrôler des nouvelles armées et amasser de nouveaux subsides ; elle réussit d'abord ; puis, peu à peu, sa puissance de persuasion s'atténua.
Il n'en reste pas moins que, pendant plus de deux siècles, la pensée de la croisade fut la grande pensée chrétienne :
elle créa l'unité d'âme en Europe, et elle eut, parcontre-coup, pour eifet non moins indiscutable, la constitution des nationalités modernes : tous ces peuples, en vivant ensemble, apprirent à la fois à se connaître et à se distinguer dans les ransfs des immenses armées communes.
PRISE DE JÉRUSALEM (D'après une miniature de la Bibliothèque nationa!t.l