LE CHRIST AU MONT DES OLII IERS, DE BEETHOVEN
L’Oralorio de Beethoven, le Christ au mont des Oliviers, est la plus divine célébration du Vendredi Saint. Il sera commenté par un tout petit tableau de Delacroix.
Dans le bois sombre, sur un tertre aride, le Christ gît affaissé; il a succombé à un moment de lassitude; la douleur l’a terrassé. Mais la place où il vient de tomber s’illumine d'une clarté extraordinaire. Ce n’est pas une aube et c’est plus qu’une auréole ; c’est un ruissellement de lumière; elle jaillit en flots pressés de la source éternelle. Irradiation éblouissante, aveuglante, transfiguration du ciel lui-même. La source de cette lumière, c’est la douleur d’une âme sainte. L’ange ému contemple le Martyr affaissé sur la terre; il n’ose le consoler. Douleur sainte, trois fois sainte! Elle rachète l’humanité égarée.
Mieux que la peinture, la musique rend celte espe-
LE CHRIST AU MONT UES OLIVIERS. lGi
rance infinie, cet avenir meilleur, symbolisé par le rayonnement, par l’immortelle clarté qui resplendit autour du Juste.
Au fond du bois, dans la pénombre, on entrevoit confusément des groupes... Disciples endormis, foule hostile qui cherche le héros pour l’outrager...
€ Pardonnez-leur, ils ne savent ce qu’ils font! »
Il ne pense même pas à eux; sa douleur est plus haute. Un moment, il a douté de l’avenir, de l’utilité du sacrifice. Son immolation volontaire ne servira-t-elle à rien? Il a tant aimé ses frères! Il les a avertis, et ils ont continué dans l’injustice. Il leur a parlé le langage le plus tendre et ils ont ri. Il leur a dit de dures vérités, et ils se sont mis en colère. Il les a suppliés, et la persécution lui a répondu.
Quelle sera la destinée de son peuple bien-aimé? Le Juste, le clairvoyant frémit de douleur. Il entrevoit un sanglant avenir. A cette heure il doute de la puissance de son œuvre; l’inanité de ses efforts l’accable, et il pleure... Non sur lui-même; mais ceux qu’il a tant aimés vont se perdre à jamais; ce peuple sera châtié! « Seigneur, éloignez de moi ce calice! » s’écrie le Juste dans son magnanime désespoir.
Un Oratorio de Beethoven diffère d’un Oratorio de Bach autant que l’église universelle diffère des petites chapelles. Là, ce profond sentiment religieux qui réunit tous les hommes dans l’adoration de Dieu; ici l’étroit esprit de secte, les menues pratiques religieuses.
On trouve aussi, dans le Christ au mont des Oliviers , la réponse à une vérité terrible, qu’on ose à peine articuler : l’écroulement de Dieu dans les âmes. Oui, c est avec épouvante que l’on constate ce malheur impossible à nier.
L’Oratorio de Beethoven éclaire d’une lumière subite l’esprit agité, bouleversé. Toutes les voix de l’orchestre et du chœur disent : « Nous avons perdu les traces divines, mais nous voulons les retrouver! Sur les ruines du passé une inspiration sainte élèvera un ordre nouveau en harmonie avec le progrès humain.
« O toi qui as disparu de nos âmes, nous te chercherons sans autre guide que l’amour et la douleur, toujours plus haut, toujours plus loin, dans une ascension éternelle! Source de vérité, source de l’existence, toi qui nous as donné le désir du bien, prends pitié de tant de vies désolées, dépouillées d’espérances immortelles! Un jour viendra où tu brilleras au-dessus du trône de toutes les sciences, car Tu es. »