‹ Ce que disent les livresChapitre 22 sur 38 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

REPRODUCTION DE LA MÉDAILLE DE J. A. DASSIER {Cabinet de France, Bibliothèque nationale)

potiques.

Le principe des Républiques est la vertu, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a de la vertu que dans les Etats républicains, mais que, 5'î7 n'y a pas de vertu dans un Etat républicain, il est plus rapidement en décadence et plus rapidement ruiné qu'un autre.

En effet, dans un Etat despotique il suffit que le chef soit intelligent et sage et aue tous aient peur de lui pour que tout marcne bien. Dans un Etat monarchique, il suffit que le chef soit intelligent et sage et que tous aient le désir

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d'être distingués par lui pour que tout marche bien encore. Mais dans un Etat où il n'y a pas de chef, il faut, pour que tout marche bien, n'y avant ni crainte ni désir d'être distingué et honoré, que tous, ou l'immense majorité, soient sages et intelligents, c'est-àdire vertueux.

Car par vertu, Montesquieu entend la vertu civique, c'està-dire l'amour de la patrie et des lois de la patrie. Or cela, c'est l'intelligence et la sagesse avec une sorte de passion pour cette intelligence même et cette même sagesse et c'est ce que Montesquieu appelle la « vertu ».

Remarquer en effet que dans une monarchie, celui' qui fait les lois étant audessus des lois n'a rien à craindre et par conséquent peut, sans le moindre héroïsme, les faire sévères et même dures pour le bien de tous, tandis qu'en République, le citoyen qui fait les lois devant tout le premier les subir, il faut qu'il soit très vertueux pour qu'il les fasse sévères :

Il est clair que dans une monarchie où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois, on a besoin de moins de vertus que dans un gouvernement populaire où celui qui fait exécuter les lois [et aussi celui qui les fait) sait qu'il y est soumis luimême et qu'il en portera le poids.

Cette vertu républicaine est dans son fond l'amour de la patrie et des lois qui n'ont pour but que le bien de la patrie. Mais, pour arriver à cette vertu-là, il faut nécessairement commencer par en avoir d'autres ; car cette vertu étant le désintéressement, étant l'abnégation de l'intérêt personnel, on ne Vaiira que si l'on sait s'oublier soi-même, que si l'on sait mépriser les prétendus biens, que si l'on sait aimer l'égalité, \z pauvreté, hfrugalilé.

L'amour vrai de l'égalité et l'amour de l'égalité vraie consiste à n avoir pas l'ambition de s'élever au-dessus des autres et à n'avoir que l'ambition de rendre au pays plus de services qu'un autre :

L'amour de l'égalité dans une démocratie borne l'ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens. Ils ne pcuvaM pas lui rendre tous des services égaux ; viais ils doivent tous égalevievt lui en rendre. En naissant on contracte envers elle une dette immense dont on ne peut jamais s'acquitter.

Vous entendez assez qu'ainsi considéré, l'amour de l'égalité ne détruit pas l'ambition et ne comporte pas l'envie. Elle ne détruit pas l'ambition, puisque celle-là reste qui consiste à vouloir rendre à sa patrie plus de ser\'ices qu'un autre ne lui en rendrait, et ceci est une ambition assez forte pour pousser un homme à une activité et à une vaillance extraordinaires. D'autre part, l'amour de l'égalité ainsi considéré n,e comporte pas l'envie et ne la crée pas, puisqu'il ne met pas de dilférence entre les citoyens de bonne volonté. Je veux rendre à ma patrie plus de services qu'un autre, oui ; mais l'homme qui a la même volonté et qui en rend moins que moi, je le considère comme mon égal puisqu'il a une bonne volonté égale à la mienne ; nous ne rendons pas des services égaux, mais nous sommes égaux dans la volonté de lui en rendre. — Donc ni personne ne peut mépriser personne, ni personne ne peut envier personne. Voilà l'égalité en sa vraie essence ; voilà l'amour de l'égalité en son vrai principe et en ses vraies conséquences.

L amour de la pauvreté ou le mépris des richesses est une vertu très analogue :

Il y a deux sortes de peuples pauvres : ceux que la dureté du gouvernement a rendus tels [peuples accablés (fimpôts] et ceux qui ne sont pauvres que parce qu'ils ont dédaigné les commodités de la vie. Les premiers sont incapables de presque aucune vertu parce que leur pauvreté fait partie de leur servitude. Les seconds peuvent faire de grandes choses parce que cette pauvreté /ji7 partie de leur liùerté.

Pourquoi cette pauvreté-là, cette pauvreté volontaire fait-elle partie de leur liberté? Pour la raison qu'a donnée Bossuet, parce qu' « il n'y a rien de plus libre que l'homme qui sait vivre de peu »; par la raison qu'a donnée Bossuet en montrant un Romain à qui les Samnites offrent de la vaisselle d'or et qui répond que son plai-

sir" n'est pas d'en avoir, mais de commandera ceux qui en ont.

