LAMARTINE
L'AGE LYRIQUE. Les hommes de la Révolution avaient été des orateurs et des politiques, les hommes de l'Empire avaient été des soldats et des organisateurs, les hommes de la défaite furent des littérateurs et des poètes. Et remarquez comme les esprits s'adaptent à la logique de l'histoire: cette génération du désenchantement, quelle est sa formule ? le romantistue. A la fin du xviii^ siècle, on eût cru, plutôt, à un retour vers les idées classiques. Tout n'était-il pas taillé sur le modèle d Athènes et de Rome? En quel temps les vertus antiques furent plus célébrées, plus prônées, plus afiichées? Marius, Brutus, Anacharsis, que d'existences vulgaires n'avez-vous pas nommées? Quelles modes furent influencées, plus que celles du Directoire, par ces souvenirs, quand la Tallien, sur ses pieds nus, « faisait sonner ses anneaux d'or »? Qui a recherché l'inspiration classique plus que David, peintre des Horaces et des Curiaces?... Le xix« siècle trouve, dans son berceau, Télémaque et V Iliade, Tite-Live et Plutarque. Un poète, d'une inspiration exquise et d'une vivacité d'impression qui touche à la puissance, André Chénier, illumine, d'un seul trait, cette « renaissance » à son aurore : Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques!
LE ROMANTISME. Tout porte donc le siècle naissant vers l'antiquité. Eh bien! non. La veine s'épuise, à peine ouverte. Le Directoire a dégoûté des « vertus » habillées à la romaine. La défaite a fait sonner le creux des mots grandiloquents et des phrases emphatiques. Le ressort, trop tendu, s'est brisé. Le « peuple de braves » est dispersé ou captif ; la lyre est suspendue aux saules. Le vent gémit daris les cordes plaintives. Ce n'est plus l'antiquité et
L'Age héroïque et TAge lyrique
sa pleine lumière, c'est le moyen âge, ses cimetières, ses apparitions, ses larves, dans des cloîtres éclairés par la lune blafarde. Les brumes d'Ossian nées aux mers septentrionales couvrent le ciel. L'invasion sanglante se double d'une invasion larmoyante. On va chercher les exemples chez les peuples qui ont triomphé par les armes : Shakespeare, Milton, Gœthe. Un exotisme mystique et trouble attriste les clairs esprits de la France endeuillée. Les héros vaincus saisissent la harpe et pleurent sur des ruines. Leurs tristesses, leurs douleurs, leurs angoisses, leurs misères sont un sujet suffisant pour alimenter le chagrin de leur sombre génie.