‹ Ce que dit la musiqueChapitre 39 sur 103 · CHOEUR DES PÈLERINS, DE TANNHAUSER · texte numérisé non relu

CHOEUR DES PÈLERINS, DE TANNHAUSER

dépensées consolantes et de promesses d’avenir. Je ne sais si les préoccupations patriotiques de l’heure présente fortifiaient en moi cette disposition d’esprit ; mais j’entendais des voix lointaines... oh! bien lointaines, des adversaires réconciliés dans la paix, dans la lumière. Je les entrevoyais, à une immense distance de leur point de départ actuel, gémissant au souvenir des luttes fratricides qui ont ensanglanté pendant des siècles les nations voisines, et célébrant leur réconciliation dans la fraternité, dans la liberté, ne comprennant plus la cause des antiques dissensions; supérieurs de cæur et d’esprit à ce qu’ils furent.

Avenir tellement éloigné qu’il rentre dans la région des brumes. Pourtant ni impossible, ni improbable, si l’on pense que les aimables Parisiens, les auditeurs de ce concert, ont vécu, à l’âge de pierre dans les cavernes, tant soit peu anthropophages.

Oui, ce sublime Chœur des Pèlerins marche vers l’avenir. Il y a dans ce chant un caractère neuf, robuste, une assurance souveraine, une certitude tranquille de la civilisation, victoire de l’équité sur la discorde et la haine.

L’accompagnement d’orchestre est d’une beauté extraordinaire, avec des combinaisons d’harmonie si riches, si inattendues, que l’ensemble ne rappelle aucune autre tentative musicale de ce genre.

En écoulant ce chant étrange, et en songeant tout à coup où nous en sommes, par quelles luttes, par quel fleuve de sang il faudra atteindre cet avenir, on a le cœur serré dans un étau.

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