Le véritable amour de la pauvreté c'est l'amour de h pauvreté laborieuse. Car il faut remarquer ceci :

Un homme n'est pas pauvre parce qu'il n'a rien, mais parce qu'il ne travaille pas. Celui qui n'a aucun bien et qui travaille est aussi à son aise que celui qui a cent écus de revenus sans travailler. Celui qui n'a rien et qui a un métier n'est pas plus pauvre que celui qui a dix arpents de terre en propre et qui doit les travailler pour subsister. L'ouvrier qui a donné à ses enfants son art pour hérita|;;e leur a laissé un bien qui s'est muliiplié en proportion de leur nombre. Il n'en est pas de même de celui qui a dix arpents de fonds pour vivre et qui les partage à ses enfants.

Aimer la pauvreté laborieuse, mépriser et craindre la richesse oisive qui n'est pas autre chose qu'une pauvreté véritable ou qui y mène, voilà la seconde de ces vertus républicaines qui conduisent à la vertu civique proprement dite et qui en sont comme les conditions.

La frugalité enfin, qui n'est pas chose très différente de l'amour de la pauvreté, est encore une de ces vertus républicaines, conditions de la vertu civique. L'amour de la frugalité consiste en ceci :

L'amour de l'égalité borne le désir d'avoir à l'attention que demande le nécessaire pour sa

famille.

La frugalité consiste à se contenter du nécessaire pour soi et par conséquent à aimer la magnificence pour les dépenses publiques. Cela est naturel ; car l'homme a naturellement le besoin ou le goût du luxe. Savoir satisfiiire ce besoin par la beauté des luonuments publics ou des fêtes publiques et n'avoir plus besoin de le satisfaire chez soi; n'avoir pas besoin de le satisfaire chez soi et le retrouver très vif quand il s'agit de la beauté de sa ville ; ces deux choses sont causes l'une de l'autre et eftets l'une de l'autre ; elles sont toujours en étroit rapport :

Ainsi les bonnes démocraties, en établissant la frugalité domestique, ont-elles ouvert la porte aux dépenses publiques, comme on fit à Athènes et à Rome. Pour lors, la magnificence et la profusion naissaient du fond de la frugalité même et comme la religion demande qu'on ait les mains pures pour faire des offrandes aux dieux, les lois voulaient des mœurs frugales pour que l'on pût donner à sa patrie.

C'est donc une vertu républicaine et particulièrement une vertu démocratique que de considérer la richesse comme un embarras et comme un danger ; comme un embarras parce qu'elle détourne le citoyen des préoccupations publiques en le forçant à administrer sa fortune personnelle comme il administrerait une province ou comme il gouvernerait un ministère et en l'empêchant par ce fait de pouvoir gouverner un ministère ou administrer une province;

Sur la République

comme un danger parce que la richesse corrompt si naturellement que quand elle ne corrompt pas on est tenté de demander à celui qui la possède : « Alors, à quoi vous sert-elle ? » Donc il faut dire comme Curius à ses soldats : « A Dieu ne plaise qu'un citoyen estime peu de terre ce qui est suffisant pour nourrir un homme! » Et il faut remarquer le lien étroit qui existe entre la frugalité et l'égalité :

Comme l'égalité des fortunes entretient la frugalité, la frugalité maintient l'égalité des fortunes. Ces choses, quoique différentes, sont telles qu'elles ne peuvent subsister l'une sans l'autre ; chacune d'elles est la cause et l'effet : si l'une se retire de la démocratie, l'autre la suit toujours.

Telles sont, Egalité aimée. Pauvreté aimée, Frugalité aimée, telles sont les trois colonnes, pour ainsi parler, de la vertu civique sur laquelle repose toute république, à peine de périr.

Mais si ces trois vertus si importantes sont les conditions de la vertu civique et si la vertu civique est l'âme et la vie même des républiques, autant dire que les vertus, toules les vertus, ou à peu près, sont le fondement nécessaire des républiques, que la vertu dans le sens le plus étendu du mot, et seule la vertu, vivifie et conserve les républiques et, en un mot, qu'une république sera vertueuse ou ne sera pas. Montesquieu n'est pas très éloigné de cette pensée et c'est pour cela que, dans son livre, taulôt le mot « vertu » est pris dans le sens restreint de vertu civique, et avec indication que l'auteur veut qu'on le prenne ainsi ; la)itôt il est très évidemment pris dans le sens étendu de vertu quelconque, de toutes les vertus viriles. Il est indifférent à Montesquieu qu'on fasse cette confusion, car il la fait lui-même, en ce sens au moins que pour lui les républiques reposent sur le patriotisme et le patriotisme sur quelques vertus qui sont les principales des vertus et les plus énergiques.

