WAGNER ET SON ÉCOLE
tout et ne laisse rien debout fait valoir la pauvre petite fleur de mélodie échappée miraculeusement.
Les compositeurs se figurent que leur nom est acclamé à cause de ce farouche déploiement de force et de bruit ; ils se trompent; le public les subit, les leur pardonne pour la délicieuse mélodie, si courte qu’elle soil, qui rachète le reste.
La musique peut et doit exprimer toute la gamme des sentiments humains, mais la mélodie louche seul l’auditoire. On se fatigue vite de ces effets de colère, de foudroiement perpétuels. Celte puissance que le compositeur considère comme du génie est due à la savante construction de l’orchestre.
Oui, la musique de Wagner caractérise surtout la force, une de ces prodigieuses forces de la nature qu’on utilise aujourd’hui, qu’on transporte à distance pour la plus grande gloire de la science.
Wagner aimait la force qui prime le droit et Ta mise en musique.
Nous avons toujours été frappé de l’absence de rythme dans la musique wagnérienne, nous nous disions : il n’y a là ni virgules, ni points, ni accents quelconques, si nécessaires en écriture, et aussi dans les phrases musicales. Et voici qu’à l’instant je lis les propres paroles de Wagner, il déclare lui-mème hautement que son œuvre n*a pas besoin de ces signes distinctifs « pas plus que l’Océan n’a besoin de points et de virgules ».
Celle théorie serait la destruction de la mélodie qui représente la personnalité humaine, le moi gémissant
ou exultant, sombre ou souriant. Une musique sans rythme tombe dans le vague, dans le néant; c’est l’être personnel qui se dissout dans le grand tout.
Comparez la différence entre une figure musicale, la Mélodie, et les arabesques musicales, enroulements, chapelets de sons, illustrations de vignettes ; comparezles à une œuvre rythmée telle que Y Invitation à la Valse de Weber (je choisis l’exemple au hasard).
11 est absolument certain que les maîtres immortels qui représentent la mélodie et le rythme, Weber, Haydn, Mozart, Beethoven sont plus intelligibles que les contemporains. Leur langue est plus simple malgré l’exubérance des richesses, leurs mélodies plus suaves, plus émouvantes.
Le zend, le sanscrit me semblent plus accessibles que la langue wagnérienne. Comme tout se tient dans les langues indo-germaniques on finit par saisir çà et là un mot, une syllabe, une racine, mais c’est à condition d’être répétées très souvent. Aussi ai-je renoncé à comprendre Tristan et Iseult , les Maîtres chanteurs . La couleur m’a semblé terne, le caractère indécis, languissant, sentimental, vague surtout, suivi d’explosions brutales de sonorité. Rien pour le cœur ni pour l’imagination.
Au contraire, l’Ouverture du Tannhaüser vous électrise parce qu’elle réunit la force et la chaleur, aux suaves motifs disséminés dans l’œuvre entière.