‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 80 sur 107 · DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

DE LA ROYAUTE

La crise aiguë est à son paroxysme au 1 0 août 1 79 2 . Le peuple se porte aux Tuileries.

Le roi cherche un refuge au sein de l'Assemblée; il est suspendu de ses fonctions. L'ennemi pénètre en France. La crainte, la vengeance, les passions atroces répandent une tragique fureur. Les massacres de septembre dans les prisons donnent l'exemple des folies sanguinaires. Heure affreuse! Comment définir les sentiments qui poussent une population, douce et clémente d'ordinaire, des hommes civilisés à ces violences inexpiables? De Paris, la contagion gagne, de proche en proche, tout le pays.

La canonnade de Valmy arrête l'invasion prussienne. La Révolution commence à trouver son expansion au dehors, en Belgique, sur le Rhin, dans la Savoie et le comté de Nice. La guerre victorieuse lui est une consécration. « L Assemblée législative » a assisté à la chute de la royauté. Elle se dissout après dix-huit mois, pour laisser la place à une nouvelle Assemblée constituante : c'est la « Convention ».

LA CONVENTION. La Convention est le « Long Parlement » de la Révolution française; son existence se prolonge du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795. On peut dire que ces trois années se détachent, en un relief effrayant, sur cette tragique épopée. La

L ATTAQUE DE LA BASTILLE D'après une gravure de Prieur (Bibliothèque nationale)

Convention n'a pas craint de s'appeler, devant l'histoire, la Terreur. La Convention balaye la royauté, juge et condamne Louis XVI, déchaîne la lutte entre les différentes classes de la nation, puis entre les révolutionnaires euxmêmes. Elle marche, par une fatalité de violences, vers une sélection sanglante qui ne laissera plus subsister, sur la scène politique, si elle se prolonge, que des dénonciateurs et des bourreaux. Les gens qui jouent cette partie, la jouent froidement et y mettent leur vie pour enjeu.

LA TERREUR. Après Louis XVI et les

royalistes, les Girondins montent sur l'échafaud ; après les Girondins, les hébertistes et les dantonistes. Les initiateurs succombent après les réacteurs ; les prisons regorgent : elles ne se vident, le matin, et ne se remplissent, le soir, que pour alimenter la guillotine. L'insurrection éclate dans les départements. L'argent, les denrées alimentaires, le crédit, tout manque à la fois ; c'est ia « foi des suspects », la a loi du maximum », les a assignats ». Le culte catholique est aboli; on élève des autels à la déesse Raison. Une minime partie de la population parisienne a usurpé le pouvoir et mène la France à coups de décrets. La Convention elle-même est subjuguée. L'infâme « marais » croupit dans l'impuissance.

Dans ce désordre, alors que tout est dissension, éboulement et ruine, le pays lutte contre l'Europe coalisée et contre la moitié de la France soulevée. La Vendée et la Bretagne sont en armes , Toulon est livré aux Anglais. Lyon insurgé vise à devenir la capitale du fédéralisme contre Paris. C'est le moment suprême (juin-août 1793).

La Patrie est en danger ! Le comité de Salut public, où se sont enfermés dans leurs propres résolutions, comme dans une citadelle, des hommes décidés à jouer leur va-tout, prend ladirection effective des affaires. 11 organise à la fois la victoire et la terreur... Un pays ne peut pas durer sous un tel régime. La guillotine n'est pas un instrument de règne, La pâle figure de Robespierre est l'image de ces temps douloureux où une froide démence s'accomp^igne de quelque grandeur.

Marie-Antoinette est guillotinée. Pourquoi verser le sang des femmes?,.. Bientôt, c'est Danton, Camille Desmoulins, — l'éphèbe charmant de l'aurore révolutionnaire. Où s'arrêtera-

t-on? Cette fois encore la logique des choses, la force des situations agit et prend sa revanche. « Celui qui frappe par l'épée, périra par l'épée. »

LE 9 THERMIDOR. Robespierre succombe au 9 thermidor, avec Couthon, Saint-Just et vingtdeux membres de la Commune. Hommes hardis, convaincus, violents, enthousiastes, désintéressés, mais d'une ambition aveugle et d'un sectarisme affreux ; capables d'entraîner les peuples, incapables de les maîtriser, — pas très intelligents.