Aussi quand il parle des causes qui amènent la chute des républiques, c'est de la disparition des vertus qu'il parle et, peu s'en faut, de la disparition de toutes les vertus.

Ce fut un assez beau spectacle, dans le siècle passé [xviiej, de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avaient part aux affaires n'avaient point de vertus, que leur ambition était irritée par le succès de celui qui avait le plus osé [Cromwellj, que l'esprit d'une faction n'était réprimé que par l'esprit d'une autre, le gouvernement changeait sans cesse : le peuple, étonné, clierchait la Jéuiocratie et ne la trouvait nulle part. Enfin, après bien des mouvements, des chojs et des secousses, il fallut se reposer dans le gouvernement même qu'on avait proscrit, ^uand Sylia voulut rendre à Rome la liberté, elle ne piit plus la recevoir; elle n'avait plus qu'un faible reste de vertu et comme elle en eut toujours moins, ^n lieu de se réveiller après César, Tibère, Caïus, laude, Néroh, Domitien, elle fut toujours plus

esclave ; tous les coups portèrent sur les tyrans, aucun sur la tyrannie.

Voulez-vous voir, dans le détail, les effets de la disparition de cette vertu civique et des vertus qui en sont les éléments et la condition? Voici ce tableau qui est, en même temps, une analyse psychologique et où Montesquieu se montre aussi profond moraliste que politique pénétrant :

Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans ies cœurs qui peuvent la recevoir et l'avarice [avidité. ardeur à la curéej entre dans tous. Les désirs changent d'objet : ce qu'on aimait, on ne l'aime plus; on était libre avec des lois, on veut être libre centre elles; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur; ce qui était règle, on l'appelle gêne; ce qui était attention, on l'appelle crainte. C'est la frugalité qui est l'avarice [qu'on appelle avarice] et non le désir d'avoir. Autrefois, le iîien des particuliers faisiiit le trésor public; mais, pour lors, le trésor public devient le patrimoine des p.irticuliers. La République est une dépouille [l'Etat est une proie dont on s'arrache les morceaux. Mon-. tesquicu se souvient du mot de Racine : « Tout l'Empire n'est plus la dépouille d'un maître, » c'est-à-dire l'Empire n'est plus une proie qu'un maître s'attribuait et accaparait pour en jouir] et sa force n'est rlu.s que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.

11 suit de là qu'il n'y a rien de plus important dans une république, et particulièrement dans une république démocratique, que l'éducation. L'éducation est tout naturellement conforme à la nature du gouvernement, au principe du régime. Dans un État despotique, elle aura pour objet la crainte; dans un r,tat monarchique, l'honneur; dans un État républicain, la vertu. Dans un État despotique on ne cherche qu'à faire des hommes qui obéissent.

Or, l'extrême obéissance suppose de l'ignorance dans celui qui obéit ; elle en suppose mén.e che:^ celui qui connhande : il n'a point à délibérer, à douter, à raisonner; il n'a qu'à vouloir... L'éducation dans les États despotiques se réduit donc à mettre la crainte dans le cœur et à donner à l'esprit la connaissance de quelques principes de religion fort simples. Le savoir y sera dangereux, l'émulation funeste et, pour ce qui est des vertus, Aristote ne peut croire qu'il y en ait quelqu'une de propre aux esclaves, ce qui bornerait bien l'éducation dans ce gouvernement.

Dans les monarchies qui ne sont pas despotiques, il y a trois éducations : celle que l'on reçoit des parents, celle que l'on reçoit des maîtres et celle que l'on reçoit du monde, et la troisième est à peu près contraire aux deux premières. Mais c'est la véritable.

Ce n'est point dans les maisons publiques où l'on instruit l'enfance que, dans la monarchie, on reçoit l'éducation principale; c'est lorsque l'on entre dans le monde que l'éducation, en quelque façon, commence. Là est l'école de ce que l'on appelle l'honneur, ce maître universel qui doit partout nous conduire. C'est là que l'on entend toujours dire trois choses : « qu'il faut mettre dans les vertus une certaine noblesse, dans les mœurs une certaine fran-

chise, dans les manières une certaine politesse. » L'honneur a ses règles suprêmes et l'éducation est forcée de s'y conformer. La principale est qu'il nous e^t bien permis de faire cas de notre fortune, mais qu'il nous est souverainement détendu d'en faire aucun de notre vie. La seconde est que, lorsque nous avons été une fois placée dans un rang, nous ne devons rien faire ni souflfrir qui fasse voir que nous nous tenons inférieurs à ce rang même. La troisième, que les choses que l'honneur défend sont plus rigoureusement défendues lorsque les lois ne concourent pas à les prescrire et que celles qu'il exige sont plus fortement exigées lorsque les lois ne les demandent pas..

