MARCHE DE LOHENGRIN CHŒUR DES PÈLERINS DE TANNUAUSER
Mes remarques sur la Symphonie en si bémol de Schumann et celle en ré de Brahms ne sont pas du tout un parti pris contre les compositeurs contemporains allemands. Pourquoi le Chœur des Bohémiens de Schumann nous semble-t-il si charmant?
C’est surtout la Marche religieuse de Lohengrin qui nous donne une haute leçon d’impartialité, d’équité. On est si heureux de pouvoir admirer même un adversaire et d’élargir l’horizon musical!
Cette Marche de Lohengrin est un éblouissement. Les mots d’enthousiasme vont me manquer pour parler du Prélude et du Chœur des fiançailles.
Oui, ce gallophobe mérite pour ce sublime chœur la glorification due au génie. Lohengrin est véritablement une création qui ne procède de personne, on n’y retrouve aucune réminiscence.
J’ajoute que les imitateurs de Wagner n’arriveront jamais à s’en inspirer. Les fanfares héroïques de la Marche du Sacre , de Meyerbeer, les fanfares des immortels finales de Beethoven sont égalées par ce début magnifique, tumultueux, vainqueur, et aussi par la puissance d’harmonie, par l’éclat fulgurant qui vous transportent sur les sommets de l’art.
Puis commence un Chœur de femmes, aimable et doux, extrêmement émouvant.
Le récit et le Chœur des Pèlerins de Tannhaüser est si grandiose qu’on voudrait entendre l’œuvre entière. L’accompagnement de l’orchestre est encore plus beau que le Chœur.
Ici les larmes sont plus qu’un attendrissement musical. Je sens un préjugé vaincu, une chaîne de superstition rompue. Ma haine patriotique reste entière, et aussi mon impatience contre le charlatanisme et le fétichisme de cette Musique de Vavenir ; mais je ne veux pas transporter le champ de bataille dans les plaines éthérées, dans les sphères d’harmonie ou résonnent ces chœurs célestes. Au-dessus des inimitiés entre vainqueurs et vaincus destinés à s’exterminer encore dans des guerres sanglantes, plane l’ange de la réconciliation, la Musique. Elle tend la palme à la victoire morale, au peuple qui a le mieux réalisé les lois de justice et d’humanité.
J’ignore absolument le libretto de Tannhaüser ; le Chœur des Pèlerins me pénètre aussi de toutes sortes