La France était sauvée par les victoires de Wattignics, de Wissembourg, de Fleurus et aussi par celle du Mans. L'excès de tension nationale, qu'avait représenté le comité de Salut public s'était porté sur la frontière, et là, il avait accomph l'œuvre décisive pour laquelle, à l'appel de la patrie, tout le monde s'était levé.

Soudain tous les ressorts se détendirent, et ce fut comme un air de mollesse, de langueur, de vie douce à revivre qui se répandit sur le pays : c'est la réaction thermidorienne, précédant et annonçant la corruption du Directoire.

On peut dire que la Révolution est finie ; mais elle ne sait comment se clore. Les clubs ont été fermés, les comités se sont dissous; la Convention elle-même, aprèsune longueagonie, cède la place (octobre 1795).

Que va-t-il advenir de la France? Qiielle sera l'issue? La crise effroyable sera-t-elle en pure perte? Va-t-on restaurer tout simplement l'ancien régime? Sinon, quelle ère nouvelle, quelles consécrations, quels résultats seront obtenus après tant et de si affreuses misères? Imaginez cette interrogation au fond des coeurs : des "lendemains si obscurs après des jours si pénibles, et peut-être, pour finir, la déception d'avoir tant peiné et tant souffert pour rien !

On se bat dans Paris. L'insurrection est en permanence; mais, cette fois, c'est l'insurrection royaliste, la réaction pour la réaction, sans but, sans chef, le bâton noueux au poing, les cadenettes au front, le poignard à la poche. Sauvera-t-on la Révolution ou la laissera-t-on à la merci d'un coup de matraque ou d'un coup de violence? La verra-t-on, palpitante, égorgée au coin d'une barricade ou au tournant d'un 13 vendémiaire?

Les armées sont en marche sur toutes les frontières et tombent sur l'Europe. Après la défensive, l'offensive. Les troupes révolutionnaires ont envahi la Hollande, débordent sur la Sambre, sur la Meuse, sur le Rhin, bientôt sur les Alpes, sur les Pyrénées. La vertu nationale s'est réfugiée là. Les régiments sont l'asile du courage, du désintéressement, du bon sens, du patriotisme. Tandis qu'ailleurs, on crie et on se heurte dans la nuit, ici, on agit et on triomphe en pleine lumière, en pleine gloire. De nobles figures se lèvent : Hoche, Marceau, Desaix, Kléber. Enfin, apparaît, froid, énigmatique, silen-

cieux, les cheveux plaqués sur le front, le regard fixe, la Victoire sur la main tendue, Bonaparte.

LES VICTOIRES Campagne d'Italie :

RÉVOLUTIONNAIRES. Montenotte, Millésime, Lodi, Arcole, Rivoli; à chaque étape son nom grandit. Campo-Formio : après la guerre, la paix! Tandis que le Directoire épuise ce qui reste de force aux dernières agitations révolutionnaires, le jeune général va chercher en Eg}'pte le prestige des grandes épopées. Les Pyramides, Aboukir l'illuminent d'une auréole antique. C'est un Alexandre, un César. Son retour à Paris répond à l'attente universelle. Par le coup d'Etat du 18 brumaire (novembre 1799), il fait le geste attendu depuis trois ans : il clôt la Révolution.

La Révolution est finie dans sa période critique: maintenant, elle va se consolider dans ses résultats effectifs. C'est l'affaire de cet homme qui apparaît comme l'ouvrier de la Destinée.

La « Déclaration des droits de l'homme » a proclamé les principes de la Révolution ; le Code civil enregistre ses conquêtes. Faute de l'un ou de l'autre, la Révolution serait chose aveugle et incompréhensible. Entre ces deux textes, comme entre deux parenthèses, elle est toute renfermée.

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