Il y a ainsi, dans les nations monarchiques ou dans celles qui l'ont été longtemps, un code de l'honneur, au-dessus du code des lois, plus rigoureux, plus impérieux; et l'on est noble en tant que l'on se distingue de ceux cui n'obéissent qu'aux lois, en obéissant aux lois a'abord et, par surcroît, en obéissant aux lois spéciales de l'honneur.

Enfin, dans la République, l'éducation a pour objet la vertu, c'est-à-dire particulièrement le sacrifice permanent de l'individu à l'Etat, ou, tout au moins, la préoccupation perpétuelle de l'Etat préférablement à soi. — Il est à remarquer, tout a'abord, que c'est dans le gouvernement républicain que le besoin d'une forte éducation est le plus grand.

C'est dans le gouvernement républicain qu'on a t€Soin de toute la puissance de l'éducation. En effet la crainte des gouvernements despotiques naît d ellemême parmi les menaces et les châtiments; Vhonneur des monarchies est favorisé par les passions et les favorise à son tour; mais la vertu politique est un renoncement à soi-vicme qui est toujours une chose très pénible. On peut définir cette vertu Vaviour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence perpétuelle de l'intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence [on voit ici que Montesquieu, quoi qu'il en dise par ailleurs, a parfaitement reconnu que sa vertu polit que est bien toute la vertu et toutes les vertus, puisque, ou elle les suppose ou elle les donne]. Cet amour est singulièrement 'particulièrement] affecté aux démocraties. Dans elles seules, en effet, le gouvernement est confié à. chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde : pour le conserver, il faut l'aimer. On n'a jamais ouï dire que les rois n'aimassent pas la monarchie et que les despotes haïssent le despotisme. Tout dépend donc d'établir dans la République cet amour et c'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive. Mais pour que les enfants puissent l'avoir, il y a un moyen sûr, c'est que les pères l'aient eux-mêmes. On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l'est encore plus de leur donner ses passions... Ce n'est point le peuple naissant qui dégénère; il ne se perd que quand les hommes faits sont déjà corrompus.

Toute l'éducation, chez les peuples consti-

tués en république et particulièrement en république démocratique, doit donc tendre à faire aimer la vertu et à la faire préférer à tout. En d'autres termes, l'éducation, dans les natii ns républicaines, doit donc tout entière être une éducation morale. C'est ainsi que les Républiques se confirment, se développent, s'accroissent et retardent le moment où elles doivent finir.

Comment elles finissent, ne doutez point que Montesquieu ne le sache aussi et ne l'enseigne avec une pleine autorité. Les gouvernements se perdent — c'est un des axiomes de Montesquieu — soit par l'abandon, soit par l'excès de leur principe; les Républiques se détruisent, soit, comme Rome (qui, du reste, ne fut jamais égalitairc), en perdant l'esprit d'égalité et, du reste, en oubliant les anciennes coutumes de pauvreté, de frugalité, de mépris des richesses et des jouissances ; soit, comme Athènes, en exagérant jusqu'à l'outrance le principe d'égalité.

Le principe de la démocratie se corrompt, non seulement lorsqu'on perd l'esprit d'égalité, mais encore quand on prend l'esprit d'égalité extrême et que chacun veut être l'égal de ceux qu'il choisit pour lui commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu'il confie, veut tout fat re par luimême, délibérer pour le Sénat, exécuter pour les magistrats et dépouiller tous les juges. [Par suite] il ne peut plus y avoir de vertu dans la République [la vertu politique étant précisément la préférence accordée à l'intérêt public sur le sien propre). Le peuple veut faire les fonctions des magistrats; on ne les respecte donc plus. Les délibérations du Sénat n'ont plus de poids; on n'a donc plus d'égards pour les sénateurs et par conséquent pour les vieillards. Que si l'on n'a plus de respect pour les vieillards, on n'en aura pas non plus pour les pères; les maris ne mériteront plus de déférence ni les maîtres plus de soumission. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage; la gêne du commandement fatiguera comme celle de l'obéissance. Les femmes, les enfants, les esclaves n'auront de soumission pour personne. Il n'y aura plus de mœurs, plus d'amour de l'ordre, enfin plus de vertu.

Vertu civique absolument nécessaire en république; — nécessaire aussi, pour constitue! cette vertu civique aes vertus particulières qui sont amour de la pauvreté, amour de l'égalité, amour de la frugalité; — nécessaire pour inculquer ces vertus, une éducation profondément morale, profondément patriotique et protondémcnt vertueuse ; — quand ces vertus se perdent et qu'il nt reste plus que l'amour cflréné de l'égaliié, le désir des jouissances et l'impossibilité de supporter des chefs, les Républiques sont perdues et sont remplacées par le despotisme.

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