ET LA PRESSE
Les lettres sont réunies et liées entre elles pour former des mots, des lignes, des pages ; mais après que le paquet ou la « forme » , ainsi groupée momentanément, a passé sous la presse pour imprimer les exemplaires nécessaires, elle est défaite et les lettres dispersées et remises dans leur casier peuvent resservir indéfiniment. Ainsi, grâce à la « composition » au moyen de lettres indépendantes, le nombre des livres reproduit par les mêmes caractères peut être multiplié indéfiniment. On répondait donc à l'appel universel. Tout le
monde voulait des livres et on offrait des livres à tout le monde.
Les premiers livres furent vendus comme manuscrits; c'était à s'y tromper. On crut même qu'il y avait là quelque chose de diabolique : Gutenberg fut mis en prison comme contrefacteur et comme sorcier. Mais on ne put mettre sous clef l'invention elle-même ; et elle est devenue, aujourd'hui, l'incomparable instrument de diff'usion de la pensée humaine qui ne fait qu'une seule et même intelligence, une seule et même àme avec les intelligences et les âmes de toute l'humanité.
DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE. La pensée humaine s'élargissait; or, le monde s'élargissait aussi.
Au moment où Gutenberg découvrait l'imprimerie, Vascode Ga m a et Christophe Colomb découvraient les nouvelles terres inconnues des anciens, en Asie, en Afrique, et enfin un nouveau continent.
La France participa rapidement à ces étonnants progrès.
Elle avait eu sa part bien marquée dans l'explosion de la première Renaissance : elle se lança, à son tour, dans les voies ouvertes à l'intelligence occidentale.
Le coup de balancier donné dans le monde par la découverte de l'Amérique et le délaissement relatif de la Méditerranée ne lui était nullement contraire: Bordeaux, Lorient, Nantes, Le Havre (ce dernier port fondé par François I^'') allaient profiter de ce que perdraient \'enise, Gênes et Pise.
La France était, en somme, au premier rang des puissances unifiées. Elle avait, de ce chef, une avance sur les autres peuples. Par les guerres d'Italie, ses rois Charles Mil, Louis XII et surtout François l^"' étaient entrés en contact avec la péninsule en pleine fleur de renaissance; ils en avaient rapidement cueilli le fruit au profit de la France.
Le Primatice fut appelé pour décorer Fontainebleau et le plus grand des hommes de la Renaissance italienne, Léonard de Vinci, mouvait, à Amboise, sous la protection, sinon dans les bras de François l".