L AIR
rieures comme la Méditerranée et la Caspienne), et elle a des mouvements particuliers qui sont ses courants, rivières, fleuves et ioncuts de la mer; car il en est qui sont torrentiels et qui traversent la mer relativement immobile, de même que les charges d'eaux tombant des montagnes fendent la surface de notre sol. La mer est comme en travail éternel.
L'air :
L'air, encore plus léger, plus fluide que l'eau, obéit à un plus grand nombre de puis sances ; l'action éloignée du soleil et de la lune, l'action immédiate de la mer, celle de la chaleur qui le raréfie [qui le rend moins épais], celle du froid qui le condense y causent des agitations continuelles : /« ve-ts sont ics courants ; ils poussent, ils assemblentles nuages; ils produisent
les météores et transportent au-dessus de la surtace aride des continents terrestres les vapeurshumides des plages maritimes; ils déterminent les orages, répandent et distribuent les pluies fécondes et les rosées bienfaisantes; ils troublent les mouvements de la mer; ils agitent la surface mobile des eaux, arrêtent ou précipitent le,«: courants, les font rebrousser, soulèvent les flots, excitent les tempêtes; la mer irritée s'élève vers le ciel et vient en mugissant se briser contre des digues inébranlables qu'avec tous ses efforts elle ne peut ni détruire ni surmonter.
L'atmosphère terrestre est donc la respiration énorme de la Terre, qui l'anime, qui la vivifie, qui fait circuler son sang, qui la tourmente aussi, qui a comme ses maladies et ses crises, inais de qui la vie de la Terre [ dépend. Entre ces deux mers, si l'on peut ainsi parler, la mer d'eaux qui enserre les continents et qui les arrose par les vapeurs aue le Soleil tire d'elle et qui se transforment en nuages — et l'océan d'air qui enveloppe toute la planète, la Terre proprement dite travaille, produit, se répand à profusion en êtres de toutes espèces qui sortent de son sein.
La Terre:
La Terre, élevée au-dessus du niveau de la mer, est à l'abri de ces irruptions; sa surface, émaillée de fleurs, parée d'une verdure toujours renouvelée, peuplée dr. 'f'ùlr Pt nulle espèces d'animaux différents, est un lica de repos, un séjour de délices où l'homme, placé pov seconder la nature, préside à tous les
êtres. Seul entre tous capable de connaître et digne d'admirer, Dieu l'a fait spectateur de l'univers et témoin de ses merveilles.
« Lieu de repos et séjour de délices » est certainement un peu exagéré. La Terre est un lieu de plaisirs mêlés de beaucoup de souffrances et n'est — ce dont il faut plutôt se féliciter — un lieu de repos pour personne. L'auteur, dont il faut comprendre la pensée et au point de vue Je qui il faut se placer pour la comprendre, compare la terrible et sombre ai^itation des eaux, la terrible et lumineuse agitation de l'atmosphère, à la Terre proprement dite, plus stable, plus reposée, plus solide, où tout n'est pas mouvement, tuinultc et tempête, où par conséquent tout est, relativement, repos, quiétude tx absence de terreur . II songe aux vers d'Horace : « llli rohiir et œs Iriplix... » c'està-dire « il était cuirassé de chêne et d'airain celui qui le premier a osé s'aventurer sur les vagues marines » ; il songe peut-être à ce que sera plus tard l'audace inouïe de celui-ci qui s'élèvera dans les airs et cherchera le moyen de s'y diriger et il dit très sensément et vous le comprenez très bien maintenant : entre la mer et 1 air, la Terre est lieu de repos et de plaisir.
Hn eiîet, entre l'air et la mer, la Terre est comme une oasis entre deux déserts à sables mouvants et balayés de sivwtnis furieux ; la Tirre esl lente , la Terre est à mouvements insensibles de végétation robuste et douce et d'animalité généralement tranquille et pacifique. Voilà en quel sens il faut entendre, venant après le portrait de la mer et celui de l'atmosphère, « le lieu de repos et de délices »,
Or, cette Terre
est destinée à être
l'empire de l'homme,
par ceci d'abord que
lui seul la rer^arde, la comprend et l'admire :
« seul entre tous capable de comprendre et
digne d'admirer... »
Qu'est-ce donc que l'homme en face de la nature?
L'homme en face de la nature :
La nature est le trône extérieur de la magnificence divine; l'homme qui la contemple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône intéritur de la toute-puis-
«Ti /• .^ .<rv/«
l.A TERRE (PRAIRIE NORMANDE)
Portrait de la Terre
sance ; fait pour adorer le Créateur, il commande à toutes les créatures; vassal du ciel, roi de 'a terre, il l'ennoblit, la peuple et l'enrichit; il établit entre les êtres vivants l'ordre, la subordination, l'harmonie ; il embellit la nature même, il la cultive, l'étend, la polit, en éloigne le chardon et la ronce, y multiplie le raisin et la rose . . .
Voilà la destination de l'homme : faire servir la Terre à ses besoins, sans doute, et nul ne peut lui reprocher de prendre ce soin ; mais surtout l'embellir. Quelqu'un a dit : « Tout compte fait, le monde ne se comprend qu'au point de vue esthétique; » et cela veut dire : Si quelqu'un a créé le monde, ce ne peut être explicable que si l'on suppose qu'il a voulu faire de la beauté. Tout aussi artiste, Buffon se dit : Que l'homme soit utile à lui-même, rien de plus acceptable ; mais s'il est utile à quelque chose, ce doit être comme producteur de beauté.
parties basses des eaux mortes et croupissantes, faute d'être conduites et dirigées; des terrains fangeux qui, n'étant ni solides ni^ liquides, sont inabordables et demeurent également inutiles aux habitants de la terre et des eaux ; des marécages qui, couverts de plantes aquatiques et fétides, ne nourrissent que des insectes venimeux et servent de repaires aux animaux immondes.
Voilà la nature laissée à elle-même, c'està-dire aux végétaux et aux animaux dans les lieux les plus ferliles, dans les lieux où la terre forte, puissante, féconde, a produit les végétaux les plus vigoureux, les grands arbres, dans les lieux où se manifeste avec le plus d'énergie la vertu de création de la nature.
Dans les lieux où la terre est moins forte et moins productive, le spectacle sera peut-être plus beau, la sécurité plus grande, l'air moins empesté, la grâce des lignes et des formes plus
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