‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 56 sur 107 · LA DÉCORATION DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LA DÉCORATION DES ÉGLISES

L'architecture française avait donc dégagé une formule nouvelle et hardie pour exprimer la grandeur, l'harmonie, la majesté ; mais cela ne suffisait pas : il fallait multiplier, pour la foule, les enseignements et les exemples, traduire les sentiments les plus délicats, les plus complexes, et, en même temps, les plus simples et les

F lus touchants de 'âme humaine.

L'art des bâtisseurs appela à son aide la peinture, la sculpture, l'orfèvrerie, la

menuiserie, le travail des vrtraux et des métaux. Une cathédrale telle que la concevaient ceux qui en traçaient les plans (mais telle que les siècles ne l'ont pas toujours, hélas! respectée), c'était une espèce de musée où tout ce qui touche l'humanité devait être raconté. D'où cette profusion de sujets et de motifs empruntés soit aux livres sacrés, soit aux légendes, soit à l'histoire, soit à la nature, où la vie de Thomme €t des êtres se trouvait anal3'sée, fouillée, scrutée, reproduite et rendue expressive, éloquente^ enseignante, par tous les procédés dont puisse se servir le génie humain.

Notre vieux poète, François Villon, a traduit les sentiments qui animaient les foules naïves du moyen âge devant ces splendides monuments faits et construits par elles et

pour elles. Il met dans la bouche de sa vieille mère ces vers fameux adressés à la Vierge :

Femme je suis povrette et ancienne, Ne rien ne sais ; oncques lettres ne lus ; Au moustier vois, dont suis paroissienne, Paradis peint, où sont harpes et luths Et un enfer ou damnés sont boullus :

L'un me fait peur, l'autre joie et liesse...

La décoration d'une église comprenaitdonc, à la fois, l'enseignement et la leçon :

et cela suffisait ; les images donnaient aux spectateurs, agenouillés dans une contemplation mystique, une certaine connaissance des choses et, en même temps, les directions morales et religieuses qu'on voulait leur inculquer ; le résultat cherché était obtenu.

Page 1