‹ Ce que disent les livresChapitre 9 sur 38 · CLÉANTE · texte numérisé non relu

CLÉANTE

Je sortais et j'ai joie à vous voir de retour;

La campagne à présent n'est pas beaucoup fleurie.

ORGON

Dorine... Mon beau-frère, attendez, je vous prie. Vous voulez bien souffrir, pour m'ôter de souci, Que je m'informe un peu des nouvelles d'ici. Tout s'est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte? Qu'est-ce qu'on fait céans? Comme est-ce qu'on

[s'y porte ?

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\'ous pouvez croire que c'est de sa mère, de sa temme et de sa iille que s'inquiète le bon Orgon? Vous allez voir :

DORrNE

Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir Avec un mal de tète étrange à concevoir.

ORGON

Et Tartuffe?

DORINE

Tartuffe? Il se porte à merveille, Gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille.

ORGON

Le pauvre homme I

DORINE

Le soir elle eut un grand dégoût Et ne put, au souper, touclier à rien du tout Tant sa douleur de tête était encor cruelle.

ORGON

Et Tartuffe?

Il soupa, lui tout seul, devant elle.

Et fort dévotement il mangea deux perdrix Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON

Le pauvre homme!

La nuit se passa tout entière Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière; Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.

ORGON

Et Tartuffe ?

DORINE

Pressé d'un sommeil agréable, Il passa dans sa chambre au sortir de la table, Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain, Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE

A la fin, par nos raisons gagnée, Elle se résolut à souffrir la saignée Et le soulagement suivit presque aussitôt.

Tartuffe

Et Tartuflfe?

DORTOE

Il reprit courage comme il faut Et contre tous les maux fortifiant son âme, Pour réparer le sang qu'avait perdu madame, But, à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

ORGON

Le pauvre homme I

DORINE

Tous deux se portent bien enfin; Et je vais à madame annoncer par avance La part que vous prenez à sa convalescence.

Il n'y a pas à commenter cette scène dont le comique pénétrant est compris et goûté d'emblée par n'importe qui. Je ferai seulement remarquer la progression de l'ironie dans les propos de Dorme. Elle commence par dire simplement que Tartuffe est comme à l'ordinaire; puis, mise en verve par la sottise d'Orgon, elle introduit les mots railleurs : « et fort dévotement... où sans trouble il dormit » et puis ". pour réparer le sang qu'avait perdu madame » ot enfin « la part que vous prenez à sa convalescence ». Orgon, ce qui est le propre des gons coiffes d'une idée, n'a pas saisi l'ironie le moins du monde ; car il ne lui répond rien du rout, lui qui est très vif, et c'est avec étonnement — c est ainsi que doit jouer l'acteur — qu'il entend son frère lui dire .

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