‹ Ce que dit la musiqueChapitre 22 sur 103 · REQUIEM, DE MOZART · texte numérisé non relu

REQUIEM, DE MOZART

Le caractère biblique de Hændel ne s’applique nullement au Requiem de Mozart ; celte douleur plane audessus des temps. Ne lui assignons pas de date historique; c’est la douleur éternelle, le deuil de l’âme, le cri de désespoir quand la mort nous arrache l’être indispensable à notre être. C’est pendant le Requiem de Mozart que je revois en pensée la sublime Descente de Caravage : le jeune disciple, les deux bras et les regards levés vers le ciel, dans un élan extraordinaire de douleur, la bouche ouverte. On entend une clameur terrible. Et comme le sanglot est noté dans ce Lacrymosal A une première audition, le Requiem m’avait fait songer au Jugement dernier de Michel-Ange, aussi confus, aussi terrifiant.

Et pourtant Mozart n’appartient pas du tout à la famille des désespérés; sa nature est tout amour. Mais

il a obéi à la tradition; il a fait un tableau de colère, de malédiction. Cela m’a désorienté ; la religion est le pressentiment d’une vie plus haute, où le bien et le beau ne seront pas l’exception, mais la loi fondamentale devenue l’état habituel.

Mozart n’a pas été libre de céder à la mansuétude de son âme; il a du accentuer la dureté pour se conformer au rituel. En bas la voix des pauvres damnés et celle des habiles démons ; dans les sphères supérieures la jubilation des anges contraste avec les gémissements des infortunés, avec la plainte de l’homme décbu qui pleure son paradis perdu et implore vainement la miséricorde.

L’accompagnement superbe de ce Dies iræ fait penser à ces grandes âmes, d’une angélique douceur, qui savent au besoin s’armer de colères saintes à la vue de l’iniquité; elles ont alors des accents terribles. Voyez l’altitude du Christ dansl t Jugement dernier ! Lui, la bonté, l’indulgence infinie, quel Justicier!

C’est le type de ces ardents apôtres de l’humanité, qui veulent la régénération de leur peuple par tous les moyens, fût-ce même par la colonne de feu.

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