SYMPHONIE ÉCOSSAISE, DE MENDELSSOHN
prairies de Charnex avec la jeune paysanne Pauline, qui portait dans sa hotte les bagages du touriste? Ces lettres, où l’adolescent raconte si joliment ses courses dans le pays de Vaud, révèlent tant de qualités attachantes! Lettres et musique respirent une âme candide, honnête. Tout ce que l’on sait de sa vie ne dément pas ces premières belles années.
On est si heureux, quand on apprend que le musicien de génie, aujourd’hui notre soutien moral, a été un homme de bien. De plus, très modeste, doutant de luimême, nullement infatué. Que répondait Mendelssohn aux reproches de sa famille, de ses amis : « Je fais ce que je peux. Si je n’arrive pas, d’autres trouveront, et l’art n’en sera pas moins immortel. »
La justice est arrivée pour ces bons génies; les voilà appréciés, divinisés après leur mort, quand le présent fut plein d’amertume pour la plupart. Je pense surtout à Beethoven, méconnu et malheureux, car l’existence de Mendelssohn a été très douce.
L’élévation du caractère, la hauteur d’âme me semble une condition absolue de l’inspiration.
Mendelssohn active notre pensée presque autant que Beethoven ; mais quand l’attendrissement arrive au suprême degré, il n’y a plus ni images ni idées ; un sentiment unique de reconnaissance envers la destinée s’exprime en pleurs silencieux.
Que signifie la locution usitée : « Être ravi au septième ciel? » Cela veut dire probablement : entendre une symphonie de Beethoven ou cette Symphonie en la
de Mendelssohn. Elles nous font découvrir en nousmt*me cette profondeur infinie des cieux.
Tenez pour certain que Titien a voulu exprimer quelque chose de semblable dans son tableau de l’Assomption : L’âme éperdue flotte dans un firmament d’harmonie ; elle monte vers le Créateur qui lui sourit et la bénit.
Sérieusement parlant, Titien a peint sans s’en douter l’extase musicale, et mieux que Raphaël dans la Sainte Cécile , mieux que Dominiquin dans son tableau du Louvre.
Encore un mot sur la Symphonie écossaise ; elle commence par un chant triste et lent, une de ces pensées pleines de mélancolie que Mendelssohn a semées dans ses Lieder, romances sans paroles. Le même thème revient sans cesse, mais varié à l’infini par des mouvements divers, depuis YAndante con moto jusqu’à 1 Allegro agitato en six-huit où le rythme change, où rabattement se transforme en inquiétude, en agitation : les voix des basses, des violoncelles, jouent un rôle important dans celte première partie. Comme il sait les faire parler! Il y a là un art étonnant de prolonger une situation en excitant la curiosité, en surexcitant 1 attente, par ces répétitions, cette insistance, ces modulations dolentes qui précèdent l’explosion de la mine musicale; elle éclate et lance de tous côtés ses masses harmoniques.
Combien le rythme change le caractère d’un mor-