‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 97 sur 107 · LES INÉGALITÉS NATURELLES · texte numérisé non relu

LES INÉGALITÉS NATURELLES

Il y a, entre les hommes comme entre les sexes, des inégalités naturelles. Celles-là, ce ne sont ni les constitutions, ni les lois qui peuvent les modifier. Le bon sens français les accepte. Il fait, très sagement, le départ entre les distinctions qui dépendent de la société et celles qui échappent à ses règles. En admettant que certaines inégalités subsistent, vestiges d'ua

LEgalité trançaise

long passé, le travail des mœurs s'applique, sans cesse, à les corriger. On craindrait plutôt, maintenant, l'excès contraire.

^ Le sentiment de l'équité sociale est si naturel a ce peuple qu'il se révolterait contre toute injustice traditionnelle qui prétendrait s'impo- 5p^^" ^'er^u de titres surannés. S'il n'est pas possible de faire en sorte que tous les Français, au moment où ils entrent dans la vie, aient les mêmes facilités, des chances pareilles, une préparation analogue, la vigilance publique, du moins, y tend sans cesse. Les sacrihces consentis par la nation pour mettre l'enseignement à la portée de tous et pour découvrir es valeurs humaines là où elles naissent, sont la meilleure preuve de cette volonté réfléchie et coordonnée.

Ceci dit, il convient que chaque citoyen, muni et armé, autant que faire se peut, à son entrée dans la vie, accepte ensuite son rano- et sa place, comme le soldat dans une armée qui veut vaincre.

Il n'y aurait pas de conception plus folle de l'institution sociale que celle qui consisterait à faire passer chacun des individus qui doivent former un peuple, sous le niveau d'une éducation identique et dans le lit de Procuste d'une préparation uniforme. C'est comme si on voulait habiller tous les hommes à la même mesure et les affubler tous d'un même et pareil paletot. Bouchers, maçons, chimistes, égA'ptologues, avocats et charcutiers suceraient donc le même lait et se nourriraient au même rudiment, aborderaient la vie du même pied, avec le même bagage ? Quelle cacophonie !

uts APTITUDES, des aptitudes : le cul-de-

jatte devrait courir comme l'athlète et le hè<r\ie

parler comme Cicéron. Que gagneraient, à cette

désopilante gageure, ceu.\ qui n'ont pas la tête

aux X et qui préfèrent gâcher du plâtre ? Par

^ quelle opération miraculeuse les forts de la

. halle seraient-ils des forts en thème? A quelle

épouvantable ser^•itude phvsique et intellectuelle

[ seraient astreints les enfants et les adolescents

obligés de ramer, bon gré mal gré, sur cette

galère de l'éducation intégrale?

Les enfants ne sont pas tous les mêmes. Les hommes non plus. Les divergences s'accentuent avec l'âge. A quelle époque de la vie, par l'arbitrage de quels juges ferez-vous la ven- [ tilation et le choix? Le court espace d'une existence humaine s'emploiera-t-il à passer des examens pour prendre des rangs et des numéros ?

ET DES -^^'^"■^ suit, nécessairement, la

CONDITIONS. diversité des professions,

conséquence elle-même de

la variété des aptitudes. Comment parera cette

, subordination fatale des choses, —sans compter

' l'inégalité des chances!

n^ • J' ^ m" S^"^ 1"'' comme on dit, sont nés coittcs; ils se croient volontiers plus habiles que les autres. C'est à savoir. Combien de fois les circonstances leur sont devenues favorables sans au ils se soient donné une si grande peine pour les faire naitre et en profiter! La Fortune passe, roulant sur sa roue, et les sacre. Qu'ils nen tirent pas vanité! Elle fuit, et les rendra peut-être, demain, à la misère d'où son caprice les a tirés. ^

Par contre, que ceux qu'elle délaisse n'en conçoivent ni haine, ni dépit. Leur colère ne lerait de mal qu'à eux-mêmes. Si l'inégalité des chances, entée sur les inégalités naturelles, produit 1 inégalité des conditions, la vie et la société, qui les créent, travaillent aussi à les corriger sans cesse. La richesse favorise un homme, une tamile; mais elle se fixe bien rarement pendant plusieurs générations. Le luxe même anémie ceux qui en jouissent et les épuise. Il ny a, peut-être, pas dix grandes fortunes en France, remontant à un siècle en arrière; et si 1 on y regardait de près, on s'apercevrait que, sous le même nom, c'est un autre sang qui hérite. ° ^

