‹ Ce que dit la musiqueChapitre 81 sur 103 · LE DÉSERT, DE FÉLICIEN DAVID · texte numérisé non relu

LE DÉSERT, DE FÉLICIEN DAVID

On vient d’exécuter au concert Colonne le Désert de Félicien David. Nous l’avions entendu à Bruxelles, à la salle de l’Harmonie, il y a juste quarante ans et c’était un des bons souvenirs d’exil. Celte musique chaude, si richement colorée plaisait à Edgar Quinet, non qu’il aimât beaucoup l’Orient. En fait de pays soleillés ses préférences étaient pour l’Espagne et la Grèce.

La magie de cette musique vous transporte loin, bien loin de l’enceinte d’une salle de concert. Les milliers de spectateurs ont disparu; vous êtes seul. Comme dans un diorama vous voyez s’étendre devant vous à l’infini les plaines brûlantes.

L "Entrée au Désert est d’une grande solennité, et les strophes déclamées sur les notes tenues de l’orchestre ajoutent peu à l’éloquence musicale de cette grande voix du désert.

Naturellement la Glorification d'Allah est tout a fait dans la couleur locale musulmane, mais les beautés principales de l’œuvre, selon nous, se trouvent dans la Marche de la Caravane. Écoutez ce rythme, celle gradation des bruits lointains, d’abord imperceptibles, croissants, décroissants; c’est extraordinaire comme sensation. Jamais la musique a-t-elle réussi à nous donner le sentiment de la distance? On mesurerait les lieues d’étendue qui séparent de nous la caravane entrevue comme un point noir à l’horizon.

Voici qu’on entend les pas cadencés des hommes, des montures; cavaliers, chameliers, viennent, ils appiochent, les sons grandissent; enfin la Marche superbe éclate. Comme une lumière elle inonde de sa sonorité éblouissante l’espace infini. Puis de nouveau les sons diminuent d’intensité; ils décroissent, ils s éloignent.

La caravane lente Chemine haletante Et plantera sa tente Quand finira le jour.

' On ne se lasserait pas d’entendre cette symphonie ou toutes les magnificences des Orientales de Victor Hugo semblent fondues comme des métaux précieux dans un creuset. Les yeux sont éblouis par l’aveuglante lumière ; on sent les brûlantes haleines du simoun; le ciel, d’un azur implacable, rayonne sur votre tète, mais la douce nuit arrive enfin.

O belle nuit! cet air délicieux, qu’Edgar Quinel fre-

Page 1