Et puis, il y a les compensations. La sacresse antique qui prêchait la modération et allait répétant : « La fortune ne fait pas le bonheur, » est-elle si surannée ? Est-ce un conte à dormir debout que la jolie table de La Fontaine, U ùavetier et le Financier :

Rendez-moi mes chansons et mon somme Et reprenez vos cent écus.

Les riches sont-ils sans maux cuisants, sans maladie, sans douleurs et sans deuils?

C^s'?le''t/avmV ^' <!"' ^^'^ 1^ bonheur, C EST LE TRAVAIL, ^'est le travail. \'oilà le

bienfait vraiment enviable, celui qui, dans une société bien organisée, devrait être assuré a tout être arrivé à sa pleine maturité et activité. Il faut que l'homme travaille; il faut que tout travail ait sa juste récompense.

Les modalités de cette récompense dépendent, en partie de la loi, en partie des circonstances économiques nationales et internationales. Il appartient aux crouvernements de veiller, sans cesse, à ce que le travail soit sa^ement réparti, équitablcment rémunéré, qu'il ne laisse aucune bonne volonté sans emploi, aucun emploi sans salaire, oue le salaire nourrisse l'homme et sa famille, leur apporte à tous le bien-être du présent et la sécurité de l'avenir. La solidarité qui, par le travail commun des aïeux, unit tous les labeurs présents, toutes les professions dans une même activité nationale, veut aussi qu'elles se portent secours les unes aux autres en cas de crise, qu'elles laissent le moins de prise possible à l'éventualité des catastrophes naturelles ou des bouleversements économiques. Quand un membre souffre, le corps souffre. Provinces, régions, cultures, industries, toutes se tiennent et se doivent Vcntraidi^

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ERREUR Mais que dire si la lutte

DE LA VIOLENCE, gst engagée entre les membres des mêmes professions ; si la rancune et la violence les jettent les uns contre les autres, patrons et ouvriers, qui devraient être les coopérateurs d'une même tâche ; si cette discorde livre la place désarmée aux concurrences étrangères ?

L'organisation du travail est un des devoirs principaux de la société. L'union, la coopération, la participation sont les solutions probables du problème. Quoi qu'on en dise, ces solutions se dégageront non dans la lutte, mais dans la paix. On raisonne mal, les poings tendus. Le bruit ne fait pas de bien ; le bien ne fait pas de bruit.

C'est le travail qui sauve et honore les peuples, comme il élève les individus; la vraie noblesse est là. Il n'y a pas de travail bas; il n'y a pas de travail méprisable. Plus le travail est dur, plus le travailleur est penché sur la glèbe ou sur le métier, plus il doit retenir la vigilance constante de ceux qui ont le mandat de penser à lui. La force de l'Etat doit s'employer à ce qu'aucune force particulière n'empiète, à ce qu'aucune force particulière ne soit sacrifiée.

Mais aussi, le travail suppose et impose la frugalité, l'économie, l'esprit de conduite, le respect de la famille, de la société, delà patrie.

POURQUOI Puisque la patrie (c'est-à-

NOUS DEVONS ji^e la volonté accumulée

AIMER LA PATRIE, je longues générations) livre à chaque nouveau-né, à chaque survenant, un pays assaini, tranquille, prospère, où son activité pourra s'employer fructueusement, le premier devoir de ce survenant n'est-il pas de respecter l'œuvre des ancêtres et de la transmettre, améliorée encore, à ses descendants? Détruire l'ordre social, le remplacer par le désordre des anciens âges, ce ne serait pas seulement tenter une chose impossible, ce serait en revenir à l'écrasement de tous, et d'abord des faibles, par la brutalité du chaos.

La patrie doit sa protection au travailleur; le travailleur doit son dévouement à la patrie. Donnant donnant : c'est un marché, à supposer que ce mot puisse s'appliquer à un échange si naturel et si noble.

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